Spectacle en Français d’après le mythe de Médée
Sur des textes de Euripide, Ovide, Heiner Muller, Jorge-Luis Borges, Diana Dobreva
Écrit et mis en scène par Diana Dobreva
Acteurs: Diana Dobreva: Médée
Olivier Raynal: Jason
Jean-Charles Mouveaux: Le précepteur
Aneli Pino: La nourrice
Les enfants Durée : 1h10 Spectacle créé au Théâtre Laboratoire Sfumato de Sofia
Le personnage de Médée restera pour l’éternité la femme qui a tué ses enfants.Il n’y a pas d’équivalent masculin de Médée . Si ce personnage exerce tant de fascination c’est qu’il touche au coeur même de la femme, son ventre . Dans l’antiquité, les dieux avaient recours aux sacrifices humains . On se souvient d’Agamemnon qui sacrifie sa fille Iphigénie. C’est encore Dieu qui tente Abraham en lui demandant de tuer son fils Isaac. Bien évidemment, derrière tous ces dieux, ce sont des débordements humains, des faits divers de l’ordre du sensationnel qui sont rapportés.
Médée fait partie de ces individus qui n’entendent de loi que celle qui est dictée par leurs passions, leurs croyances, leur nécessité vitale. Médée est un monstre parce qu’elle est incapable d’appréhender d’autres voix que la sienne.
Pourtant à travers l’interprétation de Diana DOBREVA, l’humanité de Médée transparait. Elle supplie Jason, de rester auprès d’elle, elle enserre ses enfants dans les bras avant de leur donner la mort. La passion n’est pas un état ordinaire, Médée est dans un état second c’est cet aspect là que priviligie Diana DOBREVA, de sorte que nous sont épargnés, les visions d’horreur de Jason et les cris des victimes. L’atmosphère est quasi religieuse. L’ordre humain est exprimé par un conteur au visage peint qui jouerait le rôle du choeur antique . C’est une figure équivoque comme celle de la nourrice dotée d’une coiffe, une sorte de heaume très étrange.
La scène prend la forme d’un atrium, aux angles bien carrés et dépouillés . La beauté et la froideur du décor doivent avoir pour rôle de contenir la violence des héros, aussi bien dans leurs ébats que dans leurs affrontements.
Il semble que c’est dans une sorte d’orgasme punitif que Médée sacrifie ses enfants qui ne sont en définitive pour elle que des membres de sa proche chair unis à ceux de Jason.
L’histoire d’amour entre Jason et Médée est physique, Eros et Thanatos s’y trouvent liés comme des frères siamois. Médée écrit avec le sang de ses enfants la trahison de Jason , elle signe par la mort, la fin de son amour pour Jason, l’homme à la toison d’or.
L’ensemble de la mise en scène donne l’impression d’un pinceau qui projette l’état mental de Médée . Dans ces conditions, les personnages deviennent des simulacres, des fantômes, ils n’ont pas d’autre consistance, d’autre réalité que celle qu’entrevoit Médée. Elle sacrifie ses enfants comme dans un rêve. C’est d’ailleurs le moment le plus fort du spectacle, le plus délicat, le plus sensible. Tout devient flou, renversant dans l’ombre un atrium imposant, austère et glacé.
Certains reliefs de la mise en scène peuvent paraître trop accusés et un personnage aussi important que Jason avoir peu de texte, mais la prestation poignante de Diana DOBREVA qui interpréte une Médée, plus humaine que monstrueuse, vaut vraiment le détour.
Paris, le 10 Mars 2013 Evelyne Trân