La pluie d’été d’après le roman de Marguerite DURAS – Adapatation et mise en scène Lucas BONNIFAIT au Théâtre de l’Aquarium Route du champ de manœuvre 75012 PARIS

Au début du spectacle, les acteurs font partie du public installé sur des bancs et lisent leur texte. On se croirait presque dans une cour de récréation ou à théâtre ouvert à Avignon. Les yeux suivent le trajet des réparties des comédiens comme à un jeu de ballon. On retrouve assez vite la voix de Marguerite Duras à travers ses personnages.

 C’est une conteuse, une rêveuse, on aurait envie de dire qu’elle a des haïkus dans la bouche et même quelques cailloux. Le nœud de l’histoire découle d’une question pour laquelle il n’y a pas de réponse mais tellement de ressenti, que l’on peut comprendre que ladite question pour les autres et pour  le personnage central, Ernesto l’enfant, va l’occuper toute  sa vie : il n’a pas besoin pas d’aller à l’école  puisqu’il comprend tout sans l’avoir appris.

 Les dialogues entre l’enfant, les parents et l’instituteur progressivement prennent le large. Une toute petite phrase extraordinaire de l’enfant : « A l’école, on m’apprend des choses que je sais pas.. », c’est un peu comme une aiguille d’horloge qui ne tourne pas rond et qui existe cependant, vue de loin, recourbée dans ses franges, solitaire . On s’aperçoit rapidement que les parents et l’instituteur, la sœur, doivent avoir aussi enfouies en eux des paroles qui peuvent bousculer leurs interlocuteurs, les intriguer, parce qu’elles ne veulent rien dire.

 Une question de chose simplement. Quelqu’un vous déshabille du regard mais il ne vous parle pas. Quelqu’un vous parle mais ne vous  dit rien. Impossible de sommer la réalité de vous assurer que vous ne rêvez pas. Mais qu’est-ce qu’il dit, qu’est-ce qu’il dit ? Qui  n’a pas été témoin d’absurdités passagères, de paroles qui contredisaient complètement l’attitude d’un interlocuteur, jetant un trouble indifférent, ou bien annonçant  une rupture, une pause, cela qui faisant crisser le silence, jouit de son intempérance.

 Peut-être y a-t-il un peu de mer sous les mots, un peu de rêve, enfin toujours de l’intraduisible et tant mieux !  Quand une pensée devient cela qui dérape ou l’inaccessible ou présence de l’invisible ou d’un troisième interlocuteur absent, oui l’on sait que celui qui vous parle se parle aussi bien à lui-même qu’à l’autre invisible, une sorte d’inconnu qui brillerait naturellement autour du silence, qui manifesterait en tout cas la distance entre soi et une personne témoin.

 Dans le langage, c’est le pistil de la fleur qui intéresse Duras, sa poussière qui essaime en se dispersant et qui parfois sous un coup de vent vous pique les yeux et  les oreilles.

 De toute évidence, les comédiens Jean  Claude BONNIFAIT et Ava HERVIER  savent émarger avec finesse et même de la gaité autour de la marelle de Duras. Par contraste, Raouf RAIS, Ernesto, exprime davantage la tristesse, le ressac et l’angoisse existentielle assez prégnante.

 Le metteur en scène a choisi la sobriété qui sied à la langue de Duras. Les spectateurs doivent parfois laisser passer des anges par-dessus les rêveries des personnages mais c’est pour mieux voir s’éclore devant eux le mystère des mots qui embrassent leur univers.

 A cœur d’enfance dans la poche, qui déborde, à la  craie blanche sur le tableau vert, comme une éponge, le  spectacle dessine avec beaucoup de sensibilité un des meilleurs visages de Duras.

 Paris, le 13 Avril 2013                  Evelyne Trân

 

 

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