BOURREAUX D’ENFANTS ! MODESTE PROPOSITION CONCERNANT LES ENFANTS DES CLASSES PAUVRES d’après Jonathan SWIFT, mise en scène François RANCILLAC suivie de L’HOMME QUI RIT d’après Victor HUGO,mise en scène de Christine Guênon, au Théâtre de l’AQUARIUM à la Cartoucherie de Vincennes Route du champ de Manoeuvre 75012 PARIS du 19 Mars au 5 Avril 2013

L’affiche désuète, un brin macabre qui nous présente une  poupée en plastique, entourée de fleurs er affligée d’un gros cadenas, nous fait un drôle de clin d’œil.

Des écrivains célèbres, Jonathan SWIFT et Victor HUGO ont été invités au Théâtre de l’aquarium par François RANCILLAC, pour nous parler du sort réservé aux enfants sous les latitudes aussi bien de la politique que du drame. Evidemment, il ne s’agirait que de fictions n’engageant que leurs auteurs mais par un croisement du destin ironique, ils font se retourner dans leurs tombes, des vivants tels que nous.

 
Modeste proposition concernant les enfants des pauvres, et autres pensées sur divers sujets moraux et divertissants d’après Jonathan SWIFT. D’après Jonathan Swift adaptation et jeu David Gabison, mise en scène François Rancillac

 

Il faut bien se rendre compte que l’homme dispose d’un cerveau lui permettant de gloser sur tous les sujets. Si l’on s‘amusait à parcourir toutes les propositions de nos députés  dont beaucoup ont sombré dans l’oubli, on découvrirait des modèles de dissertations, prêtes à l’emploi permettant à n’importe quel prétendant au perchoir de manifester, outre, son talent d’orateur, l’importance de son rôle dans la société. Mais celui qui se targue d’avoir reçu au berceau toute la science lui permettant de  décrypter la nature humaine, est peut être un génie méconnu.

 Tel se présente, ce Monsieur X, sorte de lanterne magique, créé de toutes pièces par Jonathan SWIFT, pasteur pamphlétaire, féru de science politique.

 Avouons qu’il saura nous convaincre ce brave homme au bon sens inouï qui a réponse à tout. C’est d’ailleurs ce qui séduit dans son discours, cette capacité qu’il a de rebondir à toutes les observations qui pourraient contrecarrer son raisonnement.

Comment ne pas être séduit par les propositions d’un homme qui trouve des solutions pour éradiquer la misère, ce fléau qui écorne notre idéal de bonheur humain. Nous découvrons que rapidement  nous pouvons perdre tout défaut humain dès lors que nous sommes pris dans le rouage de lois, de diktats qui font des hommes des objets, des instruments  au même titre que les animaux. A l’abattoir les pauvres, vous êtes fichés, ce n’est pas votre faute, de la même façon que nous adorons la viande, celle de vos bébés dodus saura faire le bonheur du palais des riches nés pour jouir et rendre grâce à Dieu.

 Il s’exprime si bien ce Monsieur X philanthrope, d’une bonne foi si sympathique, que nous serions prêts à l’attendre à la sortie pour le saluer. Bravo, bravo, Monsieur David GABISON, votre leçon de politique est géniale, permettez que nous vous applaudissions ainsi que votre créateur Jonathan SWIFT pour votre prestation qui ferait pâlir nombre de nos politiques en panne d’inspiration

 L’homme qui rit d’après le roman de Victor Hugo.

 Que vous ayez lu ou non ce roman incroyable de Victor Hugo, nous vous recommandons d’aller voir son adaptation au théâtre par Christine Guênon.

 Vous rentrez de plein fouet dans le génie de la langue de Victor  Hugo, prodigieux conteur, créateur  de personnages fascinants, extraordinaires, véritables tribunes de ses révoltes.

 « L’Homme qui rit » considéré comme un roman initiatique raconte le parcours de Gwynplaine, un enfant volé, défiguré puis abandonné par les comprachicos, recueilli par Ursus, un saltimbanque dont le seul compagnon est un loup.

 C’est la voix du peuple que veut faire entendre Victor Hugo à travers Gwynplaine qui résume ainsi sa vie lors de son discours à la chambre de lords :

 « Une nuit, une nuit de tempête, tout petit, abandonné, orphelin, seul dans la création démesurée, j’ai fait mon entrée dans cette obscurité que vous appelez la société. La première chose que j’ai vue, c’est la loi, sous la forme d’un gibet ;  la deuxième c’est votre richesse, sous la forme d’une femme morte de froid et de faim ; la troisième c’est l’avenir, sous la forme d’un enfant agonisant ; la quatrième, c’est le bon, le vrai et le juste, sous la   figure d’un vagabond n’ayant pour compagnon et pour ami qu’un loup. »

 Gwynplaine dira encore « L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain, on lui a déformé le droit, la justice, la vérité, , la raison, l’intelligence , comme à moi les narines, les yeux, et les oreilles; comme à moi on lui a mis dans le cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque contentement ».

 Christine Guênon, sur scène, a l’allure d’un Gavroche à l’ossature frêle mais nerveuse. Elle est un personnage de Victor Hugo, elle résume tout entière ceux de l’épopée de « L’homme qui rit ». A travers elle, c’est toute la complexité des personnages, leurs drames, leur humanité, leur violence à fleur de peau qui bousculent les spectateurs captivés.

 Devenue corps de livre qui parle, hypnotisée elle-même par son récit, elle  se transforme suivant les tribulations de Gwynplaine et d’Ursus,  pour devenir l’homme qui rit, qui invoque son destin, celui de Lord des pauvres.

 C’est poignant et d’une saisissante vérité car ceux  sont les propos    de Gwynplaine qui prônent son existence.

La vision de « l’homme qui rit » le visage contracté par son rire figé frêle mais si passionné nous emporte dans la houle de son message. C’est fulgurant, c’est fort, bravo Christine Guênon !

 PARIS, le 24 MARS 2013       Evelyne Trân

 

 

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