FESTIVAL MONDIAL DES THEATRES DE MARIONNETTES A CHARLEVILLE MEZIERES – Salle CHANZY – – Blue Jeans de YEUNG FAÏ du 27 au 29 Septembre 2013

Assistanat à la mise en scène: Yoann Pencolé – Conception:Yeung Faï – Interprétation:Inbal Yomtovian, Yeung Faï et Yoann Pencolé – Scénographie: Yeung Faï Lumière: Christian Peuckert – Assistanat lumière: Adrien Gardel -Vidéo : Jérôme Vernez et Stéphane Janvier – Construction du décor: Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne- See more at: http://www.plateaux.ch/spectacle/blue-jeans/#sthash.JlWM1LeI.dpuf

 

Nous avons tous entendu parler de ces enfants exploités indûment dans le tiers monde ou les pays émergents, écrasés comme le grain sous la meule, pour continuer à engraisser les appétits d’une économie impitoyable.

 Allons-nous renoncer à acheter des blue-jeans en pensant qu’ils ont été fabriqués par de pauvres mains fébriles prisonnières de conditions de travail innommables ? Sûrement pas. Alors à quoi bon en parler, cela se passe ailleurs, c’est très loin et puis les gros poissons se nourrissent  toujours des petits.

 L’image est terrible de cet homme courbé qui fait tourner une immense meule en pierre, elle est au centre de la scène, elle est cruelle mais tellement éloquente. Elle nous transporte dans la préhistoire, elle nous parle du labeur humain, ce ferment de fierté ancestrale. Ah si toute cette énergie, tous ces efforts, nous les employions pour sortir de notre  léthargie. Avons-nous le choix entre celui d’écraser le plus faible ou celui d’être sous la meule.

 Yeung FAI entend montrer en se situant dans les rigoles de notre perception qui vacille désormais entre images télévisuelles et réalité ternaire. Comment faire appel à cette mémoire physique et mentale incluse dans tout être humain mais refoulée sans faire référence à un mode de perception devenu de plus en plus sophistiqué.

 Où peut bien se tenir encore cette flamme magique individuelle à l’heure où la technique prétend pouvoir entrer dans un cerveau humain pour y dégoter ses pensées. Là encore, nous dirons à quoi bon  et que nous sommes hors sujet.

 Yeung FAI n’est-il pas hors sujet parce qu’il se situe entre deux rives, le monde d’hier et le monde d’aujourd’hui, et qu’il fait parler une marionnette à notre place ?

 Il est hors sujet parce que son spectacle est d’une affolante beauté et qu’il maitrise plusieurs techniques : marionnettes Bunraku, à gaine, sur fonds d’images qui se déplacent sur des paravents mobiles.

 La pluviosité des images vidéo un peu trop drue, se joue de notre regard et est parfois quelque peu envahissante pour ceux qui n’entendent s’accrocher qu’à l’histoire de l’enfant marionnette, si expressive, si touchante qu’elle est un bleu à l’âme qui éblouit, qui éclaire.

 Parce qu’elle bénéficie du souffle poétique, inquiet et secret de l’enfance, qu’elle ne tient qu’aux mouvements de ceux qui lui insufflent leur souffle, c’est de notre pouvoir  d’éclairer les formes les plus fragiles mais aussi les plus gracieuses de la sensibilité humaine dont nous parle Yeung FAI et son équipe .

Cette marionnette qui surgit simplement de la paume d’une main nous regarde intensément. Et cette ombre qui veille fluette au-dessus et  malgré nos désirs carnassiers, peut bien atteindre quelque sillon de la pensée humaine parce qu’elle nous parle de nos enfants, de ceux qui vont venir au monde.

 Vain discours humaniste ! Yeung FAI n’a d’autre arme que son énergie créatrice qui vaut bien des discours. Son moyen d’expression c’est la marionnette, un art très populaire en Chine depuis des millénaires. Il a aussi les pieds sur terre. Les faits sont là : 70 % des blues jeans de la planète dont les colorants polluent à outrance  les rivières de la Chine, sont fabriqués par des ouvriers chinois. Son spectacle a valeur de manifeste  contre une situation invivable. Ce n’est pas pour nous donner bonne conscience, nous les Occidentaux, c’est pour nous aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Disons que les spectateurs ont beaucoup de chance car la démonstration n’est pas seulement instructive, elle est artistiquement sublime.

 Paris, le 30 Septembre 2013                          Evelyne Trân            

 

 

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