Müller Machines Du 3 octobre 2012 au 28 octobre 2012, Grande salle à la MAISON DE LA POESIE – Heiner Müller I Wilfried Wendling Denis Lavant I Cécile Mont-Reynaud I Kasper T. Toeplitz

 

Derrière le projecteur, le parterre des spectateurs. Pourquoi ne pas imaginer que ce sont les spectateurs eux-mêmes qui sont en train de projeter leur rêve collectif sur la scène. D’abord la scène ferme les yeux, il y a cet incroyable rideau de cordes où se meuvent presque assoupies et en veilleuse des alvéoles lumineuses. Et l’attente offerte comme une obole, le temps surprise, qui accouche d’une forme idéale celle peut-être d’un femme-oiseau dont les ballotements font penser à ceux d’un fœtus dans le ventre de sa mère.

Soudain une voix qui pourrait provenir du silence contenu par les arbres, le soleil confondus, dresse son propre rideau de mots qui viennent s’embrancher aux réseaux de lumières, de figures et de sons.

L’aspiration du poète à prendre corps avec les choses pour qu’elles traversent les mots, ses identités abstraites, s’exprime de façon convulsive, mais puissante chez MULLER. Des mots qui jouent sur leur durée primitive, insolite, qui pourraient rejaillir du mouvement d’une flamme devenue écho de ce qu’elle éclaire.

La langue de MULLER donne à penser que l’homme primitif n’est qu’une émanation de la nature elle-même parce que la façon dont la nature souffre chez l’homme, embrasse forcément les éléments et il faut l’entendre pour être non seulement visible mais voyant.

Impossible d’avoir une perception linéaire des pans de textes de MULLER proposés dans ce spectacle : « Paysage sous surveillance » « Nocturne et « Libération de Prométhée ». Ce sont des dragées chargées d’émotions violentes : « le cri engendre la bouche », « les dieux se suicident ».

Or, cet extraordinaire illusionniste qu’est le metteur en scène Wilfried WENDLING, orchestre les voix de Denis LAVANT, les compositions hybrides de Kasper T.TOEPLIZ (basses, percussions, musique électronique) et les figures aériennes de Cécile MONT-RAYNAUD, de telle façon que la crudité de la langue de MULLER trouve ses correspondances entre bruit et douceur, force et légèreté, sérieux et comique.

Et le jeu de Denis Lavant devient presque transparent, c’est l’évidence même des paroles-poèmes de MULLER qu’il trimballe.

Oui, c’est un privilège d’assister à un tel spectacle qui prouve une fois de plus que la poésie est vivante, qu’elle a plusieurs branches, la musique, la danse, qu’elle peut devenir voyante lorsqu’elle scrute à ce point le cœur de nos forêts.

Merci, les artistes !

Paris, le 6 Octobre 2012                                    Evelyne Trân

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