LES EAUX LOURDES de Christian Siméon – Mise en scène Thierry Falvisaner au Théâtre du Lucernaire – 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 PARIS – Du mar. 10/02/15 au sam. 04/04/15

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Du 28 janvier au 4 avril 2015
Du mardi au samedi à 19h
Relâches les 13 et 19 février et le 31 mars 2015

Avec : Arnaud Aldigé, Christophe Vandevelde, Julie Harnois, Elizabeth Mazev

 

Les eaux lourdes, cette étrange pièce de Christian SIMEON, ce sont de véritables morceaux de bravoure jetés aux pieds de personnages  mythiques, Médée et Jason.

 Pour mémoire, Médée tua ses deux enfants pour se venger de Jason son unique amour qui l’abandonna. Histoire passionnelle dont les ressorts pourraient alimenter  les cours d’assise actuelles.

 Christian SIMEON a choisi la cour d’assise du théâtre, pour mettre au service de ces personnages « inhumains » sur l’étal de la passion, la vigueur charnelle de la langue dès lors qu’elle tend à s’oublier, à aller jusqu’au bout d’elle-même, c’est-à-dire d’un sens commun.

 Que les mots aient le pouvoir de séduire, convaincre, effrayer, c’est le fonds de commerce des avocats et des politiques. Dans cette pièce, les personnages donnent l’impression d’être les avocats de leurs  désirs. Les mots qui sortent de leurs bouches agissent comme un formidable leurre, dont ils se repaissent pour le meilleur ou pour le pire.

 C’est la tentation de la jouissance après la mort, l’illusion de pouvoir recoller les morceaux après la chute. Médée et Jason s’affrontent méchamment, comme dans un combat de boxe pour s’atteindre au moyen des mots qui ont vocation d’exprimer le drame de leur séparation et le rappel de leur fusion amoureuse.

 La pièce situe le drame de Médée et Jason à l’époque d’après-guerre, faisant écho à des épisodes tragiques de la Résistance, qui mettent à nu le pouvoir de la parole capable de dénoncer, sous la torture, le frère ou l’ami.

 Parole torture, parole chair qui  trouveront leur bouc émissaire dans l’enfant fragile de Médée et Jason, lequel succombera sans comprendre.

 Fort heureusement, les figures  d’Alix, leur ambassadrice et celle de Ian, le fils autiste,  éclaboussent de leur fragilité toute humaine, ces deux monstres.

 Cette pièce qui constitue une sorte de poème charnel assez époustouflant, est très physique. Dans la mise en scène de Thierry FALVISANER, les spectateurs peuvent ressentir que les mots découlent bien des corps tourmentés de chacun des protagonistes.  C’est aussi spectaculaire, brutal qu’un  combat de boxe ou un jeu de lutte.

 Preuve que le texte de Christian SIMEON est solide, les comédiens, tous excellents, le déchirent, l’empoignent, le désossent, le salivent, comme des animaux sauvages. Cela donne à penser que les mots remplacent parfois les crocs chez les hommes. Quand le corps bouscule la langue, cela devient effarant et particulièrement impressionnant dans ces eaux lourdes, infestées de crocodiles humains. De ce point de vue, la prestation d’Elisabeth MAZEV, Mara (Médée),  est jubilatoire. Quoique monstrueuse, sa queue de sirène étincelle de passion.

 Paris, le 13 Février 2014                   Evelyne Trân

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