LE MANAGER, LES 2 CRAPAUDS ET L’AIR DU TEMPS par la Compagnie ACTA FABULA du 4 au 25 Juillet 2015 à 16 Heures au GRENIER A SEL – 2, rue du Rempart Saint-Lazare 84000 AVIGNON –

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Interprète(s) : Loïc Auffret, Christophe Gravouil, Solenn Jarniou
Mise en scène : Solange Malenfant
Crapaud des villes : Gilles Bouhier
Crapaud des champs : Denis Poulin
Création lumière : Yohann Olivier

Voilà une pièce irrésistiblement drôle, d’une subversivité délicieuse de nature à libérer de leurs complexes, les clients de Pôle emploi.

L’entretien avec un conseiller de Pôle emploi ou un employeur est incontournable. Dans la situation de demandeurs, nombre de candidats à un emploi peuvent perdre leurs moyens, bafouiller, avoir le tract devant devant celui ou celle capable de les jauger d’un seul coup d’œil. Et quand la sentence tombe “Non vous n’avez pas le profil”, il faut se contenter de quitter le bureau, la tête ou la queue basse .

Combien de livres pour expliquer aux chômeurs comment ils doivent se comporter pour retenir l’attention d’un futur patron. Dans ce monde impitoyable où le temps presse et recule, sachez que votre image et vos manières de parler comptent autant sinon plus que votre curriculum vitae. Affaire de psychologie, de flair, puisque étant donné le nombre de chômeurs, un conseiller de Pôle emploi n’a pas de temps à perdre, il doit avoir du nez et renifler dès votre arrivée dans son bureau si vous correspondez à l’emploi auquel vous postulez.

Essayez d’oublier ce qui vous distingue du lot, votre moi je n’intéresse personne. Par contre votre capacité à jouer le jeu, à entrer en empathie avec votre interlocuteur sera certainement appréciée.

Si cela peut vous rassurer, pensez et ce n’est pas une fable que les conseillers de Pôle emploi peuvent aussi être menacés de licenciement, s’ils ne réussissent pas à sortir du chômage au moins une brebis par jour. Soyez cette brebis !

Dans un scénario,fort bien ficelé, Solenn JARNIOU, met en scène deux crapauds , une chômeuse et un chômeur qu’un manager, un coach, doit remettre en selle. Les deux gusses en question sont absolument rédhibitoires, l’un ne parle qu’en alexandrins, l’autre en argot.

Le manager qui connaît parfaitement ces deux langues ne se laisse pas démonter, il n’a qu’un but : apprendre à parler normalement à ces deux handicapés du langage.

 Les joutes verbales entre le manager, l’homme qui ne sait parler qu’en alexandrins et la chômeuse vulgaire qui maîtrise l’argot comme personne, emportent les spectateurs dans un délire de bon aloi puisque s’il s’agit pour le manager de faire accoucher ces phénomènes, d’une petite souris qui entraînera toutes les autres propres et saines, une petite crotte communicative et pourtant si étincelante, un petit sésame : Bonjour !

Les deux chômeurs ne savent même pas dire bonjour. Cela leur arrache les lèvres, pourrait même faire sauter leurs plombages. Crie t-il au loup, celui qui claironne son bonjour ou se trouve t-il atteint d’une mélancolie désastreuse celui qui le pousse d’une voix si basse qu’on pourrait le ramasser sous la poussière. Vous l’avez compris, votre bonjour doit être posé, lisse comme un galet, et si possible juste aimable, pas davantage.

Fine bouche et mine de rien Solenn JARNIOU convoque le public à un cours magistral linguistique de haut vol. Fort probable que cette artiste ait fréquenté Rabelais, Molière, Michel Audiard, Racine, enfin tous ces orfèvres de la langue. Il est possible aussi qu’elle connaisse Nathalie Sarraute si sensible aux intonations de mépris, involontaires qui sulfatent d’un poison amer nos propos les plus convenus.

Sachez donc lustrer, astiquer les clés de mots que vous utilisez de façon à ce qu’elles ne fassent pas grincer les poignées ou les serrures des portes que vous êtes obligés, qui que vous soyez, de franchir pour continuer votre chemin !

Toutes les vannes qu’ouvre la talentueuse Solenn JARNIOU font glousser de bonheur les spectateurs. Elle même comédienne assure avec Solange MALENFANT, une mise en scène clinquante et réaliste, accompagnée d’excellents partenaires, Loïc AUFFRET et Christophe GRAVOUIL. Quand les mots à force de se prendre au sérieux dérapent, mieux vaut en rire. Et si la leçon finit par vous tirer les larmes, à votre insu, dîtes vous que vous n’êtes pas un malheureux président obligé de serrer des milliers des mains, soyez naturels, tant pis pour vous et pour Pôle emploi !

Paris, le 20 Juillet 2015                             Evelyne Trân

 

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