MON GRAND-PERE ( PARTAIT TOUS LES ANS EN ITALIE…) de Valérie MREJEN – Mise en scène de Dag JEANNERET avec Stéphanie MARC – FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 – ARTEPHILE – 7 Rue du bourg Neuf 84000 AVIGNON – À 16H20 : DU 6 AU 27 JUILLET – RELÂCHE 22 JUILLET –

  • Metteur en scène : Dag Jeanneret

  • Interprète(s) : Stéphanie Marc

  • Scénographe : Cécile Marc

  • Eclairagiste : Christian Pinaud

  • Diffusion : Elodie Couraud

  •  Ce que disent les choses ! Les mots font partie des choses. Ainsi pensait Georges PEREC. Mais comment peuvent-elles trahir ou plutôt dévoiler des émotions que l’on croyait rangées dans les placards ou déborder péniblement d’un tiroir bondé de souvenirs quasi obsolètes qui n’intéressent personne, à part soi. Grands et petits fantômes, comment pourrions-nous vous évoquer ? Une porte s’ouvre, le vent entre dans la pièce. Une femme est en train de préparer une collation pour des invités qui ne sont pas encore arrivés. Elle commence à parler doucement de son grand père, presque à mi-voix. C’est un peu comme si elle dépliait délicatement du papier froissé. Ce qui a précédé sa prise de parole, nous l’ignorons mais nous imaginons qu’il s’est passé quelque chose qui la pousse à parler. C’est à cause d’elle que tous les gens qu’elle évoque existent. Son occupation n’est pas intellectuelle, elle est juste ménagère et cela laisse un peu de liberté à la pensée qui papillonne involontairement.

    Elle s’excuserait presque d’évoquer tant de souvenirs face à un étranger mais elle a un alibi, ce qu’elle dit fait partie intégrale de sa personne. Elle est, elle-même, une maison occupée par de curieux habitants qui l’accaparent, la tirent par la manche dès qu’elle leur en donne l’occasion.

    Il lui faut faire face à ces drôles de fantômes. La posture qui lui ressemble le plus c’est celle de l’enfant. Oui, elle parle comme une enfant qui rapporte les faits et gestes, les paroles de ses parents sans les juger.

    Il y a cette tonalité affective de la voix, elle dit » mon grand-père » comme elle dirait mon bras, mes mains, mes cheveux, mais sa démarche n’est pas narcissique. Pour ne pas parler dans le vide, il faut s’accrocher aux objets, aux choses, et les mots sont des choses qui résistent parce qu’elles peuvent se tenir en place, se poser.

    Ces êtres oubliés, leurs vies pleines de rebondissements, leurs éclats, leurs peines, leurs accidents, remonteraient à la surface juste le temps de leur évocation. Il n’y a que la voix de la jeune femme pour nous assurer de leur présence. Grâce au filtre de sa mémoire sensorielle, physique, elle peut soudain les contenir, ses êtres aimés, approchés.

     Oui, la voix de cette jeune femme joue le rôle de cette flamme heureuse qu’il faut apprivoiser pour comprendre qu’elle appartient aussi bien aux vivants qu’aux morts.

     Il s’avère que l’auteure du texte, Valérie MREJEN a effacé les commentaires de l’adulte. D’une certaine façon, la jeune femme ne pense pas, elle est dictée par les mots qui lui viennent à la bouche, elle est occupée comme explorée à son insu par cette enfant qui parle à sa place, pour accueillir d’étranges visiteurs et la collation qu’elle prépare, qui sait, est pour eux.

    Mise en scène par Dag JEANNERET, l’interprète Stéphanie MARC nous fait penser à cette musicienne du silence chantée par Mallarmé, qui absorbe les mouvements de nos pensées pour laisser venir sans les brusquer nos chers disparus !

     Paris, le 21 Juillet 2018

     Evelyne Trân

     

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