DIEU, QU’ILS ÉTAIENT LOURDS… ! Rencontre théâtrale et littéraire avec Louis-Ferdinand Céline Avec Marc-Henri LAMANDE du 18 Novembre 2014 au 21 Février 2015 (les semaines impaires ) à 21 H au Théâtre de la Reine Blanche – 2 Bis passage Ruelle 75018 PARIS –

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« Dieu, qu’ils étaient lourds…! » Photo Camille GOUDARD Lattes 2013

Conception, mise en scène et adaptation : Ludovic Longelin

Interprétation : Marc-Henri Lamande

et Thomas Ganidel, Ludovic Longelin, Mathieu Wilhelm (en alternance)

Voix off : Véronique Rivière

N.B : Marc-Henri LAMANDE est l’invité de l’émission de DEUX SOUS DE SCENE DU SAMEDI 29 NOVEMBRE 2014 de 15 H 30 A 17 H sur Radio Libertaire 89.4. 

Nous sommes rentrés comme par effraction, en voleurs amateurs, écouter une interview de Céline. Quelle étrange impression, juste celle d’avoir rencontré un écrivain célèbre, sans connaître nécessairement son œuvre. Qui n’a pas entendu parler de Céline, qui s’est vraiment engagé dans la lecture de son « Voyage au bout de la nuit » ?

Sur la scène qui tient lieu de studio radiophonique, nous pourrions nous croire aussi bien dans une église en train de surprendre la conversation d’un pêcheur avec un prêtre. Sauf que Céline rit lui-même de sa situation avec humour « Je suis assis sur une chaise électrique ». Le journaliste qui l’interview n’a rien d’un prêtre, il est plutôt bonasse, il affiche une certaine décontraction, un professionnalisme qui ne laissent percer aucun de ses propres sentiments.

Tout au long de l’interview, une profonde humanité se dégage des propos de Céline sur sa vie, l’écriture, sa philosophie. Elle est inattendue et c’est là le travail remarquable de l’acteur, Marc-Henri Lamande, de restituer dans l’articulation de  la pensée de Céline, quelque chose qui ressemble à de l’abandon, vis-à-vis de lui-même, vis-à-vis des autres. C’est-à-dire qu’à travers sa misanthropie déclarée, à travers cette phrase lâchée non point comme un jugement mais un sentiment  » Dieu qu’ils étaient lourds … !  »  on entend avec persistance une sorte d’amour de Céline pour les hommes. Nous découvrons un homme qui est allé au bout de lui même et à vrai dire cette affaire là est affaire d’artiste. Cela signifierait-il que tous ses débordements, antisémitisme, haine, racisme, désignent la fracture qu’il peut y avoir entre un individu livré à lui même et le MONDE.

« Je ne m’occupe pas  des lecteurs. J’écris des livres pour les vendre. Je hais les idées. Je ne suis d’aucun parti. Je suis Céline, je ne suis pas les autres et mes opinions ne regardent que moi » dit il en substance. Comme s’il n’avait pas imaginé que ses écrits puissent influencer ses lecteurs et se propager. La responsabilité de l’écrivain vis-à-vis de ses lecteurs, il ne l’entend pas. Après s’être engagé dans l’armée, il devient pacifiste. Mais il ne devient pas pacifiste par idéalisme, il le devient in corpus, in vivo. De même qu’après avoir été antisémite – j’extrapole – il lui faudrait devenir amoureux des juifs, in vivo.  Au regard de ce qu’il appelle ses turpitudes, il ne se prononce pas. Il dit qu’il a payé. Que pour écrire aussi, il a payé, que c’était très difficile. Un antisémite libertaire, au secours ! Evidemment, il n’est pas possible de réduire l’œuvre de Céline au pire de ses propos. Mais Céline a vécu le pire, les guerres, la prison, le lynchage. Faut-il qu’il nous surprenne encore, lorsqu’il dit « Je suis contre la souffrance, elle rend les hommes encore plus mauvais ». Ce voyage au bout de la nuit est une histoire de sacrifice : Céline cobaye de lui-même, déjectant sa haine pour s’entendre lui même ou revenir vers les autres.

«Je ne suis qu’un homme après tout et je n’ai rien à bouffer, si c’est comme ça … » Cette lueur de révolté, douloureuse fait penser à Antonin Artaud, Parce que ce « caca » (littéralement en grec « mauvaises choses »), il ne dégouline pas seulement de la bouche de Céline, c’est aussi le nôtre.

 Il raconte que durant son enfance, il n’a mangé que des nouilles parce qu’elles n’ont pas d’odeur et qu’il fallait être à l’affut de l’odeur, toujours, à cause de  la dentelle que fabriquait sa mère, Passage Choiseul.

 Céline esthète, et  humain, malgré lui. Ce spectacle gratifiant, nous fait pénétrer dans l’univers mental d’un homme artiste, à l’ornière de sa pensée, un peu comme si nous rentrions, nous spectateurs, dans son atelier. Et cet homme qui nous raconte sa vie, sans herbages, simplement, il est si vivant qu’on se dit qu’après le spectacle, on pourrait le rencontrer, lui parler…

Je remercie vivement les artisans de ce spectacle. Au cours de cette interview beaucoup de phrases perlent dans la pénombre du studio. J’en ai retenu une : « Il n’y a que deux races d’hommes, les voyeurs et les exhibitionnistes. » Et c’est un peu ça le théâtre ! Je n’ai qu’un mot à dire : « Allez-y ! »

Paris, le 25 Septembre 2010, mis à jour le 25 Novembre 2014

Evelyne Trân

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