Dehors devant la porte de Wolfgang Borchert – traduction Pierre Deshusses -du 11 au 19 Avril 2015 à La Parole Errante chez Armand GATTI – 9, rue François Debergue 93 MONTREUIL – Métro Croix de Chavaux –

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Photo DR

Mise en scène :  Lou Wenzel   Avec :

Lorène Menguelti       dieu, la directrice de cabaret

Pierre Mignard            Beckmann

Nathalie Nell               l’Elbe, Madame Kraemer

Jan Peters                     le colonel, l’unijambiste

Richard Pinto              la mort, l’Autre

Valentine Vittoz                   la jeune femme

Scénographie :  Lou Wenzel    Lumières :     Hervé Gajean

Production : Cie La Louve   Production  déléguée : Dorénavant Cie

Sur les décombres de l’Allemagne d’après guerre, déchue et exsangue, les témoignages des jeunes soldats allemands revenus du front russe,  n’avaient aucune probabilité de se faire entendre. L’un d’eux pourtant, Wolfgang BORCHERT, écrivain, poète engagé quasi inconnu, cloué au lit par la tuberculose contractée pendant cette guerre, s’offre le luxe, l’ultime luxe – il mourra à 26 ans, la veille de la première de cette pièce – , d’un dernier round contre la mort, laissant se déployer autour de ce lit de mort, le cri d’une jeunesse révoltée, trahie, désespérée, mutilée.

A l’instar du chevalier de la Barre condamné à la torture et la décapitation pour blasphème et sacrilège, Wolfgang BORCHERT fut lui jeté en prison et enrôlé de force sur le front russe pour s’être moqué de Goebbels. Cette voix de la jeunesse opprimée, mortifiée si bien exaltée par Rimbaud a les mêmes accents par exemple que celle de la révolution de Mai 68 qui manifestait contre la guerre au Vietnam et le témoignage de ce soldat évoque aussi ceux des soldats américains désemparés et paumés qui furent nombreux à se suicider à leur retour  sur le sol des U.S.A.

 Comme elle parait courte la mémoire des hommes ! Pourtant une partie de la génération d’après guerre allemande, s’est si bien reconnue dans la pièce de Wolfgang BORCHERT, qu’elle devint célèbre et trouva écho chez ses enfants qui furent en première ligne pour dénoncer les exactions de la guerre au Vietnam.

 BORCHERT met en scène un soldat ordinaire qui ne trouve personne pour l’accueillir au retour de la guerre, sinon quelques êtres fantoches qui lui désignent tous la porte. Devenu étranger parmi les civils qui refusent de l’écouter et le méprisent , frappé de plein fouet par leur indifférence, il n’a plus d’autre interlocuteur humain que son propre fantôme, il est devenu fantôme aux yeux des autres. Il comprend qu’il n’a aucune place dans une société hypocrite, désireuse de nettoyer et d’effacer ses vilaines plaies.

 L’homme s’appelle BECKMANN, il a souffert, il a vécu,  il a été victime et bourreau, dans un monde d’assassins et il se retrouve au pied  du mur, seul, terriblement seul, car il n’y a personne pour dire seulement son nom.

 Crise d’identité d’un être qui se demande s’il peut se désigner lui-même comme humain au sein d’une humanité silencieuse, absente. La poussée de fièvre est énorme, BEKCMANN a d’autant plus la rage du désespoir qu’il se bat contre des murs. Ce qu’il a à  dire, il le dit, sans se soumettre à l’appréciation des personnages qu’il rencontre, la directrice de Cabaret, le colonel unijambiste, une jeune femme douce, l’Elbe et même, la Mort, l’Autre.

 Lou WENZEL dispose d’une acuité sensible remarquable. Le grand hangar fruste de La Parole errante parait particulièrement approprié à sa mise en scène et scénographie de la pièce dont elle capte la charge onirique et physique à mains nues. Un grand drap de mur troué d’une seule entrée suffit à faire figurer la frontière entre les vivants et les morts et leurs ombres. Une baignoire clouée au sol suffit aussi à évoquer la trace du réel dans les rêves de BECKMANN. Toute la rêverie de BORCHERT se déploie sur la plateau de façon concrète, elle engendre les personnages, elle est collée aux semelles de BECKMANN qui frappe du pied avec une éloquence fébrile mais résolue.

 Toute l’équipe de création de cette magnifique pièce de BORCHERT est à l’œuvre pour offrir au public l‘émotion théâtrale souveraine qui serre le cœur et la poitrine. Nous saluons la performance de Pierre MIGNARD qui compose un BECKMANN proche de  personnages de Samuel BECKETT. Bravo également à ses partenaires et à toute l’équipe ! Voilà un spectacle, n’ayons pas peur des mots, inoubliable !

 Paris, le 18 Avril 2015                Evelyne Trân

 

 

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