MARCHE – RITUEL THEATRAL D’AVANT LE COUCHER DU SOLEIL – PAR LA COMPAGNIE SERGE BARBUSCIA DANS LA COUR DU MUSEE ANGLADON – 5, rue du Laboureur 84000 AVIGNON – du 4 au 26 Juillet 2015 à 19 Heures –

MARCHE-977x1024D’après le texte de Christian Petr
Mise en scène: Serge Barbuscia
Composition musicale: Dominique Lièvre
Avec Camille Carraz, Aïni Iften, Gilbert Laumord, Fabrice Lebert, Serge Barbuscia

Nous pouvons nous le demander, sommes nous bonne ou mauvaise conscience, nous qui levons les yeux au ciel, nous qui passons en aveugles dans les rues pour ne pas les voir, juste les frôler les vagabonds par crainte d’être assaillis par leur misère car la misère est une maladie aussi honteuse que la lèpre.

Ne soyons pas angéliques, la misère a toujours existé, elle fait partie de notre monde, c’était déjà écrit dans la bible “Bienheureux les pauvres !”.

« Et le progrès alors ? » se mettront à glapir quelques esprits chagrins. On croirait que ce cri sort d’une poubelle qui déborde ! Et vous, est ce que vous trouvez cela normal qu’au petit matin en sortant de votre immeuble vous puissiez tomber sur des gens en train de fouiller désespérément dans un conteneur ?

Entrez vous le dans le crâne, une fois pour toutes, vous venez de heurter un fantôme qui vit dans un monde parallèle qui n’est pas le vôtre. Certes, ce fantôme vous ressemble, il a des pieds, des mains. Mais essayez de comprendre, dans sa tête ce n’est pas la même chose que dans la vôtre. Le fantôme dont vous parlez, il a largué les amarres depuis longtemps . Il n’a pas de point fixe comme vous, un logement, un compte en banque, internet, internet, un blog, un téléphone portable. Il vit dans la rue parce que la rue appartient à tout le monde, encore ! Mais ce n’est pas si sûr, souvenez vous de ce politique à Montpellier qui voulait chasser tous les mendiants parce qu’ils donnaient une mauvaise image de la ville.

Levez donc le bras au ciel ! Et le ciel, le soleil, la pluie à qui appartiennent ils ? Ne rêvez pas, il n’ y a pas de mauvais sort qui tienne ! Même le soleil a été accaparé par des hommes marchands, c’est dans les régions les plus ensoleillées que se construisent les plus belles villas autour d’un piscine ! Arrêtez avec votre angélisme ! Ok, nous arrêtons, mais laissez nous l’espace d’un instant de théâtre imaginer autre chose. Après tout cet homme qui marche en rond en bas de mon immeuble doit être très étonnant ? N’est ce point extraordinaire à notre époque de vivre sans d’autres chaines que son propre corps ? Cet homme là qui marche doit avoir des antennes comme un escargot, des antennes peut être plus disponibles que les nôtres.

MARCHE

Qui n’a pas regardé qui ? Dans une arène imaginaire où trône un fossé, cinq comédiens arpentent les parapets qui les séparent de l’homme qui marche. Ils sont comme des funambules, ils ont dans la bouche ce zeste d’émotion qui alimente le long poème de Christian PETR, l’homme qui regarde l’homme qui marche.

Les esprits sont-ils convoqués ? Le ciel, la terre, le public ?

Les comédiens du théâtre du Balcon ont investi la cour du musée ANGLADON pour en faire non pas une cour de miracles, mais une cour de théâtre ambulant. Les comédiens, ne l’oublions pas, sont avant tout des saltimbanques à la fois colporteurs et mendiants de bonheur.

Leur mission c’est aussi celle de fourrer leurs mains dans le puits de nos consciences obscures, leur mission c’est aussi de faire trembler nos âmes dans cette eau que nous croyons calme à l’abri du tumulte.

Car il y va de cette eau comme celle de nos regards, elle glisse, elle est fuyante mais elle n’est jamais complètement noire. Les cinq comédiens agitent donc leurs mouchoirs de tête, en chantant en dansant, avec une trompette, un tambour, comme des magiciens, mais ce n’est pas les oiseaux qu’ils appellent sur leurs épaules, c’est le regard du public de façon que ce regard, oui, ait le droit de se croire écuelle de vie aussi bien troublée par le vent, par le soleil couchant que par le poème d’un poète juste subjugué par un homme qui marche.

Moment de théâtre privilégié dans une sorte de jardin des Hespérides.  Certains spectateurs peuvent avoir l’impression de se trouver démunis face à la charge émotionnelle que dégage la troupe des comédiens, rejointe par celle des compagnons d’EMMAUS venus déposer leurs valises pour témoigner – l’avons nous vraiment cru – que les sans domicile fixe ne sont pas des fantômes !

Merci à Serge BARBUSCIA et à son équipe ainsi qu’à celle des compagnons d’EMMAUS pour ce grand moment de partage qui fait la part belle au public. Dans ce jardin, il se sent aussi bien qu’un arbre applaudissant !

Paris, le 19 Juillet 2015                                Evelyne Trân

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