LA PLACE ROYALE DE Pierre CORNEILLE – Mise en scène de François RANCILLAC au THEATRE DE L’AQUARIUM à la Cartoucherie de Vincennes – Route du champ de manoeuvre 75012 PARIS – du 3 Janvier au 1er Février 2015 à 20 H 30.

PLACE ROYALE BISPLACE ROYALE

de Pierre Corneille,
mise en scène François Rancillac

scénographie Raymond Sarti, lumière Marie-Christine Soma, costumes Sabine Siegwalt, son Frédéric Schmitt,

avec Linda Chaïb, Christophe Laparra, Antoine Sastre, Nicolas Senty, Assane Timbo, Hélène Viviès

construction du décor : Le Moulin du Roc

Très curieuse cette comédie de Corneille en 5 actes, représentée au Jeu de Paume du Marais en 1636. Il s’agit d’une des premières pièces de Corneille qui connut un vif succès. Plus de 4 siècles nous séparent de la date de sa création.

 Elle est beaucoup moins connue que le Cid ou Cinna mais son metteur en scène au Théâtre de l’Aquarium, François RANCILLAC, frappé par la modernité de ses propos, s’est attaché à faire sortir de l’ombre des personnages qui pour une fois ne sont pas auréolés d’héroïsme, de sentiments nobles, mais manifestent au contraire des désirs contraires aux convenances, susceptibles de provoquer chez le spectateur un profond rejet vis-à-vis de leur comportement révoltant .

 Corneille le dit lui-même dans son adresse à Monsieur, le frère du Roi Louis XIII, sa pièce ne traite pas bien les Dames. Cela dit, il enfonce le clou pour défendre son personnage principal Alidor, l’extravagant amoureux, en citant une de ses vérités « qu’on ne doit jamais aimer en un point qu’on ne puisse n’aimer pas, que si on en vient jusque-là, c’est une tyrannie dont il faut secouer le joug ».

 En résumé, la pièce met en scène un véritable complot fomenté par  Alidor qui entend se  protéger des affres de l’amour exercé par la belle Angélique à son égard. Ce complot réussira aux dépens de la belle Angélique outragée qui tombera de haut, puisque le sentiment d’amour qu’elle croyait le plus élevé trouve plus fort que lui, le désir de liberté d’Alidor.

 La démonstration s’avère totalement immorale et anti romantique. Alidor n’est pas seulement un personnage antipathique, c’est aussi un pauvre bougre piégé par l’amour et qui cherche pas tous les moyens de s’en sortir. Allez faire comprendre à votre partenaire que si vous vous séparez de lui c’est pour l’aimer mieux.

 LA PLACE ROYALE -

En dépit d’un certain cynisme dont se défend Corneille qui fait probablement d’Alidor son alter égo masculin, cette comédie a le mérite de lever le voile de l’hypocrisie des sentiments. Corneille touche même à cette institution sacrée du mariage, qui semble-t-il dans cette pièce, n’a rien à voir avec l’amour puisque la plupart des protagonistes sont viscéralement inconstants. Les propos de Phylis, antithèse d’Angélique témoignent de sa nature versatile, de son goût pour les aventures amoureuses. Et ceux qui prônent l’amour libre, trouveront chez elle de quoi assouvir leur rêve de liberté hippie ou baba cool qu’ont bien connu nos ancêtres de Mai 68.

 Anachronisme des situations, dérive ? Si les époques changent les décors, il faut croire que les analystes de l’âme humaine n’en sont qu’à leurs balbutiements; Alidor, Angélique et Phylis existent de nos jours.

 LA PLACE ROYALE -

L’éternel procès des passions de l’amour  se retrouve donc à l’affiche d’une juridiction théâtrale, au Théâtre de l’Aquarium, dans un poème de Corneille, qui résonne un peu comme une langue étrangère, mais la langue des affects est toujours compliquée.

 François RANCILLAC en offre une traduction consciencieuse, soucieux de faire surgir à nu les pensées des personnages qui marchent sur un sol en forme de damier circonscrit par les petites loges ornées de lanternes des comédiens, symbolisant leurs cachettes, leurs isoloirs.

 Néanmoins, les propos de Corneille sont si subversifs et par ailleurs comiques qu’on attendrait plus de folie, plus de fantaisie dans la mise en scène.

 Il semble que François RANCILLAC ait voulu mettre l’accent sur ce qu’il y a de plus ténébreux dans les affaires d’amour, faisant de cette comédie extravagante une tragédie humaine.

 Corneille annonce Choderlos de Laclos, Musset, Françoise Sagan et tous ces exégètes d’histoires d’amour. C’est lui rendre justice que de faire Place Royale à ces personnages principaux, Alidor, Angélique et Phylis, endossés tantôt avec passion, tantôt comiquement par les comédiens. Corneille devait être lui-même un curieux individu, épris de liberté et de nos jours, cela passe très bien.

 Paris, le 4 Janvier 2014                 Evelyne Trân

 

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