LE MARCHAND DE VENISE DE SHAKESPEARE au THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS – Du 19 novembre 2014 au 4 janvier 2015 – Du mardi au samedi à 21h30 – Dimanche à 17h –

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Auteur : Shakespeare ; traduction : Florence Le Corre
Adaptation : Florence Le Corre et Pascal Faber
Mise en scène : Pascal Faber
Avec : Michel Papineschi, Séverine Cojannot, Philippe Bondelle, Frédéric Jeannot,
Régis Vlachos, Charlotte Zotto
Durée : 1h35

Florence Le CORRE-PERSON et Pascal FABER signent une belle adaptation du Marchand de Venise, allégée et recentrée autour de ses points d’orgue, la signature d’un contrat extravagant entre un honnête commerçant et un usurier, la scène fabuleuse des coffrets pour tous les gages d’un autre contrat, celui du mariage, et le procès qui met face à face les revendications d’un homme humilié avec des juges.

 Tous ces contrats qui régissent les relations humaines, deviennent entre les mains des personnages de fallacieuses couvertures censées étouffer les instincts primaires du genre humain, ces vices, notamment celui de prédateur.

 Quand il s’agit d’afficher les bons sentiments d’une bonne conscience collective qui n’a pour ombre menaçante que le grand méchant loup représenté par un  usurier juif , Shakespeare choisit pour représentant de l’honnête homme, un commerçant mélancolique qui parait à ce point détaché des passions humaines qu’il est prêt à se sacrifier pour son ami par amitié. A l’inverse, l’usurier Shylock qui ne bénéficie d’aucune amitié, seul contre tous, abandonné par sa fille, sait qu’il a quelque chose à défendre, son existence. Il n’est plus alors question seulement de son identité de juif mais bien de sa nature humaine.

 Que ses sentiments de juif humilié ne puissent pas peser bien lourd dans la balance de la justice, leur éloquence, et leur réalité défie  toutes les règles. C’est à bon escient, que Portia doit recourir au subterfuge pour contrer le danger que représente alors Shylock acculé à exiger d’un autre cette portion de chair, suprême gage d’humanité.

 Portia, la riche héritière, qui doit encore subir la loi paternelle l’obligeant au mariage, est douée d’une intelligence psychologique qui lui permet d’anticiper les réactions de ses prétendants et d’officier comme juge.

 Son pragmatisme confine à la politique. S’il faut faire régner l’ordre, nous dit en substance Shakespeare, il importe de tenir compte de la  réalité humaine de tous les citoyens d’une société, le tout est bien qui finit bien résulte d’une volonté, celle d’apaiser les dissensions. C’est l’œil ouvert que doit avancer ce grand paquebot de la société, pour éviter le naufrage. Quel paquebot pourrait ignorer les vagues d’un Shylock qui touchent sa coque aussi bien que celles d’une Portia qui choisit son mari, contre vent et marées.

 Visuel 6 © Julien Bielher

Pouvons-nous êtres juges des sentiments qui motivent les actions humaines ? Les personnages chez Shakespeare ne font pas que réciter leurs rôles, ils témoignent tous d’une certaine subversion vis à vis de la règle ? Ils n’arrivent pas être conventionnels. Antonio, le commerçant qui devrait afficher son opulence, déclare sa tristesse. Portia se déguise en homme, pire elle devient juge,  Bassani n’est pas le prétendant idéal puisqu’il est prodigue, inconscient et sans le sou. Quant à Shylock, c’est sa propre personne qu’il oppose aux chrétiens qui  le méprisent, bien plus que sa bourse.

 La vie ne serait qu’une comédie froncée de quelques accents tragiques. Cette philosophie s’exprime merveilleusement dans le Marchand de Venise Il y a des drames que l‘on entend mieux sous les rideaux de  la comédie. Shakespeare reste un conteur sous les traits de Portia qui n’a à proposer que trois coffres à ses prétendants, l’or, l’argent et le plomb.

 Toutes ces substances réunies n’arrivent pas à confondre la complexité des représentations humaines.  Peut-on tricher avec ses rêves, avec ses sentiments ? Pascal FABER, le metteur en scène, très habilement, exprime tout cela avec des comédiens qui n’appuient pas leur jeu, qui prennent plaisir à vivre cette comédie.

 La scénographie se contente d’une petite scène en bois, de quelques coffres et de jolis costumes. Les lieux, les maisons, le décorum   se trouvent dans la tête des personnages. A livre ouvert, ils tournent les pages sans brutalité, ils respirent.

 Onirique, aérée et vivante, cette mise en scène de Pascal FABER nous permet en douceur mais profondément de saisir les ondes nuageuses que dégagent tous ces personnages. Nous garderons en mémoire cette belle équipe de comédiens de la Compagnie 13 qui met en valeur la subtile Portia, interprétée finement par Séverine COJANNOT   et bien sûr Shylock, Michel PAPINESCHI, saisissant d’humanité.

 Un spectacle qui en nous faisant grâce de la démesure, donne libre cours aux spectateurs d’être touchés simplement par ces vagues réfléchissantes de la parole,  à la  portée de nos mirages, de nos humeurs les plus ordinaires, irrésolues ou fatidiques, et qui  témoigne de l’intemporalité de Shakespeare, sinon de son actualité !

 Paris, le 28 Novembre 2014                Evelyne Trân

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