ANTIGONE DE SOPHOCLE – MISE EN SCENE DE IVO VAN HOVE AU THEATRE DE LA VILLE – 2 PLACE DU CHATELET 75004 PARIS – Du mer. 22/04/15 au jeu. 14/05/15

iAvec : Obi Abili, Juliette Binoche, Kirsty Bushell, Samuel Edward-Cook, Finbar Lynch, Patrick O’Kane, Kathryn Pogson

Antigone, l’enfant d’aujourd’hui qui plie mais ne rompt pas sous le poids du fardeau des drames de sa famille,  témoin de guerres qui impliquent sa propre fratrie, clame son désir de paix et de vie.

 Antigone est une figure impossible qui nous interpelle parce que son dessein d’associer la vie à la mort est immanent à toute conscience humaine. Chez elle, l’instinct de vie est indissociable de l’instinct de mort. Il est clair que pour Sophocle qu’il n’y a pas d’homme sans mémoire, sans fibres affectives et émotionnelles. Etre vivant, c’est bouger, sentir, frémir et les plantes, les animaux l’expriment aussi bien que les humains.   Le besoin de liberté et d’harmonie est aussi vital que l’eau et la nourriture. Ligotez donc une fleur et observez comment elle croitra.

 Dans cette pièce écrite il y a près de 500 ans avant notre ère , Sophocle entend confronter ce qui relève d’une conscience collective et universelle, le culte des morts au potentat, à la dictature de la volonté d’un seul homme, aveuglé par son orgueil.

 Il faut comprendre que cette force qui pousse Antigone à enfreindre la loi inique de CREON est une force de vie, inhérente à tout individu. L’on sait bien qu’un chien enchainé va se mettre à aboyer, alors un homme et même une toute  petite  femme sont censés  réagir de même. Il n’y a pas de meilleur moteur aux révoltes et révolutions que le sentiment d’injustice. Sophocle poète parle aussi en politique.

 La pièce d’Antigone est d’une facture émotionnelle hors normes.  Ni la mort d’Antigone, ni celle de Créon annoncée, n’épuisent le débat . Comment ne pas voir en Antigone une figure de la résistance de la  dernière guerre et à travers la fin pathétique de Créon, celle pitoyable d’Hitler.

 La mise en scène d’IVO VAN HOVE ne fixe pas le drame dans l’antiquité, il l’instruit symboliquement à travers une lucarne, un grand œil ouvert ou œil de bœuf impassible qui surmonte la scène telle une antenne cosmique, indifférente au  manège des hommes et leurs costumes. La laideur, celle d’un affreux canapé aligné sur des meubles qui respirent la bureaucratie, s’oppose à la beauté de la scène où Antigone simplement effectue le rite de l’ensevelissement du mort .Ses gestes suffisent à eux seuls à créer de la beauté dans un environnement infernal.

  Dans leur essence, Antigone et Créon sont antinomiques.La fluidité ardente d’Antigone incarnée par Juliette BINOCHE, et la rigidité de Créon, l’impressionnant  Patrick O’KANE, font partie d’un même tissus humain terrible parce qu’il est celui sur lequel marchent les vivants, sorte de marais fossoyeur, sur lequel ils tentent pourtant d’avancer.

 Qui voit, qui entend ? IVO VAN HOVE ne fait pas photo d’émotions extrêmes,  sachant qu’il n’y a pas de mémoire émotionnelle chronologique, mais il manifeste combien la main qui touche l’appareil, au présent, est tributaire de l’aléatoire exprimé par des images sur écran . L’action de toucher une image du passé, est  brutale, elle rejoint l’acte de l’ensevelissement des morts. Elle dérange aussi mais nous fait comprendre que la brutalité de Créon fait aussi partie de notre environnement .

 Il faut toute la poésie de l’interprétation de Juliette BINOCHE pour ouvrir toute l’épaisseur d’une perception acculée, au pied du mur. Tel un formidable appel d’air, Antigone nous touche  au-delà de son courage . La nature en elle s’oppose aux artifices de Créon qui vient de pondre une loi inhumaine.

Pour tenir la bascule entre deux personnages  opposés mais aussi jusqu’auboutistes, un seul œil qui doit cligner sous le phare du passé et présent confondus.

 La proposition de IVO VAN HOVE  n’est pas didactique, elle donne  à voir, à éprouver comment peuvent s’incarner aujourd’hui des personnages tels que Créon et Antigone alors que Sophocle visionnaire ne cesse de nous renvoyer dans notre passé.

 Cette jeunesse de Sophocle est portée par une Juliette BINOCHE humble et forte qui réussit à étourdir nos vieux clichés, cette vilaine bûche dans l’œil  que le metteur en scène honnêtement soulève.

 C’est spectaculaire et terrible mais cela a de l’âme.

 Paris, le 25 Avril 2015                    Evelyne Trân

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