En attendant Godot De Samuel Beckett – Mise en scène Jean-Pierre Vincent – au THEATRE DES BOUFFES DU NORD – 37 Bis Bd de la Chapelle 75018 PARIS – du 4 décembre 2015 au 27 décembre 2015 – Du mardi au samedi à 20 H 30 le dimanche à 16 Heures –

godot1Assisté de Frédérique Plain
Dramaturgie
Bernard Chartreux
Décor Jean-Paul Chambas
Assisté de Carole Metzner
Costumes Patrice Cauchetier
Collaboratrice costume Bernadette Villard
Lumières Alain Poisson
Sons Benjamin Furbacco

Avec
Abbès Zahmani
Charlie Nelson
Alain Rimoux
Frédéric Leidgens

Une épopée en terrain vague est ce possible ? Avait-il un peu de sable dans la main qui vint glisser sur sa page blanche BECKETT lorsqu’il rejoignit les personnages d’En attendant Godot ?

Parce qu’enfin, voilà des personnages qui se moquent de leur auteur qui tenterait en vain de leur donner un peu de consistance Et pourtant il faut bien qu’ils justifient leur existence, leur présence sur cette page blanche, qu’ils s’incrustent à l’intérieur de ce vide effarant, éblouissant. Deux grains de sable qui gratteraient la main d’un créateur providentiel, qui attendraient sa semonce, ses ordres, qui ne cesseraient de remuer pourtant, de parler pour passer le temps . « Qu’est que vous foutez là ?  leur crie Beckett exaspéré ? – Nous attendons Godot » répondent ils en chœur.

Nous attendons tous Godot sans le savoir, un bus, un train, une rentrée d’argent, une date de voyage, d’anniversaire, de vacances, et ainsi de suite, nous sommes toujours en train d’attendre un événement qu’on risque d’oublier ou de ne pas reconnaître comme si nous avions besoin d’une corde au cou pour avancer et peu importe qui tire la corde du moment qu’elle grattouille notre gosier, qu’elle nous fait un peu frémir.

Ne nous voilons pas la face, les pauvres vieux, les gueux pour qui le temps semble s’être arrêté sur un banc public ou sur le trottoir n’attirent pas notre attention. C’est notre enfance partie au galop,soubresaut de mémoire hallucinatoire qui fait apparaître Pozzo et Lucky dans le terrain vague de Vladimir et Estragon , comme par enchantement. Sans doute faut-il surfer sur un temps de l’enfance, une autre planète pour éprouver le charme de leurs conversations. Ils sont uniques ces moments d’enfance où nous croyant seuls au monde, le temps est perçu comme une belle nappe blanche dans laquelle le vent de l’ennui et les bizarreries de nos humeurs peuvent s’engouffrer. A l’autre bout de l’enfance, la vieillesse ou ses rebords, et c’est toujours en quelque sorte la même nappe qui ronronne .

Comment s’empêcher de penser que c’est Beckett lui même qui s’écrie à travers la bouche de Pozzo furieux  « Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps. C’est insensé ! Quant ! Quand ! Un jour ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres …  » pour basculer dans la poésie, une planète où le temps ne ferait pas d’histoires, serait libre …

Lorsque nous étions enfants nous pouvions rêver pendant des heures devant une petite pièce de vingt centimes en songeant aux friandises qu’elle nous permettrait d’acheter . Elle prenait des proportions incroyables, pas une des ses cavités, de ses reflets nous échappait. Et nous savions qu’elle avait 2 faces, qu’elle pouvait rouler, se perdre, c’était extraordinaire !

BECKETT aurait gravé l’histoire de ces clodos penseurs sur une toute petite pièce de monnaie rutilante vagabonde moquée par la grosse lune. Une petite pièce pense-bête qui s’enfouit aussitôt dans le sable, pauvre sable salé de nos paupières. C’est Estragon qui nous y fait songer lorsqu’il se frotte les yeux, rappelé à la réalité minimale de Vladimir.

La mise en scène de Jean Pierre VINCENT nous affranchit d’une quelconque ambition philosophique ou morale, elle laisse libre cours à l’imagination des spectateurs de croire ou ne pas pas croire au château de sable des 4 énergumènes d’En attendant Godot qui tient debout grâce aux silences d’un certain Godot.

L’éblouissement nous parvient du fond de l’illustration onirique lorsque s’entend cette subtile équation organique, la tendresse indicible qui lie Vladimir et Estragon.

Parfois, nous avons l’impression que les personnages parlent trop bien ou sont vraiment très spirituels. Pas évident de s’identifier à leurs propos décalés, à leurs réparties saute mouton. Qu’ils ont de la chance ces personnages de n’avoir plus besoin de se prendre au sérieux et de pouvoir faire rire le public !

Vraiment ce n’est pas réaliste ! A défaut de rencontrer cet obscur Godot, Vladimir et Estragon vivent quelque chose d’unique, une histoire de compagnonnage.

Dans ce désert avec arbre rabougri, squelettique, la lune ou le soleil brouillé fait penser à une grosse pomme mystérieuse, spectatrice malgré elle – mais qui peut savoir si elle pense – des zigzags de quelques gusses aussi seuls au monde qu’Adam et Eve sauf qu’il n’y a pas de vraie pomme, ni de serpent , ni de sexe à l’horizon. Leur espace frémit sous un soleil blafard tressautant sous les billes de leurs paroles, un gage de tendresse, l’attente d’un certain Godot. Lorsque nous étions enfants, nous l’appelions Zorro et toc nous repartions.

Est-ce pour de rire que vous existez pourrait demander l’auteur à à ses personnages ? Pour de rire si vous voulez répondent le metteur en scène Jean-Pierre VINCENT et les comédiens étonnés d’être Vladimir, Estragon, Pozzo et Lucky toujours en cour de récréation …

Paris, le 7 Décembre 2015                            Evelyne Trân

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