MESURE POUR MESURE – Texte de Shakespeare – Mise en scène : Arnaud Anckaert – Libre adaptation d’Arnaud Anckaert – Au TANDEM – SCENE NATIONALE à ARRAS les 26-27-28 février 2019 –

Tournée

Le Manège, Maubeuge
8 mars 2019
La Comédie de Béthune,
CDN Hauts-de-France
26, 27, 28 & 29 Mars 2019
La Comédie de Picardie,
Amiens
2, 3 & 4 AVRIL 2019
Théâtre Romain Rolland,
Villejuif
6 avril 2019
Théâtre Benno Besson,
Yverdon-les-Bains
10 & 11 avril 2019
Le Bateau Feu, Dunkerque
25 & 26 avril 2019
La Barcarolle,
Arques
21 mai 2019
Chateau d’Hardelot
23 & 24 mai 2019

Distribution
Adaptation et mise en scène Arnaud Anckaert
Assistanat mise en scène Marie Filippi
Scénographie Arnaud Anckaert
Création lumières Daniel Lévy
Création musique Benjamin Collier
Création costumes Alexandra Charles
Régie générale Frédéric Notteau
Régie son Olivier Lautem
Construction décor Alexandre Herman
Photo Bruno Dewaele
Avec
Chloé André
Alexandre Carrière
Roland Depauw
Pierre-François Doireau
Amélia Ewu en alternance avec Gaëlle Voukissa
Fabrice Gaillard
Maxime Guyon
Yann Lesvenan
Valérie Marinese
David Scattolin
Production : Compagnie Théâtre du prisme, Arnaud
Anckaert et Capucine Lange
Coproduction : La Barcarolle, EPCC Audomarois – Le
Tandem, Scène Nationale Douai / Arras – Le Bateau Feu,
Scène Nationale Dunkerque – Manège Maubeuge, Scène
Nationale Transfrontalière – Le Théâtre Jacques Carat à
Cachan – Comédie de Picardie à Amiens

« Mesure pour mesure » est probablement l’une des pièces les plus austères de Shakespeare, la plus politique aussi. L’argument a valeur de démonstration des abus du pouvoir. Un Duc d’une cité imaginaire donne les clés de son royaume à un homme réputé pour sa rigueur, espérant qu’il réussira à remettre de l’ordre dans la cité en mettant fin à la permissivité des mœurs. Le Duc déguisé en moine décide d’observer, ni vu ni connu, les manœuvres de son protégé.

 Cet homme Angelo entend soumettre la loi à la morale. Il s’avère que cette morale est largement véhiculée avec les dogmes religieux de la chrétienté, notamment par celui de la chasteté avant le mariage. Il interdit la débauche et la prostitution.

 Peut-on interdire ce qui a toujours existé de mémoire d’homme ? C’est une question de bon sens et c’est Lucio, un libertin qui se moque le mieux d’Angelo : Quand il pisse son urine est de la glace congelée (On croirait entendre Rabelais).

 Qui veut faire l’ange fait la bête. Angelo qui, pour l’exemple, condamne à mort un jeune homme Claudio, coupable d’avoir engrossé une jeune femme avant le mariage, se prend de désir pour la sœur du condamné Isabella, une nonne vierge, venue réclamer la grâce de son frère. Angelo propose un marché infâme à Isabella, celui de se donner à lui pour sauver son frère.

 Abus de pouvoir, abus sexuels, le parallèle est foudroyant. En dépit de son habit de religieuse qui eût dû la préserver elle aussi du désir charnel, Isabella se voit ravalée par Angelo à sa seule nature de femme et à se défendre en tant que femme. Elle refusera le marché par conviction religieuse qui dresse ses interdits et ne lui permettent pas de s’ouvrir à ses propres sentiments. Or et c’est tout le paradoxe, il est évident qu’elle est à même d’utiliser les mêmes arguments de défense de son frère pour elle-même. Ce qui n’échappe pas au pervers Angelo.

 La nature a force de loi semble nous dire Shakespeare. Encore faut-il la maitriser, sans pour autant la contraindre de façon tyrannique, inhumaine. Le débat est lancé et a toujours cours aujourd’hui dans un monde toujours en prise aux pouvoirs d’intégristes religieux qui dénient aux femmes leur liberté.

 Voilà une pièce qui porte magnifiquement son titre « Mesure pour mesure ». Aucun des personnages n’est ni blanc ni noir. Tous sont faillibles. « Mon mensonge est plus lourd que ta vérité » crie Angelo à Isabella effondrée.

 La scénographie de la pièce est aussi carrée que celle d’une pièce à thèse, froide, sévère, anguleuse sans superflu de décor. Comme si le metteur en scène entendait souligner l’intemporalité de ce débat entre le bien et le mal que s’approprient les pouvoirs sous couvert de la morale ou de la religion.

 A l’intérieur de la cage rigide de la loi, des êtres se retrouvent livrés à eux-mêmes, le dos au mur. C’est pourquoi, le Duc a souhaité en sortir pour prendre du recul.

 « Cherchez l’humain » nous somme Shakespeare. Deux visions du monde semblent s’opposer, celui de la débauche assumée par Lucio, le bon vivant et celui du puritanisme d’Angelo et d’Isabella, mais elles occupent  le même courant, le même sang, la même nature, ce dont a pleinement conscience le Duc qui assiste aux débordements d’Angelo.

 Dans cette pièce, nous voyons une nappe humaine tentée de se soulever en dépit des pierres lourdes, celles de la morale, des dogmes religieux, des lois arbitraires qui la clouent au sol.

 Il n’y a pas d’autre lumière que celle de la conscience, toujours troublée qui se manifeste chez tous les personnages, et surtout ceux particulièrement complexes d’Angelo et Isabella.

 Ce sont des êtres malheureux qui occupent un terrain devenu sec et qui se réveillent en pleine nuit. Ils se heurtent à leurs propres murs et c’est saisissant.

 La scénographie dans l’épure appréhende aussi les protagonistes dans leur dimension onirique, cette prégnante obscurité qui les pousse à parler avec leurs tripes.

 La distribution est épatante. Mais il est vrai que nous d’yeux que pour Angelo et Isabella. Maxime GUYON est bouleversant en transi amoureux et ange déchu, et Chloé ANDRE est poignante dans le rôle de l’intransigeante et vulnérable Isabella, déchirée par ses multiples figures que lui renvoient cette société patriarcale, celle de sœur, de vierge religieuse, de  putain, de mère et peut être d’épouse idéale.

 Pierre- François DOIREAU quant à lui, il excelle en Lucio libertaire, indomptable qui joue le rôle de torche à réveiller les morts.

 En résumé, nous sommes frappés par le caractère visionnaire de cette pièce dont les motifs évidemment nous ramènent aux tensions de notre propre époque.

 La mise en scène d’Arnaud ANCKAERT relève brillamment avec mesure cette pièce à thèse convulsée d’ombres jusque dans ses profondeurs.

 Paris, le 6 Mars 2019

 Evelyne Trân

Un commentaire sur “MESURE POUR MESURE – Texte de Shakespeare – Mise en scène : Arnaud Anckaert – Libre adaptation d’Arnaud Anckaert – Au TANDEM – SCENE NATIONALE à ARRAS les 26-27-28 février 2019 –

  1. Bonjour Evelyne,
    Les contacts de ton adresse électronique t’ont été piraté par un certain bcpas19 qui est, comme par hasard, chez gmail. Son message s’intitule « Sérieux problème » et demande de répondre. Il faudrait que tu préviennes tous tes contacts.
    Bises
    Pierre

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