Coup de projecteur sur Gaston Couté : Le Gâs qu’a mal tourné – Texte lu par Bernard Meulien – Editions Thélème –

GASTON COUTE

Il y a bien longtemps que Bernard Meulien n’avait repris le chemin des studios pour célébrer Gaston Couté, l’un de ses poètes de prédilection. C’est chose faite depuis la rentrée 2019 grâce à un éditeur qui mérite, pour son audace coutumière, un vrai coup de chapeau. Notre homme de théâtre, comédien et diseur, garde toute sa reconnaissance au regretté Vania Adrien Sens puisqu’il doit à ce dernier la découverte en 1971 de l’univers Couté. Un univers auquel Bernard Meulien est resté fidèle, tel un artisan plutôt… gourmand.

En effet, le programme est copieux : 26 titres dont deux chantés a cappella. Pas d’accompagnement, ici, contrairement au vinyle enregistré avec le compositeur et musicien Paul-André Maby en 1978. Aujourd’hui, on retrouve notamment plusieurs des textes gravés dans cet opus désormais historique, dont le superbe cycle Les Saisons rarement interprété, il est vrai, par ses pairs Jacques Florencie, Vania Adrien Sens, Gérard Pierron, Marc Robine ou le comédien Bruno Daraquy (1).

Au disque, Bernard Meulien se livre avec autant d’aisance, de passion et de finesse que sur scène (à ce propos sa prestation, en septembre dernier, a captivé le public des Journées Gaston Couté de Meung-sur-Loire). À côté des grands classiques Le Christ en bois, Le foin qui presse, Les électeurs, Grand’mère gatiau (2), on se régale de textes moins connus mais tout aussi remarquables : Saoûl, mais logique, L’affaire Chevaux-Jacquelin (ou Les affaires sont les affaires), L’aumône de la bonne fille (gravé naguère par Jacques Florencie), Pourquoi ou Les Bohémiens. Le choix des textes et leur agencement constituent déjà, à eux seuls, une jolie réussite. Le comédien habite ces mots emplis de révolte, ces mots d’un humour féroce et ces mots d’amour sensuel. Il dit avec naturel la célébration de la nature, l’espoir en la vie, la tendresse et la compassion pour les gens de peu, destins fracassés.

Voilà – entre autres – ce que nous transmet le poète et chansonnier Gaston Couté, lui-même admiré de Max Jacob et de Pierre Mac Orlan… Pour Gaston Couté, cet « enfant perdu de la révolte », la vie fut brève (1880-1911) mais intense. Son œuvre reste d’une troublante actualité. Qu’elle s’exprime en patois beauceron ou en français moderne, elle garde une saveur incomparable et a inspiré, par ailleurs, de nombreux compositeurs d’hier et d’aujourd’hui. Par sa générosité, son humanité profonde et sa sensibilité Bernard Meulien ajoute, une fois de plus, sa pierre à un édifice méconnu. Et pourtant considéré – par une audience grandissante – comme l’un des pans essentiels de notre patrimoine.

Le disque s’ouvre sur un volet sombre et acide, Le champ de naviots, pour se clore sur Le patois de chez nous où palpite le cœur d’un poète certes zébré d’orages mais sachant, de même, accueillir la surprise de l’apaisement. C’est assez dire combien Bernard Meulien chemine, comme à l’accoutumée, en pleine cohérence avec lui-même. Tantôt mordant et ironique, tantôt enjoué ou grave mais toujours aérien, le comédien participe d’instinct à une aventure de partage, exaltante et, partant, nécessaire. Dans le dépouillement le plus sensible qui soit, voici un disque néanmoins empli de couleurs et de contrastes : le visuel de présentation, atypique, en témoigne une fois de plus. Cohérence, toujours…

Laurent Gharibian 

(1) Citons quelques interprètes féminines de Gaston Couté : Édith Piaf, Patachou, Monique Morelli et, plus près de nous, Claude Antonini, Monique Tréhard ou Frédérique (toutes trois compositrices, les deux premières lui ayant consacré un album complet). Sans oublier Hélène Maurice qui participa avec Bernard Meulien et Gérard Pierron au projet Le discours du traîneux qui enflamma le théâtre de l’Européen en février 2011.

(2) Chanté a cappella. Ainsi que La marseillaise des requins

« Le Gâs qu’a mal tourné » : CD format mp3 (durée : 1 h 17). Éditions Thélème, Paris. Site : http://www.editionstheleme.com

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