Le Grand Parquet programme en ce moment deux spectacles « Les indiens rient pas comme nous « et « Attifa, de Yambolé, conte africain » qui pointent tous les deux leurs regards sur cette espèce indéterminée, mais très appréciée des agences de voyages : le touriste.
A tort ou à raison, on ne donne pas souvent la parole aux touristes au théâtre, alors qu’au cinéma, le filon a été bien exploré. N’oublions pas que le touriste est d’abord un consommateur et que lorsqu’il se rend à l’étranger, il entend se faire plaisir, à la mesure du voyage de rêve qu’il a acheté sur catalogue.
Valérie VERIL a décidé de mettre les pieds dans le plat en composant un personnage qui à la suite d’un voyage organisé en Afrique, a revêtu les guêtres de conteuse. Un personnage qui ne manque pas d’air, qui ne cesse de lever les bras en l’air dans sa toge aux tissus africains, de toute beauté, et qui en usant d’un arsenal de colifichets très en vue même autour de la Tour Eiffel, est censée insuffler à ses spectateurs, de l’exotisme bon marché.
Valérie VERIL excelle en conteuse comique, son personnage a des allures de Bécassine, juste pour la forme. Pour le fond, exit sa figure de dame patronnesse qui figure sur l’affiche, son visage très animé, et plutôt cocasse singe des propos désobligeants, au ras du verre, juste avant que cela déborde et qu’un tel ne vienne vous le jeter à la figure. Un tel qui serait africain, italien, allemand, qui n’a pas envie d’entendre qu’il est con, sale, mal éduqué …, et ce même de la bouche d’une gentille dame qui s’apprête à faire de l’humanitaire.
En somme, cette Madame Anne-Sybille Couvert cumule sous son bonnet tous les préjugés de bon aloi qui permettent de faire bonne contenance face à l’étranger qui n’est pas comme nous, mais c’est difficile de l’expliquer aux enfants.
Heureusement qu’elle est drôle, cette brave dame car d’aucuns pourraient la trouver insupportable, d’une niaiserie à faire pâlir nos humeurs les plus noires.
Cela dit, si nous sommes enclins à la trouver odieuse c’est que la satire de Valérie VERIL a le mérite de faire virer au vinaigre l’esprit de tolérance, en montrant avec quelle sournoiserie sous couvert de bonnes intentions, certains ont besoin de manifester leur mépris indécrottable vis-à-vis de l’étranger sans essuyer le venin qui coule sous leur menton.
Anne-Sybille Couvert a sans doute pour marque de fabrique la bêtise . La bêtise est une vertu en soi car elle est capable d’hérisser le poil, d’autant plus qu’elle demande aux enfants de rejoindre son camp et là c’est un comble. Nous savons les enfants plus intelligents que les adultes car on ne nait pas raciste, on le devient. Il n’y a pas de propos innocents et les préjugés insidieux peuvent bien pondre leurs œufs dans des têtes fraiches.
Des préjugés inoffensifs qui accouchent d’une bonne conscience cela n’existe pas. Anne Sybille fait un peu trop la bête, et ses trophées de chasse devraient faire parler quelques têtes coupées. Avec un interlocuteur de taille, moins ridicule que la petite fille Attifa qui tombe dans la gueule du loup, gageons qu’Anne–Sybille avalée par le grand noir aux dents blanches, se transformera à son tour en petite poupée blanche. Nous assisterons alors à l’apparition d’un vrai sorcier, un peu griot sur les bords, dont le rire étincelant soulignera la présence et le talent de Valérie VERIL.
Paris, le 16 Mars 2013 Evelyne Trân