LA MORT DE MARGUERITE DURAS Texte : Eduardo Pavlovsky – Mise en scène Bertrand Marcos avec Jean-Paul Sermadiras à la Manufacture des Abbesses – 7, rue Véron 75018 PARIS –

P.S. Jean-Paul SERMADIRAS et Bertrand MARCOS étaient les invités de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire, le samedi 30 Mars 2013 (En podcast sur le site de Radio Libertaire, Grille des émissions)

Au centre de la scène à peu près obscure, un homme scrute un mur et monologue longuement à propos d’une mouche en train d’agoniser.

 Evidemment, c’est ridicule, mais après tout, la grande romancière Marguerite Duras a bien daigné un jour s’attrister sur le sort d’une mouche.

 Paradoxalement, il est plus facile de s’attendrir sur le destin d’une mouche, d’une fleur que sur soi même  … Une mouche, un détail, mais il n’y a que les détails qui comptent nous assurent les artistes.

 L’homme a indubitablement l’esprit fantasque et est peut être du genre à prendre des vessies pour des lanternes. Dans tous les cas ces propos sont déconcertants, déroutants. Emanent-ils d’un fou, d’un cabossé, désemplumé de la vie ? Pas assez sérieux, dans tous les cas, pour mériter que l’on perde du temps à l’écouter.

 Et puis tout à coup cet homme raconte sa vie. On ne sait pas comment : exit la mouche puisqu’elle est morte.  Voilà le bonhomme seul, tout seul, soudain rattrapé par des souvenirs en grappes, qui semblent surgir d’une toile d’araignée de la mémoire.

 C’est bizarre, ses souvenirs ont un côté crabes dans un panier. Il y a des moments dans la vie où il suffit de presser un peu le tube d’une mémoire en dentifrice pour avoir juste sur la brosse à dents, un extrait représentatif de sa propre vie. Sorte d’empreinte digitale, où se trouvent compressées toutes sortes d’éléments hétéroclites : histoires d’amour, divers traumatismes et même des réminiscences littéraires.

 Mais en vérité, les anecdotes qui nous sont racontées sonnent tout à fait vrai. Un écrivain ne le dira jamais assez, la réalité dépasse toujours la fiction.

 L’auteur de la pièce est un acteur, psychiatre et dramaturge Argentin. Il est probable que certaines références politiques, sociales auxquelles fait référence l’étrange personnage nous échappent. Néanmoins, nous entendons cette promiscuité du vécu et du fantasme.

 La relation entre l’homme et sa chérie, à la voix douce et grave d’Anouk Grinberg, se trouve dans la même ligne de mire de son attention pour une mouche. Pourquoi ? Parce qu’il raccorde la mouche à une personne solitaire, ici à Marguerite Duras. Parce qu’il parle de solitude à deux ou de cette solitude qui inquiète l’autre.

 En l’espace d’une heure, l’homme en partant de la contemplation  d’une simple mouche aura fait le tour de sa propre vie avec une certaine mélancolie, teintée d’humour jaune.

 L’exercice du monologue est périlleux  mais Jean-Paul SERMADIRAS, comédien de grande classe,  en modulant sa voix réussit à entrainer les spectateurs vers cet obscur personnage.

 Il en est plein de drôles d’humains qui peuvent se permettre par désespoir de dire ce qu’ils pensent et ce qu’ils voient. Alors il ne faut pas les croire ceux qui disent « Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite »

 L’homme dans la pièce n’a pas de nom, il est comme la mouche et après tout Marguerite est un nom de fleur et la mort du genre féminin.

 La mise en scène dépouillée sait mettre en valeur chacune des apparitions, et nous avons l’opportunité d’imaginer les nôtres au fil de ce miroir grandissant.

 Paris, le 12 Mars 2013         Evelyne Trân

Un commentaire sur “LA MORT DE MARGUERITE DURAS Texte : Eduardo Pavlovsky – Mise en scène Bertrand Marcos avec Jean-Paul Sermadiras à la Manufacture des Abbesses – 7, rue Véron 75018 PARIS –

  1. J’ai toujours aimé Marguerite Duras a cause certainement de sa manière zen d’écrire : arrêts sur images, émotions … le temps qui semble immobilisé.
    Je comprends bien ce monsieur qui regarde une mouche mourir … la contemplation d’un moment qui semble immuable
    Tous nos souvenirs ne sont-ils pas comme une timeline de moments fugaces, d’images, d’émotions fortes, de lumières … le tout se juxtaposant sans aucun ordre et constituant tout ce qui nous porte au fil des années ? S’appliquer a bien contempler l’instant, le moment pour mieux le vivre. On pense que la contemplation est synonyme d’immobilité mais non … c’est peut etre seulement cela qui donne vraiment un sens a la vie. J’aime tellement la photographie et le cinéma qui magnifie les moments … En plus c’est indispensable a notre époque pour survivre a tout ce zapping.

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