LA BONNE EDUCATION – La fille bien gardée et Maman Sabouleux – Deux pièces en un acte d’Eugène LABICHE – Mise en scène de Jean BOILLOT – à LA HALLE AUX GRAINS à BLOIS, les 6 et 7 Janvier 2017 puis en tournée –

EN TOURNEE :

vlabiche

SN 61, Scène nationale d’Alençon › 11 – janvier 17’ – Les Animals, ›1 2- janvier 17’ – La bonne éducation, La Filature, Scène natonale de Mulhouse › 25 – 27 janvier 17’ – Les Animals, Comédie de l’Est, CDN de Colmar-Alsace › 02 – 03 février 17’ – Les Animals, Théâtre de la Renaissance, Oullins › 10 – 12 février 17’ – Les Animals, Le Varia, Bruxelles, › 16 – 20 février 17’ – Les Animals, Théâtre du Ducourneau, Agen › 21 – 22 mars 17’ – La bonne éducation, ACB, Scène nationale de Bar-Le-Duc › 31 mars 17’ – Intégrale, Grand Théâtre du Luxembourg, Luxembourg ville › 05 – 06 mai 17’ – La bonne éducation,

Assistant à la mise en scène : Régis Laroche / Musique : Jonathan Pontier / Dramaturgie : Olivier Chapuis / Scénographie : Laurence Villerot / Création lumière : Ivan Mathis / Costumes : Pauline Pô / Collaboration chorégraphique : Karine Ponties / Collaboration vocale : Géraldine Keller / Construction décors : Ateliers du NEST

Avec : Guillaume Fafiotte, Nathalie Lacroix, Philippe Lardaud, Régis Laroche, David Maisse, Isabelle Ronayette

Production : NEST – centre dramatique national de Thionville-Lorraine / Coproduction : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg.

 

La bourgeoisie que décrit Labiche à travers le miroir grossissant et grotesque qu’il affectionne dans la plupart de ses pièces destinées à la distraire, peut paraître bien éloignée de notre perception de la société d’aujourd’hui. Les Français de souche et fiers de l’être n’auront pourtant guère de difficultés en visionnant les photographies de leurs trisaïeuls, à frissonner en songeant qu’ils sont bien ou malgré eux, descendants de cette douce France.

Il fallait un sacré génie voire une fieffée insolence de la part de Labiche pour faire gober au public bourgeois, sous le couvert de la farce, sa propre caricature.

sem-1927-mistinguett-paul-poiret-jean-gabriel-domergue-spinelly-caricature-hprints-comCet art mineur de la caricature a d’ailleurs vu son essor au milieu du 19ème siècle, avec des caricaturistes célèbres tels que Daumier, Forain, Cham puis plus tard Sem. Mais passons, souvenons nous simplement que tandis que les bourgeoises tenaient salon, cintrées dans leurs corsets et s’occupaient de l’éducation des enfants, épaulées par des domestiques, leurs dignes époux travaillaient à l’essor économique de la France, s’encanaillant juste pour souffler dans des cabarets ou dans des maisons closes.

L’éducation des enfants était particulièrement rigide, la sexualité absolument tabou, de sorte que les jeunes filles passaient des mains des parents à celle du mari dans une ignorance crasse de leur constitution sexuelle.

Pour faire exploser les corsets de ces bons bourgeois au théâtre Labiche a usé de la recette la plus avantageuse depuis Molière ou la commedia dellarte , la farce.

La fille bien gardée et Maman Sabouleux, les deux vaudevilles en un acte que nous présentent Jean BOILLOT et son équipe, pourraient figurer dans un procès verbal d’huissier averti dont l’état des lieux est destiné à consigner tout ce qui cloche et met en danger la bonne société.

Pour que la démonstration soit efficace, il convient bien entendu de renverser les belles valeurs de cette société, en allant fouiner du côté des coulisses, des domestiques, sous les jupons et ne pas se contenter des apparences, nous dit Labiche, puisque derrière c’est un monde de malices, de méchancetés, qui s’y love et – on ne sait jamais, chers bourgeois – pourrait vous sauter au visage si vous n’y prenez garde.

Dans La fille bien gardée, une baronne croit bien faire en laissant la garde de sa fille adorée à des domestiques dont la rouerie ne peut dépasser les bornes de sa naïveté. Pauvre enfant, livrée à ses caprices d’enfant gâtée que les domestiques, uniquement préoccupés de leurs plaisirs, abandonnent à des carabiniers sans scrupules qui jouent avec l’enfant comme s’il s’agissait d’un objet de distraction, hélas probablement sexuel.

Dans Maman SABOULEUX, les parents très riches, ont déposé leur fille à la naissance chez une nourrice, comme un paquet, sans s’inquiéter de la qualité de ladite nourrice qui se trouve être un homme qui va utiliser l’enfant comme servante.

Dans les deux pièces, nous voyons comment une pauvre gosse tombe dans les griffes de monstres, par la faute de la crédulité de ses parents aveugles.

Ah, tous ces dangers qui menacent nos chers chérubins ! Quels parents soucieux de l’avenir de leur progéniture n’ont pas de sueurs froides en songeant que la télévision et internet, les nouveaux domestiques, pourraient corrompre avant l’heure, leur saine innocence !

Dans la mise en scène fort ingénieuse de Jean BOILLOT, un beau travail de toute l’équipe, notamment de la costumière Pauline Pô, et de la scénographe Laurence VILLEROT, nous passons étonnamment d’une pièce à l’autre, sans beaucoup de changement de décor, seuls les grands rideaux imposants du salon urbain de la Baronne tombent pour laisser place à un paysage rural plus fleuri. Il ne s’agit pas de s’accrocher à la réalité coûte que coûte mais à son apparence, son interprétation. Il y a beaucoup de zapping de la part des personnages de Labiche, qui ne voient que ce qu’ils ont vraiment envie de voir. Qu’un détail incongru comme une descente de lit ou une énorme mascotte à tête de chèvre puisse encombrer l’espace, ils ne le verront pas s’il ne fait pas partie de leurs préoccupations immédiates. Cette science du zapping suinte dans la langue de Labiche qui réclame une belle dextérité aux interprètes, tous excellents. Avec une aisance fabuleuse Philippe LARDAUD qui interprète avec une sobriété confondante la Baronne, devient une irrésistible Maman SABOULEUX, David MAISSE campe le chasseur tel un effronté Sganarelle, Nathalie LACROIX passe du registre de la drôlesse, femme de chambre mal fagotée à celui de la snob Madame Claquepont. Régis LAROCHE incarne le ridicule Claquepont à breloques, Guillaume FAFIOTTE le carabinier et le voisin de Maman SABOULEUX. Enfin, Isabelle RONAYETTE incarne le rôle de la petite fille délurée et victime dont l’allure rappelle une certaine Zazie de Raymond Queneau.

La vérité, c’est que tout ce monde là ne cesse de s’agiter comme dans une marmite dont l’ébullition atteint son comble quand les protagonistes n’en pouvant plus se mettent à glousser comme des oies !

Nous n’avons pas eu le temps de penser. Nous nous sommes égarés dans les couloirs d’un cauchemar surréaliste de Labiche, impossible, grotesque. Ces drôles de personnages sont-ils des fantômes qui hanteraient, à notre insu, quelques tissus de notre mémoire collective, pour continuer à se moquer de nous mêmes. Partition fantôme, fantasmatique (jolie composition de Jonathan PONTIER) qui s’échappe bizarrement du piano qui se met à jouer tout seul.

La boîte à musique de Labiche a des accents grinçants, des ressorts ribouldingues, quelques gros fils bien sûr, mais si bien huilés que nous serions tentés de n’y voir que du feu pour rire.

« Qui veut faire l’ange fait la bête » disait Pascal . Ni anges ni bêtes, mais alors qui sommes nous ? Peut-être bien des monstres répond Labiche !

Paris, le 8 Janvier 2017                       Evelyne Trân

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