Il Trionfo del Dio Denaro (Le Triomphe de Plutus) de MARIVAUX – Teatro ASTRA (Grande Salle) – Du 31 janvier au 12 février 2015 – Pour informations et réservations : Via Rosalino Pilo, 6 – 10121 Torino – 011 563 4352 –

marivaux

Traduction et mise en scène de Beppe Navello
avec Daria-Pascal Attolini, Diego Casalis, Riccardo De Leo, Eleni Molos, Stefano Moretti, Alberto Onofrietti, Camillo Rossi Barattini
musiciens : Cristiana Arcari (soprano), Andrea Bianchi (piano), Diego Losero (clarinette), Andrea Maffolini (violon)
Musiques de Germano Mazzocchetti
Décors de Francesco Fassone
Costumes d’Augusta Tibaldeschi
Lumières de Marco Burgher

MARIVAUX foto_IlTrionfoDelDioDenaro2_PEPEfotografiaCela tombe du ciel comme une boule de cristal, c’est une évidence et une réalité, oh combien terre à terre, l’argent tient un rôle capital dans les destinées humaines. A quels saints se vouer, à quels dieux s’adresser en levant les bras au ciel, lorsque cette précieuse manne, l’argent, vient à manquer ?

 Beppe NAVELLO, grand admirateur de MARIVAUX, exhume, avec gourmandise, une petite pièce méconnue de cet auteur qui écrivait pour les comédiens italiens, au 18ème siècle. Le Triomphe de Plutus, titre original de la comédie fut jouée pour la première fois par les comédiens Italiens, en 1728.

 Un français qui écrit pour des acteurs italiens c’est étonnant ! Il semble que Marivaux se soit tourné vers les italiens, à la place des comédiens français, dont la diction était très emphatique, parce qu’il appréciait leur liberté de jeu, leur naturel, leur capacité d’exprimer aussi par la pantomime les sentiments.

 On ne saurait mieux exprimer l’attrait qu’exerçaient sur MARIVAUX, ces comédiens italiens qu’en se reportant à ce témoignage de l’époque émanant  du  Nouveau Mercure : Ils ont l’art d’animer, de passionner tellement ce qu’ils jouent qu’ils se rendent maîtres des sentiments et saisissent l’attention malgré le voile des paroles.

  Beppe NAVELLO amoureux de la langue « extraordinaire et raffinée «  de MARIVAUX rêvait de mettre en scène l’une de ses pièces depuis de longues années. Il a choisi cette pièce courte en prose,  parce qu’elle représente une sorte d’exclamation qui peut être à la fois naïve et  indignée, présente dans tous les esprits, lorsqu’ils prennent conscience du pouvoir horripilant de l’argent.

 Oui, cette pièce qui raconte de façon comique et alerte le manège du dieu Pluton qui agite sa bourse au milieu de braves gens pour prouver qu’avec de l’argent, on peut tout obtenir et notamment la main de la plus belle des femmes,  constitue une véritable manifestation contre la corruption, et une démonstration aimable et pleine d’humour de cet adage «  Il ne faut jamais dire fontaine, je ne boirai jamais de ton eau ».

 Il s’agit bien de rire à nos dépens, et de se moquer de soi-même. Marivaux était bien placé, son propre père fût contrôleur de la Monnaie de Riom en Auvergne, et lui-même se trouva ruiné suite à la banqueroute de Law en 1720, ce qui le contraignit  à écrire pour vivre.

 De la Commedia dell’arte à la française ! Beppe NAVELLO rapproche si bien les deux flammes, la française et l’italienne, que l’on ne sait plus laquelle domine l’autre. La vérité c’est qu’elles s’attirent mutuellement et que trois siècles après sa naissance, grâce à la mise en scène étourdissante de Beppu NAVELLO, cette petite pièce sans prétention de MARIVAUX, manifeste son actualité avec tout l’aplomb  d’une superbe rose qui nous pend au nez au milieu de toutes ses ronces.

 Il est vrai que Plutus a plutôt l’air d’un chardon et que le comédien évoque avec facétie quelque politicien que nous ne nommerons pas.  Mais les belles roses des personnages féminins avec leurs magnifiques atours, semblent sortir d’un tableau de WATTEAU. La scénographie a un côté fête foraine avec ce Plutus qui descend du ciel avec sa nacelle et les musiciens qui arrivent en petit train sur le plateau.

 Certains commentateurs ont dit du théâtre de Marivaux « C’est l’art de faire quelque chose de rien ». Dans une première lecture, l’argument de la pièce apparait aussi léger qu’une plume. Mais il s’agit d’une  plume avertie faite pour être jouée. Dans son spectacle, Beppe NAVELLO la fait virevolter au-dessus d’un bijou en pleine effervescence sur cet écrin que représente la scène, avec cerise sur le gâteau, la talentueuse soprano Cristiana ARCARI.

 Le spectacle se dénoue en musique avec les musiciens qui accourent  dans le petit train  pour accompagner les personnages qui se libèrent en chantant avec allégresse. On pourrait croire assister à une opérette d’Offenbach. Oui vraiment les quartiers des années folles de Paris, ne sont pas loin.

 Un joli remue-ménage dans le temps qui n’a qu’une seule prétention, celle de Marivaux, amener à la réflexion par le rire et la bonne humeur.

C’est réjouissant, étonnant et risqué mais en tournant le chaton de cette jolie bague de Marivaux, Beppe NAVELLO sait diriger ses feux pour nous faire tourner la tête,  c’est le triomphe du spectacle !

 Nous n’avons plus qu’un espoir, nous spectateurs français, c’est que cette belle équipe théâtrale vienne se produire en France car nous ne craignons pas de le dire, les comédiens italiens excellent dans leur art avec Marivaux.

 Paris, le 2 Février 2015                   Evelyne Trân

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