PEER GYNT de Henrik IBSEN – Mise en scène de Christine BERG – Au THEATRE DE LA TEMPETE à la Cartoucherie de Vincennes – Route du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris – du 08/05/2014 au 08/06/2014 –

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Avec
Mustafa BenaïboutLoïc BrabantCéline ChéenneVanessa FonteAntoine PhilippotStéphan Ramirez
Photos Ici et maintenant
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IBSEN n’a pas la réputation d’un optimiste, peu s’en faut. En accouchant de PEER GYNT une pièce qu’il a écrite en 1867 lors d’un voyage en Italie, destinée à être lue et non à être jouée, IBSEN s’est rendu compte qu’il avait enfanté un monstre, mi-homme mi-troll en la personne de PEER GYNT.La pièce est longue et c’est normal puisqu’elle raconte la vie d’un homme d’une vitalité débordante mais dépourvu de complexes qu’ils soient moraux ou religieux.Peer GYNT c’est le voyou qui envoie tout valser au gré de ses humeurs. Adoré par sa mère, il se croit tout permis. Sa philosophie pourtant qui n’est pas mince tient en une seule phrase « Etre soi-même » .Vaste programme qui lui permettra de rebondir en dépit de cruelles épreuves qui finiront par émousser sa cuirasse d’égoïsme.Photo Ici et maintenant12517532124_aa4ccb9dab_o

La folie appelle la folie. Mais qu’est-ce que la folie ? Ibsen sait-il lui-même au moment où il écrit sa pièce où va l’entrainer son personnage. Forcé à fuir en raison de ses forfaits, Peer GYNT se retrouve dans une famille de trolls, véritables petits démons à langage humain. Mais Peer GYNT n’entend adhérer à aucun dogme et refuse de s’enchainer à leur verbiage démoniaque. Devenu père d’un petit troll malgré lui, tatoué d’une nouvelle phrase philosophique « Suffis-toi, toi-même » il fuit encore.

12517070185_3fc788f1e4_oPhoto Ici et maintenant

Les aventures sont nombreuses et les personnages insolites abondent tels que la Femme en vert, le Courbe, le fondeur de boutons. Peer GYNT a l’allure d’un anti-Candide il n’est ni bon, ni foncièrement mauvais. Anticlérical par nature, il devient prophète par opportunisme ou pragmatisme. Car il a un don Peer GYNT, une capacité d’adaptation aux situations les plus difficiles. Notamment, lorsque sa mère lui annonce qu’elle va mourir, il invente pour elle sa mort en faisant danser son lit et en lui racontant une fable pieuse jusqu’à son dernier souffle.

La pièce croustille des inventions philosophales de Peer GYNT qui se rengorge de ses épopées, s’oubliant dans ses palabres au point de prendre la place de ses précédentes victimes.

Leurre ou illusion, l’important c’est d’y croire ! Peer GYNT ne fait plus la différence entre ses rêves et la réalité ou alors il assiste comme un spectateur à leurs échauffourées. Quand la mort vient enfin frapper à sa porte en la personne du fondeur de boutons, Peer GYNT se révolte. Alors tout à coup, elle est perceptible cette angoisse de la mort, elle est déchirante. Mais il est tellement drôle aussi ce fondeur de boutons avec sa grosse cuiller que lorsque la déchirure se fond en berceuse au-dessus de Peer GYNT, la tête sur les genoux d’une femme aimée, c’est la poésie qui l’emporte, le rêve pour toujours.

Antoine PHILLIPOT incarne Peer GYNT avec une aisance remarquable et ses partenaires qui endossent la peau de 40 personnages totalement solidaires font tourner le manège, avec une bonne humeur contagieuse.

Christine BERG s’est inspirée du théâtre de foire pour cette fantaisie débridée et à l’aune de ce lit à roulettes qui virevolte sur la scène, la fameuse roue qui tourne pendant un vol d’oiseaux s’octroie quelques douceurs de vivre avec des tableaux fantômes à multiples facettes, qui tremblent et transpirent comme les spectateurs, à l’écoute de Peer GYNT, un saint parmi les artistes, ou bien un troll éternel.

Ajoutons que ce spectacle extrêmement sensible jouit d’une belle orchestration musicale composée par Gabriel PHILIPPOT et Julien LEMOINE.

Après ce tour de manège impressionnant, croyons que les spectateurs auront envie de lire la pièce d’IBSEN dans son intégralité. C’est le genre de fantaisie qui procure du bien être par petites vagues bien pensées :

« Sais-tu ce que c’est que de vivre ?… C’est descendre à pied sec le fleuve du temps en restant soi-même » Ce rêve là est sans dilemmes.

Paris, le 9 Mai 2014                 Evelyne Trân

 

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