Oncle Vania d’Anton Tchekhov du 19 janvier au 19 mars 2017 le Jeudi à 19 H 30 , le Dimanche à 18 H – au THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS

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Auteur : Anton Tchekhov
Mise en scène : Philippe Nicaud
Distribution : Marie Hasse, Céline Spang, Fabrice Merlo, Philippe Nicaud, Bernard Stark
 
Durée (mn) : 1h25

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« Ils viennent nous voir, ils sont de notre famille, ils repartent. Rien n’a changé ou presque… » 

En une phrase, il serait possible de traduire le désenchantement de l’oncle Vania et de sa nièce Sonia qui viennent de revoir le père de cette dernière, Sérébriakov, un vieux professeur, accompagné de sa jeune et belle épouse Elena. Un événement que l’arrivée de ce couple venu de la ville dans le quotidien blafard de l’oncle Vania et de Sonia, auquel assiste également le médecin de campagne Astrov, appelé pour soigner Sérébriakov et qui tombe aussitôt amoureux d’Elena.

Le synopsis n’a rien d ‘original. Nombre de feuilletons américains notamment reprennent l’ingrédient de base, l’amour. Il s’y trouve toujours une belle femme qui attise les passions et quelques affaires triviales qui déchirent les membres d’une même famille.

La comparaison s’arrête là évidemment car l’histoire transite à travers le regard de l’oncle Vania, le perdant, le dépressif de service auquel Tchekhov donne le premier rôle. Nous verrons sa mélancolie se muer en révolte, en désespoir. Et sa juste colère atteindra Elena prisonnière de son image de belle et jeune épouse qui chavire sur la pente des sentiments, parce qu’elle est trop sensible, pour supporter la violence des passions qu’elle suscite.

Lettres d’amour mortes avant d’atteindre leurs rives. Que de poissons morts, de rêves déçus à l’intérieur de cette rivière pourtant si riche de sentiments.

Elena brille de toute sa beauté. Serébriakov fut un intellectuel renommé, l’oncle Vania un dévoué gérant de la propriété familiale, Sonia a le cœur pur, Astrov le médecin a beaucoup de charme. Mais tous ces personnages traînent des boulets, l’oncle Vania celui de la rancœur, Sonia, la laideur, Astrov, l’alcool et l’ennui, Sérébriakov, la vieillesse, Elena son enveloppe artificielle. Tous aussi sont incroyablement seuls.

A une époque où tout le monde parle des réseaux sociaux, ou par un seul clic, un seul sms, nous pouvons avoir l’illusion d’atteindre un interlocuteur, le courrier du cœur de Tchekhov prend une toute autre dimension, il révèle ce qu’il y a de diffus, d’inexprimable chez l’être humain, le contraignant à s’exprimer parfois violemment comme l’oncle Vania.

Tous les personnages ont en commun un sentiment de frustration, éprouvent que leurs activités quotidiennes qui se résument à boire, manger, dormir, travailler, étouffent leurs aspirations spirituelles, dont la plus haute sans doute est celle de l’amour.

Il faut voir comment Sonia tend un verre d’alcool à Astrov. Tout son amour s’exprime dans ce geste. Nous savons que toute sa vie Sonia se remémorera ce geste là incompris, qu’elle le cristallisera avant qu’il ne retombe en poussière.

Les personnages ont de la poussière dans les yeux qui les embuent de larmes : « Voici comment nous sommes, des arbres qui pensent, la crête vers le ciel, les racines dans la boue » pourraient-ils dire ensemble.

La mise en scène de Philippe NICAUD laisse crépiter la petite musique de Tchekhov, mélancolique, ardente. Nous rejoignons la solitude de chacun des protagonistes comme si chacun à mi-voix se confiait à l’invisible, ou bien à une personne inconnue pour lui dire « Vous comprenez, j’ai aimé, j’ai voulu aimer et cela seul compte ».

Et nous retenons notre souffle, nous y croyons, sans doute grâce à l’interprétation de chacun des comédiens particulièrement juste, nuancée. Et puis la mélancolie ambiante se dope du bel éclair que représente le docteur Astrov qui apporte de la gaîté avec sa guitare, pour donner le ton à l’ivresse des sentiments.

La pièce l’Oncle Vania, dans cette mise en scène nous paraît encadrée de ces deux vers d’Apollinaire :

« Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme »

« Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »

Un bol de vie tout simplement enivrant.

Paris, le 24 Janvier 2017                     Évelyne Trân

 

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