UN REVE DE MILLET par la Compagnie FULL SHOW LANE STUDIO dans le cadre de l’évènement du Joyeux Nouvel An Chinois d’après le roman de SHEN JIJI – Adaptation et mise en scène HUANG YING au Théâtre SIMENON de ROSNY SOUS BOIS, le 30 Janvier à 20 H, à l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton les 1er et 2 Février 2016 à 20 H 30 et les 4 et 5 Février 2016 à 19 H 15 au Théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du Quai Branly.

Il parait infini cet espace entre rêve et réalité et nous n’y songeons pas souvent. Que se passe t-il pendant que nous dormons ? Nous n’en avons cure car nous avons lâche prise, fort heureusement. Y a t-il quelqu’un qui veille sur nous pendant notre sommeil ? Quelle mère, quel amant, quelle amante ne se sont pas attendris en observant l’être aimé dormir ?

En guise de cadeau pour fêter le joyeux nouvel an chinois, la Compagnie Full Show Lane Studio propose au public français, de découvrir un vieux conte chinois, intitulé un rêve de millet,   adapté d’un roman de SHEN JIJI du 8ème siècle. Dans ce conte, c’est en quelque sorte, un vieux maître taoïste à l’instar d’une bonne mère qui fait office d’esprit bienveillant. L’histoire est simple, un jeune lettré n’arrête pas de se plaindre de sa vie misérable, le maître lui tend alors un oreiller et le jeune homme se met à rêver sa vie sous une toute autre condition, celle qu’il croit avantageuse, qui va lui procurer richesse, honneur etc… Cette vie se révèle épuisante et même contraignante car en traçant sa route de la façon la plus visible, la plus extérieure, il a enseveli les traces de son enfance qui se rappelle à lui au seuil de la vieillesse. Ah la saveur du millet dans la bouche, si simple, voilà qu’il la réclame à l’Empereur qui lui refuse. Le héros est désespéré .

Il est temps qu’il se réveille. Pendant qu’il dormait, le millet cuisait dans la marmite, c’est son odeur bienfaisante qui s’est profilée dans son rêve, heureux, le jeune lettré est prêt désormais à accepter sa condition « misérable » !

Il s’agit d’un conte d’essence taoïste, certes populaire mais évidemment conçu par un caste dominante, lettrée. Pendant des siècles, les mandarins qui devaient assurer des postes de hauts fonctionnaires, devaient aussi être poètes. La littérature chinoise relate les émois de ces mandarins qui abusés par leur course aux honneurs, les guerres, les conflits politiques, finissaient par revenir à leur aspiration première, la poésie.

Pour les Chinois, la poésie c’est l’essence même de la nature. Il n’y a pas d’arrière pensée misérabiliste dans l’éloge des choses simples de la vie, une bonne cuillère de millet mais aussi le reflet de la lune sur une nappe d’eau, le chant d’un oiseau. Cela peut paraître banal et pourtant les poètes chinois n’ont jamais cessé d’exprimer leurs sentiments vis à vis de la nature. Pour eux, ce n’est pas l’homme qui domine la nature, l’homme n’en est qu’un élément, une manifestation.

Dans sa mise en scène, le metteur en scène HUANG YING impose une sorte de veille aux spectateurs qui peuvent réellement avoir l’impression d’assister au rêve du jeune lettré. Il y a très peu de paroles, parfois elles sont chantées comme dans un opéra. Ce sont les mouvements en réplique des ondes de rêve du dormeur qui expriment ses sentiments, sobrement mais parfois de façon spectaculaire. L’on voit les magnifiques costumes du mandarin danser, les manches de la robe d’une danseuse se déployer, virevolter sur elles mêmes, flamboyantes et gracieuses. Étonnant, alors que peu de temps auparavant les spectateurs ont pu assister au long et répétitif rituel du lavage du millet dans des seaux en plastique.

Une musicienne impassible, sur le côté de la scène, accompagne à la harpe, les différentes actions, sans effusion, juste pour souligner le temps qui passe, telle une horloge musicale, mais de quel temps s’agit-il ? Celui qu’il faut pour cuire à point le millet présent sur scène dans quelques chaudrons qui fument.

A l’écart de la scène, un homme en costume moderne, semble écrire sur un petit bureau, par moments il se déplace pour lancer quelques graines dans un aquarium de poissons rouges, toujours en silence.

Ambiance de paix, de recueillement qui précède le réveil du jeune dormeur. Le voilà qui se précipite vers le chaudron de millet, qu’il le goûte et se brûle la langue de bonheur !

Quel joli cadeau que ce rêve de millet offert au public français ! Chacun des spectateurs aura le privilège de goûter cet élixir à l’issue du spectacle. Élixir spirituel mais concret puisque beaucoup d’entre eux associeront désormais à ce frugal millet, une essence de la pensée chinoise, universelle !

Paris, le 31 Janvier 2016                      Évelyne Trân

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