Vanina Michel « La vie n’a pas d’âge » à la COMEDIE NATION Réservation 09 52 44 06 57

A l’occasion du nouveau spectacle de Vanina Michel,
nous avons décidé de republier un entretien avec Vincent Jarry, paru dans  » Rue des Poètes  » n°36-37 en Septembre 1999
.

VANINA MICHEL Entretien avec Vincent Jarry

Oui, j’ai joué dans Hair: on appelait ça la vedette, c’est à dire que j’avais le rôle principal féminin. C’était Julien Clerc qui tenait le principal rôle masculin.
En fait, c’était un accident de parcours.
On sortait de mai 68. On faisait une tournée sur Molière dans tout un tas d’Universités aux Etats-Unis.
Et Hair, c’est un spectacle qui m’a bouleversée, je venais du Théâtre National de Strasbourg et j’en ai vu une représentation à New-York et tout y était réuni dans cette pièce: le politique, l’anti-guerre du Viêt-Nam, l’anti-rêve américain, le mouvement hippie.
A la rentrée, j’allais m’inscrire à l’école américaine. Quinze jours avant, j’ai vu que ça allait se monter à Paris. J’ai été voir le metteur en scène. Je lui ai demandé pourquoi mai 68, je lui ai dit que la guerre du Viêt-Nam, ça n’était pas la guerre d’Algérie. Que ce n’était pas possible de monter un spectacle comme Hair à Paris. J’étais une petite bourgeoise révoltée.
Le metteur en scène, Bertrand Castelli, m’a dit:  » Viens voir en coulisse ».
Les acteurs qui étaient là, c’était n’importe qui en marge du showbiz, à part Julien Clerc. Mon école, ça ne va pas être l’école américaine, ça va être là. J’ai appris à inter-changer les rôles.
Le jour même, j’ai signé un contrat, sans audition, c’était une chance exceptionnelle.
Ca a détourné toute ma vie de l’idée que le théâtre conventionnel est différent du showbiz, lequel serait le diable. J’ai refusé des contrats, avec Barclay etc. Il y a un petit jeune homme, Michel Berger avec lequel j’ai fait mon premier quarante-cinq tours.
Toutes ces rencontres ont l’air d’être le fait du hasard. Mais il y avait la détermination à rester moi-même.
Avoir vingt ans et être payée pour suivre une école de théâtre, c’est un rêve… Mai 68, tous nos espoirs….Les gens qui étaient venus pour le scandale de la nudité en sortaient bouleversés. Il y en avait qui revenaient dix, vingt fois. Ca a changé des modes de vie. Ca faisait des remous dans les cerveaux. Pendant deux ans, ça été une école extraordinaire. Et j’ai été payée pour cette école.
Et puis, dans cet instant privilégié, j’ai rencontré tous les gens du métier.
Dans ces gens là, il y a des stars qui m’ont confortée dans le désir d’humilité, de ne pas être une star, comme Jean-Louis Foulquier. Des gens de radio. On voit, vingt ans après, ceux qui sont résistants. Qui font dans la durée: ça, c’est très précieux
Le showbiz, c’est comme une prison dorée, je préfère rester égale à moi-même et je n’ai aucun complexe vis à vis des stars.
Le premier mai 69, je me suis dit: « quoiqu’il arrive, dans deux ans, je m’en vais le premier mai 71: je n’avais pas envie de devenir fonctionnaire du Théâtre de la Porte Saint Martin. J’en aurais eu pour huit ans.

Ca m’avait éloignée de ma famille théâtrale. C’est à chaque fois un recommencement.
Après Hair, on faisait peur, on était considérés comme des amateurs drogués. Je me suis retrouvée coupée de la famille du théâtre, j’étais condamnée à jouer la hippie de service alors que j’avais plutôt envie de jouer Antigone.
Dans l’urgence pour bosser, je me suis retrouvée avec Alain Barrière à faire une tournée au Québec, puis à l’Olympia. Je me demandais ce que je faisais là.

Et puis, j’ai rencontré Bernard Lubat. Ca été une rencontre extraordinaire, une histoire d’amour, je crois. C’était au Théâtre Mouffetard.
C’était des improvisations tous les soirs, en 72. Il y avait des danseurs: Carolyn CarlsonNorbert Letheul… cent-vingt kilos… des impros sauvages…
Des ateliers sauvages, des chocs de culture: du rock, du jazz, de la musette des impros…
Le Festival d’Uzeste, on l’a créé ensemble. Avec Jean-Louis Chautemps, Jacques Guy Donato.

Lubat accompagnait Vassiliu et on a tous joué avec Vassiliu. D’abord au Théâtre de la Roquette puis ensuite à l’Olympia.
C’était un spectacle autour de la bouffe. On avait toutes les libertés d’impro. Il y avait Dick Annegarn aussi. On était là pour foutre le bordel.
C’était à nouveau une école. C’était très éprouvant: il était interdit de refaire ce que l’on avait fait la veille.
C’était toujours sur la corde raide, c’étaient des spectacles où on se mettait en danger.
C’était une remise en cause perpétuelle: sur scène, il fallait réattaquer avec autre chose.

Mais il y avait la contrainte des expériences collectives.
Parallèlement, j’avais besoin de me retrouver toute seule
Le besoin du théâtre ne m’avait pas quittée.

Alors, j’ai rencontré un auteur dans la rue: Jean Sur, un professeur de philo. Ca a été une rencontre flash: dix ans de collaboration.
Il m’a écrit dix pièces sur mesure. La première, c’était « Solo pour Vanina ». Il l’a écrite en trois semaines.
J’aimerais jouer tous les personnages, retrouver mon identité. Retrouver mon identité à travers tous les masques du théâtre, le tout relié par des chansons.

« Solo pour Vanina » explore « J’te cause comma’ j’te cause ». C’est en porte à faux, un texte très écrit, pas à la mode.
J’ai tout fait moi-même : producteur, metteur en scène, la musique, la postproduction. Je l’ai même joué.
J’étais comme une espèce d’OVNI dans l’univers du Café-théâtre.
Je suis passée au Festival du Marais, au théâtre Campagne Première, au Festival d’Avignon.
J’ai tourné dans toute la France, en Algérie, en Tunisie. Avec ma voiture et mon piano numérique. J’ai improvisé des lieux.
En dix ans j’ai fait trois one woman show.
Le « fer à cheval irlandais », je l’ai tourné partout. C’est une métaphore sur les paquets qu’on trimballe partout et qui sont tous des métaphores philosophique, dont ce fameux fer à cheval irlandais. C’est à la fois tragique et burlesque.

Canetti?
Je fais un one woman show avec des auteurs comme Roland Topor, Philippe Madral, des auteurs de théâtre… J’ai monté mes premiers de chant dans les années 80. Et puis je me suis dit: « maintenant, je suis prête pour un disque.
J’ai invité des producteurs au Studio Bertrand. Le seul qui soit venu, c’est Jacques Canetti, le patron des Trois Baudets (qui a lancé Brel, Brassens etc. N.N.L.R.) J’étais engagée le jour même pour un spectacle sur Boris Vian. Rapidement, il a vu que je savais tout faire. Pendant dix ans j’ai été son assistante et la réalisatrice de tous ses disques, jusqu’en 92. On avait la chance d’être voisin à Boulogne. C’est l’époque où j’ai fait un enfant. Non, il n’est pas de lui (rire).
On a arrêté à cause de Prévert Je lui ai commandé le disque que je sors aujourd’hui. Nous n’avions pas le même point de vue sur Jacques Prévert.: je pensais que Prévert travaillerait actuellement avec des interprètes présents: les Rita Mitsouko, Léotard, Gérard Depardieu, Renaud, Jeanne Moreau.
Il y a eu conflit soit sur le fond, soit sur la production. Peut-être qu’il n’avait pas envie…
On s’est fâché à cause d’Arletty: je l’avais convaincue d’enregistrer un disque et Canetti n’a pas suivi.
Alors, j’ai été chez Salabert dont Virgin possède 8% et là, j’ai pu réaliser mon travail sur Prévert.
La séparation d’avec Canetti a été douloureuse. Nous étions plus que copains: c’était comme un père spirituel. Mais nous étions deux têtus; Nous avons un grand respect mutuel. Des Canetti, je n’en ai jamais retrouvé. C’est un personnage important. C’est comme les parents avec lesquels tu te fâches: tu continues à les aimer et puis tu les retrouves.

Dix ans ont passé, j’ai fait ce CD qui s’appelle:
« Beauté souvent j’emploie ton nom
Et je travaille à ta publicité
Je ne suis pas le patron
Je suis ton employé »
sur des inédits de Prévert.

Cela fait sept ans que je suis chez Salabert (grande maison d’édition musicale présidée par Landowski, ancien président des JMF et, lui-même compositeur renommé N.DL.R.) comme cadre supérieure hors cadre: j’y défends le point de vue des auteurs-compositeurs.
J’ai été engagée pour révolutionner l’ensemble grâce à mon expérience artistique. Mais quand on fait bouger, on dérange: je n’ai pas le profil cadre de bureau.
J’ai essayé d’inventer des promotions et des nouveautés.
Mais une entreprise n’aime pas trop que ça bouge: il y a la hiérarchie.
(Rire: Vanina remarque le frontispice de la dernière de couverture de « Rue des Poètes » où ça parle de création et de hiérarchie, phrase signée de Henri Laborit)

Donc ce CD, il y a donc des inédits de Jacques Prévert. J’ai fait la musique avec Jean Chabot et c’est distribué par Scalen.
Pourquoi Prévert? Parce qu’il fait partie de ces auteurs qu’on croit connaître alors qu’on n’en connaît rien. J’avais envie de le sortir du tableau noir de l’école, d’où ces inédits en espérant que ça donnera envie de ré ouvrir ses livres. C’était un auteur généreux;
Il n’a pas été mis en musique depuis un demi-siècle
Ces textes sont en prose ou en vers.
Ca donne autre chose sur scène.
Il a fait du rap avant tout le monde: le Groupe Octobre, c’était génial.
Il a traversé ma vie et ça me poursuit: c’est comme ça.

(Propos recueillis par Vincent Jarry) »

La vie n’a pas d’âge » à la COMEDIE NATION – monologues de femmes et chansons manifestives avec en alternance :
Denis Van Hecke ( violoncelle etc ) Pierre Heiss (basse) Hervé Queudot (piano)
jusqu’au 6 Mars 2011 Vendredi et samedi 21 H , dimanche 17 H.
77, rue de Montreuil PARIS 11ème Métro NATION

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s