Philippe JARRY Sculpteur Entretien avec Marie Ordinis

Vu de la berge, le bateau de Philippe Jarry, c’est celui dont l’arrière est prétexte à amoncellement d’objets tous formats: on dirait le coffre ou le toit d’une 2C.V. un jour de départ en très grandes vacances. De plus près, ça se révèle être des sculptures sur bois, sur pierre. On hèle le patron du Hamlet: il émerge, barbe à la Hubert Reeves ou, au moins, Hemingway, regard Victor-Hugolien-de-la-maturité. « Bienvenue sur la galère! Moi je suis sur la galère. »
Il nous fait les honneurs du cadre: les contreforts de l’ancienne Bastille, inclus dans le quai.
« Si on a libéré 12 malheureuses victimes des lettres de cachet, aujourd’hui, on a fait largement élargir les systèmes de carcération (…) Ce qui fait marcher le bateau, c’est l’équipage: c’est la mémoire des peuples qui est la plus forte.
On a compris que pour lui poser des questions, il faudra attendre.
Esquisse de Philippe en Jarry:

« J’haricot vert,
J’arrive à l’heure,
J’arrive à temps,
Ca, j’aime mieux parce que: Jarry?… Va-t’en »

Philippe sur un mode
vaguement polémique
:

 » Paris, capitale colonisée de l’hexagone ne peut plus être que la « mer-de »… des arbres (rire): les arbres s’épanouissent étroitement encadrés par le culturel, le spirituel et l’intérieur… en hexagonie, les tentatives de création artistique expirent, sauf si elles sont correctes. Et vive la république!

Philippe en vieux réac. (!)

« Moi, réac? »
…………………………………………………
« Il en faut… »
« Entre la mémoire de l’eau, de l’eau et des mânes, il est clair que les frontières dans leurs données de droit naturel tellurique sont plus fortes que la version officielle… »

Philippe, lors d’une pause:

« Tu sais, l’amour, c’est idiot; c’est vraiment un piège fabuleux, c’est bon… quand ça passe? »
(Appréciation de la Rédaction: « ah, bon? »)

Philippe et le discours

« Je suis bavard, hein? »
Il sourit, mi-inquisiteur mi-ravi.
Nous (Poèmes en Gros & 1/2 Gros):
« Oui, sinon on ne serait pas venus te voir. Bavard? On serait tenté de dire: disert – Selon le dictionnaire, disert : qui parle avec facilité et élégance.
L’élégance permet à Philippe de manier la provocation de manière quasi-aristocratique, terme que Philippe n’aimerait probablement pas.

Philippe sur un mode désabusé:

« J’ai fait le point de la disponibilité du monde qui est censé s’occuper des arts en général; ce sont des fonctionnaires… Ils travaillent sur ordinateurs. L’Imaginary Business, l’accélération des générations des hard, le soft, c’est censé être nous.
On prend les gens pour des cons, on les fout dans des folies, on leur pompe la moelle, on les frustre à mort et de leur douleur, on essaie de sortir des élans lacrymaux qu’on peut exploiter derrière le mur.
(…) S’il y a des gens qui sortent du lot, la machine à surfer, elle est prête et dans les moins de 5 ans qui suivent, ils sont ou récupérés ou rentabilisés, ou vidés de leur substance… »

Philippe en optimiste:

« Il y a toujours un cas qu’on peut citer qui est l’alibi du reste. »
« Ca a un côté « Singe en hiver », vieux qui est resté naïf et con et qui a quinze ans.
« Peut-être que je suis un lunaire… »
(N.D.L.R.: à rapprocher des propos tenus par Philippe lors d’une pause.)

Philippe à propos de Philippe

Ecrire, peindre, faire de la musique, ça m’intéresse dans la mesure où, quelque part, je trouve un bunker tourné vers l’Atlantique et tournant le dos à tout ce qui est construit et qui a des oreilles. »
(N.D.L.R.: Philippe écrit aussi, il a écrit mais bon…)

Philippe artiste-artisan : rétrospective

« J’ai eu de bons profs de dessin quand j’étais gosse. Dans les pays où j’ai voyagé, j’allais en priorité dans les galeries, les musées, les zoos.
J’ai une pinacothèque imaginaire.
Comme j’étais praticien autodidacte du spectacle, j’ai travaillé avec un nombre de peintres, artistes, connus ou moins connus, considérable.
J’ai eu, tout le temps, à faire des objets avec mes mains, parce qu’on fabrique des accessoires: on est technicien tous matériaux… Je sais aussi bien forger que souder, qu’assembler du métal ou me servir du plastique. »

Philippe: Rencontres on dirait : déterminantes.

« J’ai été sourd dans mon enfance. On m’a fait 17 para-synthèses. C’était la guerre, le froid, le déménagement.
La surdité? L’horreur ! Je voyais le monde comme quelque chose de méchant. J’ai gardé une surdité autiste. J’étais rêveur: j’ai fais onze boites en dix années d’études. J’étais un lecteur fou.
Ensuite? Etudes de droit et langues O. Pour vivre, je complétais en faisant de la régie de cabarets, de théâtre, des frimes.
Jean Rougeul (un des fondateurs de la Rose Rouge, de la Galerie 55, cabarets fondés dans les années cinquante, ami autant de Léo Mallet que de Fellini, professeur de Théâtre, entre autres de Laurent Terzieff (N.D.L.R.) a été hébergé à la maison: c’est lui qui m’a ouvert les portes. J’ai rencontré Michel de Ré…
On avait monté le Club de la Comédie avec des copains. C’était une coopérative, on se cotisait pour payer les profs.
Guerre d’Algérie. Je suis à la frontière tunisienne. Cinquante degrés à l’ombre. J’avais essayé le théâtre aux armées mais pas moyen.
Revenu en France, les copains ne m’avaient pas oublié. J’ai été embauché par différentes compagnies: Karsenty etc. »

Suit une liste de comédiens et metteurs en scène avec lesquels il a travaillé: Ginette Leclerc, Jacques Daumesnil, Popesco, Vilar, Mondy. Puis une autre liste, celle des pays où il a tourné: Amérique, Canada, Antilles, Afrique du Nord, Afrique noire, U.R.S.S., Pologne, Ukraine, Caucase.

J’étais logé comme technicien et je faisais l’acteur. En 1970, j’avais fait mon compagnonnage complet: tous les métiers du métier: meubles, direction d’acteurs, scénographie, musique…
J’ai toujours été un hussard débroussailleur. C’est épuisant. Maintenant, dans ce métier, les gens ont le sens du business.
« Le théâtre n’a jamais été fait par des béni-oui-oui et des lécheurs de bottes. »
Philippe peintre et sculpteur:

 » Il y a 1.200 jeunes peintres au R.M.I. à Paris aujourd’hui, alors !
Je ne peux pas tout raconter. Quand je suis à pleurer pour avoir un atelier pour sculpter…

(Avis à tous: Philippe cherche un atelier pour sculpter. En province aussi.
Si vous avez, contactez le au 06.68.18.19.36.
ou allez le voir sur son bateau Hamlet au port de plaisance de DRAVEIL.

« Ce qui serait intéressant, c’est de noter le groupe en pierre que j’ai perdu dans le Rhône en 1996. Après, sur un autre quai, on m’a fauché une tête de femme.
(Remarque sur la tête de femme:)
Cette statue était inachevée. Vincent Jarry qui a eu une maison brûlée avec presque toutes ses affaires manuscrits nous a raconté que ce qui l’avait le plus dérangé, fait sauter dans son lit, c’était les manuscrits inachevés qu’il ne pouvait pas terminer. Pour Philippe, ça a été pareil: il n’a pas pu peindre, sculpter ou même écrire pendant six mois. Si l’emprunteur(r) (se) pouvait lui rapporter sa sculpture, ça serait preuve de considération pour ce qu’on appelle les œuvres artistiques et la sensibilité de l’artiste.
Tristan Boudu)
Philippe nous raccompagne sur la berge; le ponton tangue vaguement; nous aussi: l’entretien avec le nautonier débonnaire, vrai-faux anar, Neptune triomphant et sculptant a été tonique. On regarde sa montre: « Bigre!… »
Bavard? Vous aviez dit: bavard?

Entretien de Marie Ordinis

PS : Philippe JARRY a installé, désormais sapéniche à DRAVEIl, si vous souhaitez voir ses oeuvres, vous pouvez le contacter au 06.50.56.23.93

 

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