CLAUDEL BARRAULT – Adaptation libre des correspondances de Paul CLAUDEL et Jean-Louis BARRAULT par Pierre TRE-HARDY- Mise en espace Jean-Pierre HANE au THEATRE POCHE MONTPARNASSE – 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS – du 29 Mai au 28 Juin 2015 – Vendredi et samedi à 21 H – Dimanche à 15 H –

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De Pierre Tré Hardy, mise en scène de Jean Pierre Hané, avec Clémence Boué, Arnaud Denis, Jean-Pierre Hané

Extrait vidéo du spectacle donné au Studio Raspail, le 16 juin 2014 : https://www.youtube.com/watch?v=7M3AE93piaU

CLAUDEL, BARRAULT, deux hommes passionnés par le théâtre qui témoignent à travers leur correspondance dans les années 1943-1944, de la grande aventure que fût la création du Soulier de Satin à la Comédie Française dont la première eût lieu le 27 Novembre 1943.

Un véritable défi aussi bien pour l’auteur confronté à la censure que pour le jeune metteur scène assailli par de multiples difficultés matérielles et administratives qui va faire preuve d’une diplomatie exemplaire vis-à-vis de CLAUDEL.

Comment deux hommes aussi passionnés, séparés par une génération, – CLAUDEL est sexagénaire, BARRAULT, trentenaire – ont-ils réussi à s’accorder ? Leur idéal de mise en scène fait tout d’abord penser à un bateau ivre. Les ambitions de Claudel se heurtent à des réalités de choc, la lourdeur de l’administration, un choix de distribution limité, et la longueur même de la pièce .

 Face à un Jean Louis BARRAULT exalté, prêt à s’agenouiller devant lui, déchiré aussi de ne pouvoir servir toutes  ses exigences, CLAUDEL joue le Pygmalion avec un certain narcissisme,  heureux d’être adulé et surtout d’exprimer ses propres velléités de metteur en scène, à travers de multiples didascalies .

Nous nous souvenons tous du visage fiévreux de Jean-Louis BARRAULT dans son rôle du mime Baptiste dans les Enfants du Paradis et nous ne pouvons pas nous empêcher de le voir refluer à travers la lecture d’Arnaud DENIS, alors même que les missives retracent aussi des préoccupations matérielles, hélas impérieuses. Mais les photos de Paul CLAUDEL qui nous le montrent vieux et massif ne rendent pas compte de son charme . La lecture de ses lettres par Jean-Pierre HANE a des inflexions chaleureuses et toutes bienveillantes.  Car l’homme sait envelopper ses critiques à l’égard du bouillonnant disciple, il lui parle comme un Prince soucieux de transmettre le mieux possible son idéal, sa « semence » au personnage Jean-Louis BARRAULT.

La séduction était réciproque. Dès lors, on pourrait presque  parler d’une histoire d’amour entre CLAUDEL et Jean Louis BARRAULT, une histoire d’amour pour le théâtre, et au-delà une histoire d’amour spirituel.

 Le spectacle évoque les contingences de cette période troublée de l’occupation, à travers quelques enregistrements radio, mais en vérité à travers les lettres de ces deux artistes, l’on éprouve que rien ne peut ébranler leur passion, leur rêve et si CLAUDEL finit par accepter certaines conditions de Jean-Louis BARRAUT, c’est par qu’il sait qu’il a affaire  à un homme aussi fou que lui.

 Clémence BOUE joue le rôle de témoin avec une jolie ferveur. Pour rendre compte de l’atmosphère de l’époque, quelques témoignages dont l’un issu du journal d’Anne FRANK. A vrai dire, ils paraissent quelque peu anachroniques. Les deux correspondanciers si investis dans leur aventure théâtrale n’avaient probablement comme nombre de français qu’une conscience superficielle de l’horreur de cette guerre. Il fallait continuer à vivre, à créer, coûte que coûte . C’était sans doute leur façon à eux de résister comme ANOUILH qui mit en scène Antigone à la même époque.

 Si l’évocation de cette période de l’occupation fait office de déjà vu et de déjà entendu, compte tenu du nombre de documentaires et de pièces, appelés à commémorer les deux guerres, en revanche, la correspondance de CLAUDEL et BARRAULT est passionnante,  captivante.

 L’adaptation libre de Pierre TRE-HARDY soulève un pan de  l’iceberg que représente la création d’une pièce au théâtre, et celle du Soulier de Satin est particulièrement éloquente.

 Ce spectacle  parlera aussi bien aux admirateurs de CLAUDEL qu’aux serviteurs du théâtre, metteurs en scène, comédiens à travers Jean-Louis BARRAULT dont le parcours théâtral est unique, car rappelons-le, il côtoya aussi Charles DULLIN, Antonin ARTAUD et laissa entrer les étudiants de Mai 68 à l’Odéon !!!

 Quant au public néophyte, jeune et moins jeune, gageons qu’il sera sensible à cette proposition . Pénétrer dans les coulisses d’une création théâtrale à travers la correspondance  animée  de ces deux monstres CLAUDEL et BARRAULT, c’est une occasion rare, voire un privilège !

 Paris, le 31 Mai 2015                  Evelyne Trân

 

 

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