Le soldat ventre-creux de Hanock LEVIN – Mise en scène de Véronique WIDOCK au Théâtre de la tempête – Cartoucherie de Vincennes, route du champ de manoeuvre 75012 PARIS du 11 au 29 Septembre 2013 à 20 H 30.

Distribution Traduction Jacqueline Carnaud et Laurence Sendrowicz Publié aux éditions théâtrales la femme : Roxane Borgna Le soldat ventre creux : Stéphane Facco Le soldat ventre plein : Vincent Debost Le soldat ventre à terre : Henri Costa Le grand père : Christophe Pinon

En alternance l’enfant: Nicolas COUFFIN et Mateo FREY.

Scénographie : Gérard Didier Lumières Pierre Gaillardot Costumes ; Didier Jacquemin Chorégraphie choeur d’enfants : Geneviève Sorin

Il revient de loin. Il a fait 5 ans de guerre. Quelle guerre ? Est-il parti au combat comme on va au travail. Avait-il le choix ? Défendait-il sa patrie, un idéal ? Fait-il partie des vainqueurs ou des perdants ? Nous n’en saurons rien. Hanokh LEVIN qui met en scène le soldat ventre-creux gomme ces questions. Elles n’ont plus d’importance dès lors que l’homme se retrouve seul, n’ayant qu’une seule identité à partager, celle d’un être humain. Il crie haut et fort « Je m’appelle Sosie ».Il  pourrait aussi bien clamer « Je suis un homme comme les autres ». Mais il se raccroche à son nom parce que c’est tout de même important d’avoir un nom et tant pis s’il y en a d’autres qui portent le même.

 Il suffirait qu’une porte s’ouvre, que sa femme et son enfant le reconnaissent. Mais voilà, il n’a pas d’autre identité que son bagage de douleurs, de solitude, c’est une loque humaine quasiment. Parmi ceux qui ont retrouvé leurs places d’origine, il  y a un homme aveugle et un autre muet.

 Vont se succéder sur scène deux autres « Sosie », le solde-ventre-plein et el soldat ventre à terre.  Mais quel est donc le vraie Sosie, celui qui peut se prévaloir d’être propriétaire d’une maison avec femme et enfant ? C’est le soldat ventre-plein, bien sûr, parce qu’il est le plus fort et qu’il assujettit femme et enfant.

 Le soldat ventre-creux est donc sans domicile, comme un chien errant. Faut-il qu’il attende la mort du soldat ventre plein pour retrouver sa place ? Ce que Hanokh LEVIN laisse entendre c’est que l’humiliation, le sentiment d’injustice vont renforcer la pugnacité de l’homme déchu. Il va ruminer sa colère. Ca n’est pas possible, dit-il, que quelqu’un ait pris sa place. C’est insupportable.

 L’homme fait partie du règne animal, et c’est une vérité de la Palisse que de souligner que l’homme est un loup pour l’homme. La pièce d’Hanokh LEVIN met en parallèle les sorts de trois individus qui se réclament du même nom «»Sosie ». La seule ligne de démarcation qui pourrait rassembler ces trois « Sosie », c’est leur humanité. Mais où se trouve-t-elle ?

 L’injustice, les sentiments d’humiliation, de spoliation, l’instinct du territoire qui vont jusqu’à confondre sa terre avec sa propre chair. Tout cela c’est du vécu, C’est du cœur humain ou plutôt de ses tripes qu’Hanokh LEVIN cherche à extraire le germe de la guerre, mais sans angélisme.On l’aura compris, quand le soldat ventre-creux aura pris la place du soldat ventre plein, il jettera à son tour le prochain sosie qui frappera à sa porte.

 La pièce porte un message politique. Hanokh LEVIN a vécu le conflit israélo-palestinien. Mais évidemment, à travers le soldat inconnu, le vocable de sosie, c’est la perception de l’humain face à la fatalité de la guerre qu’il entend faire rayonner. Parce que les expériences de chaque sosie, peuvent finir par se regrouper, elles ont chacune leur mot à dire. Celui qui voit apprend de celui qui est aveugle. L’usurpateur  est menacé par celui qu’il a volé. Tous doivent confronter leurs situations, leurs vécus parce que s’appeler tout seul Sosie dans un monde où les autres ne comptent pas, cela n’a tout  simplement pas de sens.

 Nous ne pouvons pas nous réfugier du côté de l’évidence, du sentiment de fatalité, da la farce politique, ni même de la foi en un meilleur monde, un certain paradis après la mort. Il y a une histoire commune, il y a le sentiment d’être humain à plusieurs qui donne une raison d’être, d’espérer. Dans cette sombre fable, même si l’amour ne parle pas, on croit le deviner encore sous les traits d’un enfant qui observe tout en silence.

Et la femme qui ne dit rien, qui a le rôle antique de celle qui attend le retour du guerrier. Elle est un phare à qui on a coupé la parole, elle est femme objet, elle est propriété de l’homme. N’est-elle donc qu’un ventre sans nom ?

 Pouvons-nous nous croire exemptés de toutes ces questions parce que cela va de soi, le mariage, l’amour, la mort et ainsi de suite…Ce n’est pas toutes ces questions qui vont changer le monde, mais tout de même à l’issue de la représentation de cette pièce, nous avons l’impression d’avoir ramassé un des morceaux brisés de notre face humaine. Le  miroir que nous offre Hanock LEVIN,  est fissuré, entaillé; il n’empêche, nous nous y voyons et comment !

 La mise en scène de Véronique Widock sert magistralement la pièce de Hanokh LEVIN. La langue du ventre, on l’entend à même le sol, l’obscurité. Il n’y a pas d’autre présence sur scène que celle des comédiens et leur verbe. C’est cela qui éponge tout. Entre leurs mains, la poussière, la neige, les tonneaux etc., expriment un rapport à la matière complètement physique, sans préalable, sans détours. Cet aspect physique, brut, des choses et des hommes, qui domine dans cette pièce et dans bien d’autres de Hanokh LEVIN, notamment, la Putain de l’Ohio, percute la perception du spectateur qui doit se retourner à l’intérieur de lui-même : Mais qui sont donc ces hommes primitifs ? Le soldat au ventre creux parle aussi de notre cervelle flageolante.

 Il faut saluer toute l’équipe des comédiens et techniciens qui assurent un spectacle de qualité, permettant de faire résonner l’esprit tangible d’Hanokh LEVIN dans un au-delà qui curieusement nous  concerne. Ne sommes-nous pas tous tant que nous sommes, sosie de l’un, sosie de l’autre ?

 Paris, le 15 Septembre 2013          Evelyne Trân

 

Un commentaire sur “Le soldat ventre-creux de Hanock LEVIN – Mise en scène de Véronique WIDOCK au Théâtre de la tempête – Cartoucherie de Vincennes, route du champ de manoeuvre 75012 PARIS du 11 au 29 Septembre 2013 à 20 H 30.

  1. Le soldat inconnu, les milliards de soldats inconnus et oubliés et sacrifiés pour des guerres obscures ! Je pense a toutes ces femmes qui ont enfantés de la chair à canon…L’injustice, les sentiments d’humiliation, de spoliation, l’instinct du territoire qui vont jusqu’à confondre sa terre, cette injustice touche en particulier les veterans americains qui se retrouvent le plus souvent a la rue…
    Est ce qu’il n’y a pas un autre moyen de reguler le nombre de vivants sur terre autrement qu’en faisant des guerres ?

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