LA PUTAIN DE L’OHIO d’Hanokh Levin au Théâtre de l’Aquarium à La Cartoucherie de Vincennes du 8 au 30 novembre 2012 du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h

traduction Laurence Sendrowicz – Ed. Théâtrales, Théâtre Choisi V, comédies crues mise en scène Laurent Gutmann costumes Axel Aust, lumière Yann Loric, maquillage et perruques Catherine Saint Sever, régie générale Armelle Lopez. Direction de production, diffusion Emmanuel Magis/ANAHI

avec Guillaume Geoffroy, Éric Petitjean et Catherine Vinatier

 

Le jour de son anniversaire, Hoyamer, un vieux mendiant décide de s’offrir les services d’une fille de joie.

 A partir de cet argument qui pourrait servir d’enseigne à un conte de fée ou de cauchemar, Hanokh Levin enclenche le récit d’une épopée humaine à trois personnages où tous les ingrédients de malice, ceux qui sous-tendent la carcasse de l’humanité, et notamment  l’argent, le sexe, la vieillesse et la filiation, forment les nœuds de leurs possibles ou impossibles relations.

 La scène est un grand bac à sable, un terrain vague d’où  surgissent quelques individus en loques, le père, le fils, mendiants de leur état, et une prostituée.

 Comme il  ne peut pas être question d’amour d’emblée, ce serait invraisemblable, il faut chercher ailleurs la raison d’être de ces individus.

 Hoyamer, le vieux, s’accroche à son sexe un peu comme à un talisman susceptible grâce à son imagination de l’aider à  poursuivre sa route. Il s’avère que le talisman ne fonctionne plus tout à fait et qu’il a beau le frotter, ce dernier ne produit  plus d’étincelles.

 Il s’ensuit des situations très cocasses car la rage et l’obstination du vieillard s’offrent pour butoir, une plus malheureuse que lui, en somme, une putain, dont il faut relever le courage de n’exister que pour assouvir les fantasmes de pauvres types. Cela vaut bien 100 chekels.

 Les relations entre le père et le fils sont sordides. Le fils n’hésite pas à dépouiller de ses guenilles son pauvre père, pour une liasse billets évaporée.

 Mais quand il ne reste rien, rien, il reste encore le rêve et ces personnages qui atteignent ce luxe de n’avoir plus rien que leurs tripes poussent si bien leur rêve qu’un jour halluciné , on les retrouve tous trois enlacés, le père et le fils serrant la putain de l’Ohio qui a franchi l’indépassable frontière de l’illusion, l’amour. Et leur étreinte  devient une hirondelle de salut. « Souriez, leur dit-elle, même si c’est en rêve ».

 Les scènes sont d’une crudité incroyable. Hanock Levin appelle un chat, un chat. Ces personnages n’usent d’aucuns faux fuyants pour dire ce qu’ils pensent et le manifester. Le récit, il faut que cela achoppe sur, contre , autour de quelque chose qui s’appelle la vie et qui relie tous ces êtres.

 Eric  Petitjean est un énergique et truculent vieillard qui devient aussi poignant qu’un héros de Beckett, lorsque seul, nu, abandonné, il frime encore le désir en caressant sa queue.

 Guillaume Geoffroy joue le fils à papa, suffisamment antipathique pour être reconnaissable et Catherine VINATIER est un putain femme-enfant, rêvée.

 La mise en scène de Laurent Gutmann, éloquente et  dépouillée à la fois, est effrayante de réalisme. Tandis que l’on se demande si les grands panneaux publicitaires de l’Ohio qui se dressent au-dessus de la scène ne sont pas une futile illusion, trois  êtres aussi insignifiants que des crustacés ont l’air, vus d’en haut, de courir et s’ébattre dans un bac à sable.

  Soyons reconnaissants à Laurence Sendrowicz d’avoir traduit cette pièce et bien d’autres de Hanokh Lévin, un auteur qui ne mâche pas ses mots pour faire dire aux hommes ce qu’ils pensent tout bas . Il arrache le pansement sur la plaie mais c’est efficace.

 « La putain de l’Ohio » est un spectacle aussi impressionnant qu’un film légendaire sur grand écran, sauf que les acteurs sont présents et parlent aux spectateurs, c’est du pain béni pour les théâtreux !

 Paris, le 12 Novembre 2012    Evelyne Trân

 

 

 

 

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