Avec :Eva Freitas
Rébecca Forster
Aurélien Vacher
Camille Briffa et Laurie Cousseau scénographie
Roberte Léger chorégraphie
Aurélien Vacher violoncelle
Didier Bailly composition chanson
Arnaud Delannoy création bande son
Alice Astegiani création lumières
Nous sommes envahis pas les mots et nous ne nous en rendons pas compte. Ne sommes-nous pas nous-mêmes affublés d’un prénom et d’un nom, dès la naissance. Le choix d’un prénom pour un nouveau-né, c’est si important ! Ne devra-t-il pas le porter sa vie durant !
Matei VISNIEC est un écrivain Roumain, arrivé en France en tant que réfugié politique en 1987. Il est l’auteur le plus joué au festival d’Avignon off. Avec « Moi le mot », il manifeste avec brillance sa capacité à se fondre dans la matière juteuse de quelques mots de la langue française. Chez lui, les mots se portent si bien qu’il a décidé de les anthropomorphiser pour le spectacle, le bonheur de les toucher de l’œil.
Matei VISNIEC est donc un obsédé « textuel ». Quand il observe un individu, aussitôt mentalement, il l‘habille d’un mot. Avec la même lueur coquine que nos caricaturistes de la belle époque qui illustraient les journaux avec les visages de Monsieur BIZARRE, Monsieur GRIBOUILLE, Madame FENOUILLARD et le sapeur CAMEMBERT etc.
C’est l’enfance de l’art, car les enfants adorent voir s’incarner des mots. Ils ont l’habitude de passer du mot à l’illustration ; de rester pensifs pendant une demie heure devant le mot désir accolé à l’image d’une superbe pomme rouge avec sa queue ou bien un gâteau.
Les jeunes interprètes, Eva FREITAS, Rébecca FORSTER et Aurélien VACHER, qui incarnent les mots du « dictionnaire subjectif » de Matei VISNIEC s’en donnent à cœur joie car leurs mots parlent avec beaucoup de liberté, de fantaisie et curieusement ne se prennent pas au sérieux sauf le mot UTOPIE.
Très savoureux, les discours du mot POLITIQUE sans grammaire ! Et les GROS MOTS qui empestent dans les autobus, sont si bons vivants qu’on veut bien excuser leur vulgarité.
Quelques enfants dans la salle sont aux anges et les adultes se remémorent l’époque des petites buchettes arithmétiques et leurs doigts tachés par le porte-plume en duel avec un mot.
La mise en scène de Denise SCHROPFER est très alerte. Elle a pourtant beaucoup de travail pour rassembler tous les mots de Matei VISNIEC, plutôt turbulents mais jamais méchants. Le mot PUTAIN a le goût de friandise dans cette cour de récréation. Parce qu’il arrive que des mots changent de visages suivant le contexte. L’habit ne fait pas le moine. Le mot PUTAIN suivant qu’il est prononcé par votre bouchère ou par un « costard cravate » n’a pas la même saveur. C’est du fil à retordre que doivent méditer nombre de nos écrivains.
Les mots sont en colonie de vacances dans ce joli spectacle et c’est avec plaisir que nous vient à l’esprit la poésie de Prévert, « En sortant de l’école». Dans le fond, le poète Matei VISNIEK est un apprivoiseur de mots, il les aime, il ne peut s’en passer. Pour lui « Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ».
Publié le 20 Avril 2014,
Mis à jour le 7 Juillet 2014 Evelyne Trân

