LE MOCHE de Marius von Mayenburg au THEATRE DE L’ATALANTE – 10 place Charles Dullin, 75018 Paris – Du mercredi 4 au dimanche 29 janvier 2017 –

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Traduction Hélène Mauler et René Zahnd 

 Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30
Les jeudis et samedis à 19h
Les dimanches à 17h
Relâche les mardis

Mise en scène : Nathalie Sandoz

Scénographie : Neda Loncarevic Lumières et vidéo : Philippe Maeder Univers sonore : Cédric Liardet Costumes : Diane Grosset Maquillages : Nathalie Mouschnino Médiation : Carine Baillod Régie technique : Julien Dick Diffusion : Julie Visinand

Jeu : Nathalie Jeannet, Guillaume Marquet, Gilles Tschudi et Raphaël Tschudi

 

La pièce de Marius von Mayenburg fait vraiment penser à une fable, une sorte de conte moderne universel auquel nous pourrions rattacher l’histoire de Riquet à la Houppe et certainement bien d’autres.

Voici le synopsis :

Un jeune inventeur qui pensait pouvoir défendre son invention lors d’un congrès est écarté par son patron au profit de son associé moins compétent mais plus beau. Bien qu’il ne se soit jamais rendu compte de sa laideur,  le héros très pragmatique décide d’avoir recours à la chirurgie esthétique. Devenu beau, il devient la coqueluche d’une foule de femmes et peut défendre son projet. Le succès se révèle éphémère car le chirurgien du style Méphistophélès a pour ainsi dire vendu l’âme de l’inventeur en décidant  de reproduire son facies phénoménal en de multiples exemplaires. Du coup Lette prend conscience trop tard qu’en livrant son visage au chirurgien, c’est son identité particulière et unique  qu’il a perdue. Il se console en contemplant sa copie, en se trouvant beau à travers un autre qui lui servirait de miroir.

La satire plutôt énorme n’épargne pas ce  regard de l’autre, alier en latin qui a enrichi le vocabulaire de la folie avec les termes d’aliéné ou d’aliénant. L’importance du regard de l’autre, nous voudrions bien l’occulter, mais elle se rappelle toujours à vous de la façon la plus sournoise et après tout naturelle. N’oublions pas que nos réflexes sont d’abord primaires,  et qu’il parait normal d’être plus attiré par belle  personne que par une moche.

La société de consommation connait bien ces réflexes et tire le meilleur parti de cet instinct grégaire qui pousserait les gens à adopter la même attitude, à acheter la même chose… C’est ce phénomène du même  qui parait dangereux  bien plus que l’antagonisme entre laideur et beauté. Noyé dans la masse, l’individu peut bien avoir la sensation d’être vidé de son identité et du coup perdre le goût de la vie, de la découverte.

La  mise en scène de cette pièce très philosophique donne le tournis; les scènes se succèdent quasi à l’emporte-pièce comme si le spectateur était convié à se représenter le bouleversement mental de Lette qui finirait par confondre son épouse avec d’autres femmes, son patron avec le chirurgien, son associé avec le fils de sa maitresse etc.

Pour satisfaire quelque réflexe puéril, nous aurions bien aimé le voir pour de vrai « ce moche ». La laideur peut être fort attrayante, telle celle de King Kong ou de Quasimodo .Cela dit, le comédien Guillaume MARQUET réussit fort bien à infuser de la personnalité à ce pauvre Lette et à le rendre émouvant.

Voilà une fable en forme de boomerang, interprétée avec chaleur par toute l’équipe qui délivre un laissez-passer sinon à tous les moches de la terre, à tous ceux qui revendiquent leurs particularités, leurs différences. Nous nous joignons à eux pour manifester contre ce monde de clones trop bien vendeur !

 Paris, le 13 Janvier 2017                  Evelyne Trân

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