LE ROI LEAR de William SHAKESPEARE- Texte français d’Yves BONNEFOY au THEATRE DE LA VILLE – 2 PLACE DU CHATELET 75004 PARIS – Mise en scène de Christian Schiaretti du 12 au 28 Mai 2014

TDV_prog_chantiers

avec
Serge Merlin
Lear, roi de Grande-Bretagne

Pauline Bayle Cordélia, fille de Lear
Andrew Bennett Le fou de Lear
Magali Bonat Régane, fille de Lear
Olivier Borle*
Oswald, intendant de Goneril
Paterne Boungou** Curan, courtisan
Clément Carabédian*
Le roi de France, gentilhomme
Philippe Duclos
Le comte de Gloucester
Philippe Dusigne** Un vieillard, métayer de Gloucester ; Un médecin
Christophe Maltot
Edgar, fils de Gloucester
Mathieu Petit Le duc de Bourgogne

Clara Simpson** Goneril, fille de Lear
Philippe Sire
Le duc d’Albany, mari de Goneril
Julien Tiphaine*
Le duc de Cornouailles, mari de Régane
Vincent Winterhalter 
Le comte de Kent
Marc Zinga
Edmond, le bâtard de Gloucester
et
Victor Bratovic, Romain Bressy, Franck Fargier, Lucas Fernandez, Florent Maréchal, Sven Narbonne, Joël Prudent, Loïc Yavorsky


*Comédiens de la troupe du TNP,
** Comédiens de la Maison des comédiens

D’aucuns diront qu’il n’y a rien de métaphysique dans la tragédie du Roi LEAR qui raconte la déchéance d’un roi aveuglé par ses passions.

 Il est possible d’imaginer que si le Roi Lear ne donne qu’une condition au legs de ses terres à ses trois filles, leurs déclarations d’amour, c’est que durant toute sa vie, il ne les a  jamais entendues. En résumé le vieux Roi Lear dit à ses filles : « Dites-moi que vous m’aimez et je vous donnerai tout ce que j’ai « 

 Ce caprice de vieillard devient la brèche qui va opérer  le tremblement de terre, la dissolution de son royaume et faire basculer la conscience du,Roi Lear vers la folie.

 Shakespeare utilise une véritable torche, celle de la parole du bouffon qui se frotte aux personnages pour dénoncer leurs déguisements.

 Dans cette tragédie hormis Cordelia qui refuse de déclarer son amour pour devenir héritière, les personnages pour s’exprimer doivent  déguiser leurs âmes.

 Très intéressante à cet égard, la position d’Edgar, le fils bâtard de Gloucester qui pour trouver sa place doit manœuvrer et faire figure de traître. Quant aux filles les moins aimées du Roi Lear, on peut comprendre qu’elles veuillent s’affirmer  en rejetant un père sénile.

 Le désir est omniscient  dans cette tragédie. Question d’espace vital, pour exister les filles  poussent vers la mort leur  père qui découvre alors qu’il n’a aucune place dans leur cœur.

 Mais tous les personnages qu’ils soient bons ou mauvais, dignes ou réduits à l’indignité sont liés les uns autres puisqu’ils vivent dans le même monde.

 Ce n’est pas tant aux circonstances d’une tragédie annoncée que s’attache Shakespeare mais bien plutôt à leurs effets sur les consciences.

 De l’aveu de ses personnages, la condition humaine est terrible puisque les hommes sont capables du meilleur et du pire. Même acculé à la solitude la plus extrême du fait de sa déchéance,  un homme doit encore affronter le regard de l’autre qui le méprise :

 Par la bouche  d’Edgar le fils renié de Gloucester le fidèle du Roi Lear, Shakespeare a ses mots :

 « Pourtant c’est mieux ainsi : se savoir méprisé que  l’être à son insu par ceux qui nous louent ! A ses pires moments, le plus pauvre fétu qu’ait brisé la fortune  a toujours un espoir… »

 Le texte de Shakespeare dans la traduction d’Yves BONNEFOY est de toute beauté. C’est la chair qui se fait poème. Il faut l’entendre dans sa déréliction forcer le délire du Roi Lear incarné de façon spectaculaire par Serge MERLIN qui brandit le miroir de la folie comme le seul capable  de sortir de sa léthargie la fatalité.

 Très imposante, l’enceinte en arc de cercle aligne des portes noires comme des portes en deuil d’où se déversent en foule, la cour et la famille du Roi Lear avec tout le faste de leurs costumes.

 Par contraste, les scènes d’errance du Roi Lear et des autres bannis,  sont presque chatoyantes. Parce que cette errance dans la bouche de Shakespeare a un goût de liberté et d’extravagance.

 Dans cet éclat de miroir obscurci par le charbon, l’on voit plusieurs personnages dévaler dans la poussière mais c’est alors que leurs paroles résonnent le mieux.

 A ce moment-là, on aurait presque envie de fermer les yeux pour n’écouter que ces chutes de mots, murmures  et éclaboussements de voix qui ne peuvent plus se déguiser.

 Avec une belle distribution de comédiens, Christian SCHIARETTI fait trembler la plume noire de Shakespeare. Dans sa mise en scène sobre et efficace, il y ait question  d’apparition, celle d’un homme qui quitte le pouvoir. C’est renversant. L’âme du spectateur peut se transposer  au temps de Shakespeare  puisque le théâtre a toujours la même enseigne, celle de refléter notre monde. Il n’a pas vraiment changé. 

  Paris, le 17 Mai 2014                    Evelyne Trân       

 

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