LA MOUETTE D’ANTON TCHEKHOV | YANN-JOËL COLLIN du 03 > 30 NOV 2014 au Théâtre d’Ivry Antoine Vitez

LA MOUETTE

Avec :
Benjamin Abitan, Cyril Bothorel
Xavier Brossard, Yann-Joël Collin
Nicolas Fleury, Catherine Fourty
Thierry Grapotte, Alexandra
Scicluna, Sofia Teillet

Et en alternance
Marie Cariès et Sandra Choquet
Christian Esnay et Éric Louis
Sharif Andoura et Pascal Collin

mise en scène
Yann-Joël Collin
traduction  André Markowicz Françoise Morvan

Vivre une représentation de la Mouette de Tchekhov, en temps réel, cela signifie simplement pour le public d’avoir la sensation de partager le même  lieu que les acteurs pendant le déroulement de la pièce. Cette sensation extraordinaire, je l’avais éprouvée lors du spectacle 1789 créé par le Théâtre du Soleil, quand le public mélangé aux acteurs se retrouvait témoin d’une manifestation de la Révolution Française.

 Le mouvement des acteurs vers le public n’est pas artificiel. Dans sa pièce la Mouette, Tchekhov s’adresse au public à travers les  interrogations de ces personnages sur le théâtre, la création, et  à l’instar d’Hamlet, il installe le théâtre dans le théâtre puisqu’un des protagonistes TREPLEV présente sa propre pièce à ses proches,  qui se trouvent dès lors dans la même situation que le public.

 A  ce propos, la séquence où Nina joue en beuglant son texte quasi mystique devant le parterre familial, recoupe l’espace convivial de la parole de façon si brutale, qu’elle anticipe les obscurités, les voiles, et les inconsciences des personnages qui dévident leurs paroles, la plupart du temps, sans se préoccuper d’être entendus.

 Ce sont des dessins de voix qui occupent l’espace, sans jamais se toucher  comme un vol d’oiseaux dans le ciel. Il  faut soit lever, soit baisser les yeux pour les entendre mais  au creux, au-dedans on ne sait pas où veulent en venir les personnages.

 Les personnages de la Mouette ont pour la plupart des préoccupations artistiques, mais pas seulement. Ce que donne à voir Tchekhov, à travers leurs discussions, leurs confidences, c’est le va et vient de  leurs relations conflictuelles. Les paroles qui peuvent paraître anodines, parce qu’elles sont proférées peuvent prendre la manière de prophéties. Ce qui est dit ne s’échappe pas toujours, reste suspendu, en attente.  

 Tchekhov donne l’impression de filmer la vie, dans le film de la voix de chaque individu. Dans le noyau dur familial, des fils se révèlent tendus, fragiles, tordus; sous le noyau, l’angoisse persiste. Les personnages ont beau vouloir donner l’apparence de faire partie du noyau, la maison de campagne où ils  se rencontrent,  tous le parcourent différemment, tous s’éprouvent à la fois liés et contraints.

 Ce qui est saisissant dans la mise en scène de Yann-Joël COLLIN, c’est cette possibilité donnée au public d’entendre véritablement tout ce que disent les personnages parce qu’ils s’adressent au public sans qui la représentation ne pourrait avoir lieu. De la même façon qu’ils ne pourraient pas parler si la  pièce n’existait pas. il y a cet enjeu de l’exprimer au présent comme dans la vie.

 Yann-Joël COLLIN est un véritable chef d’orchestre du temps et de l’espace. Les interprètes investissent aussi bien la scène que les coursives et peuvent se retrouver naturellement au milieu du public suivant les situations.

 Ils sont entraînés par la nature même de leurs propos qui les invitent à bouger, parfois à courir, parfois à se regarder dans le miroir d’une caméra qui ici n’est pas utilisée comme gadget mais comme outil quelque peu facétieux faisant sauter  les paroles comme des crêpes, accusant  le moi je de chaque individu à travers le filtre d’un miroir diabolique, petite boite de pandore qui renvoie une image, celle d’un drôle de visage en train de parler.

 Tout  ce mouvement est possible parce que les acteurs n’entendent rien occulter, ils répondent présents à chaque particularité et ses contraintes .Yann-Joël COLLIN raconte d’ailleurs que s’il n’avait pas d’autre choix qu’un couloir pour mettre en scène une pièce, il utiliserait ce couloir.

 Emotivement, c’est très gratifiant, les spectateurs se  retrouvent de plain-pied avec des personnages qui  parlent de la vie au présent, un présent qui les éclabousse au propre comme au figuré.

 Le fait est que rester parmi les personnages de la Mouette durant trois heures, donne l’impression d’avoir vécu avec eux leur tragédie. C’est troublant de penser que TRIGORINE ou NINA puissent vraiment exister.C’est en tout cas un bonheur de vivre ces rencontres au théâtre.

 Il est possible que cette empathie à l’égard des personnages de la MOUETTE soit très personnelle .Pourtant il faut le dire, le public qui a participé ce dimanche au spectacle, a applaudi chaleureusement cette Mouette vive et nue, emportée et hypersensible, si bien mise en valeur par la Compagnie la nuit surprise par le jour. Que tous les interprètes et toute l’équipe en soient profondément remerciés !

 Paris, le 17 Novembre 2014          Evelyne Trân

 

 

 

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