LES BIENFAISANTS par la Cie Qui Porte Quoi au THEATRE DE L’OPPRIME 78 rue du Charolais 75012 PARIS – du 4 au 15 novembre 2014 – Du Mercredi au Samedi 20h30 – Dimanche 18h30

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Texte Raphaël Thet Mise en scène  Gaëlle Bourgeois Avec Vincent Marguet Dalia Bonnet, Nicolas Bresteau, Christophe Ntakabanyura, Mathilde Roehrich, Caroline Stefanucci Scénographie Emmanuel Mazé et Création Lumière Elodie Murat

Qui voudrait être qualifié de bienfaisant aujourd’hui ?  Peu de monde sans doute parce que le cynisme, l’ironie, l’humour permettent mieux de tenir la rampe, dans les réseaux sociaux,  notamment.

 Le vocable de bienfaisant nous renvoie naturellement à celui de malfaisant. Quelle curieuse connotation,  est-ce à dire que nous n’en avons pas fini avec une perception manichéenne du monde.

 Avec Raphaël THET,  nous faisons connaissance avec des « Bienfaisants » tout à fait ordinaires, sauf qu’ils sont comédiens, sauf qu’ils ont des vocations humanitaires, sauf qu’ils sont encore jeunes et plein d’idéaux.

 Nous les voyons sous la tente de leur théâtre au Togo, dans les coulisses, parler de la pièce que la meneuse de la troupe a créée pour sensibiliser la population au problème du sida, de leurs soucis d’interprétation sur scène,  de leurs conflits amoureux,  de leurs ambitions, de leur engagement humanitaire. Tout cela dans l’urgence, celle de la représentation de la pièce qui est en train de se jouer, celle des nouvelles qui risquent de changer la donne, un comédien appelé par un réalisateur connu, hésite à abandonner la compagnie. Et puis, il y a surtout le mal qui va tomber comme une lettre à la poste. Dans son affairement, une jeune comédienne tombe sur le résultat d’un dépistage anonyme révélant que l’un des membres de la compagnie est séropositif.

 Mais qui est donc malade dans la troupe se demande, plus ou moins paniqué, chacun des membres, excepté l’intéressé qui trouve le moyen de nier sa maladie.  La pièce prend des tournures pirandelliennes et ce n’est pas une mince qualité.

 Ajoutons qu’elle traite d’un sujet, la maladie du sida  qui reste  tabou, plus encore que le cancer, Sans doute parce qu’il s’agit d’une maladie sexuellement transmissible, d’une maladie contagieuse.

 En mettant en scène une troupe de théâtre jouant une pièce à vocation humanitaire, Raphaël THET fait d’une pierre deux coups, la faisant rebondir à l’envers et à l’endroit, côté cour, côté jardin, coté missionnaires,  côté autochtones. Il montre aussi que le théâtre est dans la vie quand il faut improviser, quand le « chacun pour soi » n’est plus de mise au sein d’une équipe, quand pour les comédiens résonne, de façon accrue, la frontière entre leur vocation « jouer » et être au sens le plus vertigineux qui soit, sans masques.

 Le propos n’est pas moralisateur mais il met le doigt sur  une réalité, la difficulté pour un individu d’affronter le regard des autres, famille ou collectivité, quand il est porteur d’une maladie qui fait peur. Tout va bien quand tout le monde est d’accord, rassuré, mais comme la tentation du groupe est violente de chasser la brebis galeuse hors de son champ. Facile de regarder le mal chez les autres, en Afrique par exemple, mais l’ausculter dans ses propres murs, c’est une autre histoire.

 Dans ce théâtre dans le théâtre comme des poupées russes, les comédiens étonnent pas leur aisance, leur vivacité. Ils sont tous formidables, notamment Christophe NTAKABANYURA, à la présence désopilante.  La mise en scène nerveuse et sensitive  de Gaelle BOURGEOIS ainsi que  la scénographie astucieuse d’Emmanuel MAZE, mettent  en émulsion ces jolis feux de Bengale que sont les artistes qui jouent en quelque sorte leurs propres rôles, en quête de sens, en quête d’action.

 Et nous avons envie de défendre ce théâtre là, un auteur contemporain qui trempe sa plume dans l’actualité, dans la langue des jeunes d’aujourd’hui avec naturel et beaucoup d’exigence, en interprète d’une génération qui doit apprendre à digérer peu à peu l’héritage de ses parents. Le sida, rappelons-nous, a déjà un quart de siècle. C’est à peu près l’âge des membres de la Compagnie Qui Porte Quoi ? , à la fois jeune et mûre, en tout cas pleine de promesses, porteuse d’un théâtre vivant, qui se remet en question sur le terrain, dans la vie, jamais  blasé, en pleine exploration. C’est le genre de théâtre que nous avons envie d’encourager ad vitam aeternam !

 Paris, le 21 Février 2014,

mis à jour,   le 5 Novembre 2015                       Evelyne Trân

 

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