DARLING d’après Darling de Jean Teulé – mise en scène Laurent Le Bras au STUDIO HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – DU 7 MARS AU 7 AVRIL 2019 – Mercredi 21 H, Jeudi, vendredi, samedi 19 H, Dimanche 17 H. Relâches les 16 et 29 Mars, les 5 et 6 Avril 2019.

Duo pour une comédienne et un guitariste électrique
Adaptation :
Claudine Van beneden, Chantal Péninon
et Laurent Le Bras
Mise en scène : Laurent Le Bras
Chansons :
Grégoire Béranger
Distribution :
Claudine Van Beneden et Simon Chomel
Scénographie :
Sophie Toussaint et Laurent Le Bras
Création lumières : Matthieu Bassahon
Lumières : Olivier Richard
Son : Magali Burdin
Création vidéo :
Stephen Vernay
Régie et conseils vidéo : Clément Marie Mathieu

 

Quel récit éclaboussant que celui de la vie de Darling, oui qui trouble profondément notre notion de la fatalité !

 Comprendre ce qui nous arrive, nous est arrivé et pourquoi un jour il y a cette pénible impression d’avoir abouti à une impasse.

Les événements collent rarement avec nos désirs et nos rêves, ils les contrarient plutôt. Il y a toujours quelqu’un pour vous dire que vous avez fait le mauvais choix alors que vous avez la terrible impression de n’avoir pas eu le choix.

 Darling est née paysanne dans un environnement familial assez rude. Le voisinage des bêtes, leur présence introduit dès le plus jeune âge une vision du monde cruelle et brutale, sans aménité. Darling qui n’a pas pourtant l’air d’être une poule mouillée a peur des vaches. Si elle ne dramatise pas la façon dont elle a vécu une scène d’horreur, celle où son frère a un jour arraché les oreilles d’un porc avant de le tuer, cette scène s’est imprimée dans sa mémoire.

 De là à penser que la cruauté fait partie du génome humain, que c’est peut-être normal puisque c’est ainsi, Darling ne s’est pas posé la question jusqu’au jour où elle a découvert que cette cruauté ordinaire, des gens pouvaient l’avoir intériorisée au point de l’exercer dans leurs rapports humains.

 C’est toute une histoire du corps, le sien que nous raconte Darling, un corps assimilé à celui d’un animal destiné à pondre, à être domestiqué, à subir les violences et les appétits sexuels d’un mari alcoolique capable de laisser violer sa femme par ses amis pour un tour de poker.

 Darling a subi tous les outrages, les humiliations d’une esclave. Son corps s’est révolté, il a pris conscience qu’il devait prendre la fuite. Darling a alors quitté son mari, ses enfants dont elle a été privée pendant 6 ans, après un divorce prononcé à ses torts.

 Darling ne s’apitoie pas sur elle-même. Son instinct de vie l’a en quelque sorte sauvée. Il faut imaginer le courage de cette femme complètement seule pour ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie.

 C’est parce qu’elle avait le sentiment de ce que représentait cet exploit d’avoir réussi à se libérer de cette fatalité, la cruauté d’un homme qu’elle a demandé à Jean TEULE, un cousin éloigné de lui écrire son histoire.

 Au moins que son histoire serve à quelque chose, qu’en l’apprenant d’autres femmes battues la rejoignent dans le même combat, libèrent leur parole pour dénoncer l’inacceptable. Il y a de la véhémence chez cette femme, une générosité, une force de vie impressionnante.

 Cette vie que l’on enferme dans un sac poubelle pour ne plus y penser, Darling lui donne un coup de pied de bonheur. C’est ce qu’expriment les deux interprètes, Simon CHOMEL à la guitare électrique qui rythme les turbulences de sa vie et Claudine VAN BENEDEN qui parle avec tout con corps, nous rappelant qu’en fin de compte, les mots lorsqu’ils jaillissent, lorsqu’ils sont expulsés du silence, ils ont les ressorts de nos tripes. Alors évidemment, cela ne sent pas le laurier mais Darling a de la gouaille comme une vendeuse au marché qui hèle les clients au milieu des cageots écrasés et des épluchures mais aussi de merveilleuses pommes.

 Nous adorons comment elle se défend de n’être qu’une femme passe partout dont la dégaine reflète impitoyablement une vie cabossée. Elle est tout un paysage à elle seule, sincère si éloigné de nos critères aseptisés de la beauté. Mais le soleil se déplace aussi sur son visage, oui il l’entend, il lui dit comme s’il venait à sa rencontre dans un bus bondé « Madame ne restez pas assise sur votre malheur, levez-vous, d’autres stations vous attendent ».

 Et nous spectateurs interloqués, nous continuons à poursuivre du regard cette personne qui vient de descendre avec sa valise usée jusqu’à la corde, les chansons qu’elle a entonnées au milieu de ses confidences tintent dans nos oreilles.

 Darling n’a pas le physique d’une belle Antigone et pourtant ! Nous savons juste que comme elle, elle a décidé de vider son sac dont Jean TEULE a tiré le meilleur, avec son flair manifeste et son humour tendre, et qu’à livre ouvert l’adaptation théâtrale et musicale de ce spectacle mis en scène par Laurent LE BRAS est formidable.

 Elle témoigne de la force du récit de Darling que les interprètes Claudine VAN BENEDEN et Simon CHOMEL ont à cœur de signifier, avec leur propre énergie minérale, un mental à toute épreuve, une pèche revigorante.

 Paris, le 17 Mars 2019

 Evelyne Trân

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