Mise en scène et scénographie David Bobée
Assistanat à la mise en scène et dramaturgie Catherine Dewitt
Interprétation Lucrezia – Béatrice Dalle, Gennaro – Pierre Cartonnet, Don Alphonse – Alain d’Haeyer, Maffio – Pierre Bolo, Oloferno – Marc Agbedjidji, Ascanio – Mickaël Houllebrecque, Jeppo – Radouan Leflahi, Apostolo – Harald Thompson Rosenstrøm, Gubetta – Jérôme Bidaux, Rustighello – Marius Moguiba, La Negroni – Catherine Dewitt
Composition musicale et chant Butch McKoy
Lumières Stéphane Babi Aubert
Musique Jean-Noël Françoise
Vidéo José Gherrak
Costumes Augustin Rolland, Pascale Barré
Beaucoup l’ont dit, Victor HUGO était un visionnaire et un grand émotif. Le verbe chez lui qui a pour synonyme le souffle se nourrit d’émotions visuelles intenses. Ce fut l’horrible spectacle de la mise à mort en public d’un assassin qui lui inspira le texte du condamné à mort. Hugo n’entendait pas seulement des voix, il entendait des images. Il faut croire que celles-ci le poursuivaient pendant ses rêves et à l’état de veille car il était aussi peintre.
Dans sa préface pour Lucrèce BORGIA, Victor Hugo dit que le théâtre est une tribune, qu’il a une mission sociale et humaine. Lui qui a combattu toute sa vie contre la peine de mort voulait faire entendre qu’un assassin était encore un homme. Avec le portrait de Lucrèce BORGIA, condamnée par la postérité pour ses crimes, tel un avocat de la défense, il entend retrouver la trace humaine de cette femme à travers une réalité sublimée, celle de mère.
La mise en scène de David BOBEE dialogue de plain-pied avec un Victor Hugo, jeune et impétueux. C’est toute l’énergie de la jeunesse qui investit les tréteaux, les escalade, presque comme dans un film de cape et d’épée. Un immense échafaudage dans la Maison des Arts de Créteil remplace la superbe façade du château de Grignan. Mais la lumière ruisselle le long de toutes ses poutres en fer qui se reflètent dans un bassin, pataugeoire des passions humaines, sorte de réverbération maligne des Borgia.
Le jeu des lumières parfaitement maitrisé est spectaculaire. Dans ce bel espace qu’offre la scène de la Maison des Arts de Créteil, grâce aussi à la présence de l’eau qui appelle le ciel, le spectateur peut même se croire en plein air.
Elles sont terribles les scènes où l’on voit Lucrèce, Béatrice DALLE, s’aplatir dans l’eau comme une bête humaine, parce que tantôt on la voyait dans son apparat de reine, majestueuse et fière. Toute cette fierté mise à bas, pour seulement accoucher à l’intention de son fils Gennaro, cet aveu d’une voix douce, incroyablement douce « Je suis ta mère «
Cette embellie surprenante de la douceur écrase alors les turpitudes humaines exprimées de façon grotesque mais joyeuse lors de la fête orgiaque des amis de Gennaro chez La NEGRONI.
Le metteur en scène semble avoir le sens de la mélancolie qui ronge au-dedans des humains déboussolés, déchirés aussi bien par leurs passions, que le sentiment de leur vacuité.
A cet égard, le personnage de Gennaro incarne l’enfant universel dont l’avenir est entaché à la naissance par les forfaits de ses géniteurs.
Pierre CARTONNET exprime fort bien ce mal d’être en quête d’une raison de vivre et d’aimer. Béatrice DALLE est une Lucrèce simplement humaine, qui témoigne de ses propres blessures affectives et qui dans sa descente aux enfers, retrouve la trace d’un amour invoqué, celui d’une mère.
Jérôme BIDAUX en cynique Gubetta est excellent, Thierry METTETAL, Don Alfonse d’Este, est saisissant en époux jaloux révolté et Catherine DEWITT, la Negroni est étincelante de verve et sensualité.
Les comédiens circassiens qui forment la troupe d’amis de Gennaro sont un chœur ruisselant d’émotions en concert avec la voix profonde et mélancolique de Butch McKoy, à elle seule un tableau magique et étrange que pourrait parcourir le visage d’Hugo lui-même.
Mise en scène par David BOBEE, la pièce Lucrèce BORGIA n’est pas seulement spectaculaire, elle ouvre la voie aux multiples et parfois inattendues correspondances des voix humaines. Si le théâtre est le lieu de tous les possibles pour les créateurs, il doit être aussi le lieu de tous les publics, il est à charge d’âmes entre ciel et terre, puisque toute œuvre est une action disait encore Hugo. Décidément, il faut croire qu’il s’est théâtralement incarné chez David BOBEE.
Paris, le 18 Octobre 2014
Mise à jour le 25 Novembre 2016 Evelyne Trân