LA RIMB . Le destin secret d’Arthur Rimbaud d’après le texte de Xavier GRALL au Théâtre du Lucernaire

au théâtre du Lucernaire 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS

Du 29 Février au 21 Avril 2012 du Mardi au samedi à 19 H

Mise en scène : Jean-Noël Dahan Distribution : Martine Vandeville,

  • Scénographie/ lumières Julien Peyssel
  • Création sonore : Jean-Marc Istria

 Composition, décomposition…Il est d’étrange d’imaginer que la figure de la mère ait pu déjà être absorbée par la figure du fils. Ou bien au contraire que la mère renaisse en tant que femme des cendres du fils. On retrouve d’ailleurs l’écho d’un hommage à la femme dans les poésies de Rimbaud.

 Que la mère puisse retentir ou s’exprimer tantôt comme une ogresse, tantôt comme une femme aimante à travers le regard d’un enfant, cela épingle notre rêve de l’être femme. Qui voudrait tel un monstre s’offrir à la vision de l’être aimé, déformé par ses multiples visages. C’est une histoire d’amour impossible  que nous raconte Xavier Grall, celle d’une mère et de son enfant.

 La Rimb souffre dans ses entrailles parce que toute son existence elle l‘a attelée à son rôle de mère, gardienne du foyer, gardienne de l’ordre, sous la tutelle de la religion.

 La Rimb a beau jeu de clamer qu’elle fait partie de la terre noire des Ardennes, elle n’a pas d’autre choix que de la cultiver et de la révérer. Il ne se passe rien à Charleville, il faudrait ausculter les briques, les pierres, les tombes du cimetière pour espérer voir suinter quelques confidences des habitants. Le paysage, les ponts qui enjambent la vallée sont volontiers plus amènes et souriants que les bâtisses bourgeoises et bourrues, figées dans un spectral silence.

 Rimbaud, c’est celui qui amorce le tremblement de terre, la terre mère, il est né pour faire souffrir sa mère. Bouche comme une cicatrice infâme disait à peu près Apollinaire.  Xavier Grall parait tout imprégné de la poésie du poète. Quel adolescent n’a pas  eu l’impression de voyager en lisant Rimbaud, nombre de ses poésies  sont le fruit de ses vagabondages dans les Ardennes. Mais il n’ a pas voyagé seulement avec ses pieds, ses genoux, il a voyagé avec son esprit. Il a voyagé aussi en tant que fils dans la tête de sa mère, concrètement : il lui a souvent écrit; fantastiquement : il était toujours ailleurs.

 A travers le soliloque de la Rimb, on entend une mère qui part à la recherche de son fils, un fils idéalisé,  mais aussi un fils qu’elle décrit comme un être témoin de son propre orgueil, sa dureté, son ignorance, son impuissance.

 La Rimb n’entend rien, dit-elle à la poésie. Elle crache son venin sur « La Verlaine ».Et pourtant à brûle pourpoint,  elle parle de douleur, elle s’accroche à la douleur pour se rapprocher d’Arthur. Est-il possible qu’elle ait pu être témoin du délire poétique de son fils, au moment de mourir ?

 A quoi sert la poésie ? Le soliloque est en réalité l’entonnoir où affluent protégées ou abusées par la pénombre, les plusieurs voix d’une femme qui convoque l’esprit de son fils. Elle l’appelle comme si elle voulait se rappeler à lui. Et petit à petit se dessinent les figures d’une mère et d’un fils déchirés, hors normes, hors idéal, tout simplement humains.

  Impressionnant délire, porté par une grande tragédienne Martine Vandeville. Elle est à la fois grave et ailée, la mère Rimb, si peu conformiste finalement, si entachée qu’elle est, sans se l’avouer,  par la destinée de son fils.

 La scénographie nous entraine dans un endroit à la fois familier et secret, une buanderie ou un grenier où les ombres jouent entre elles, pour  accueillir l’invisible et des fantômes d’ objets aussi dérisoires qu’une canne ou un lustre qui pendouille. Et pourtant elle est bien vivante, cette mère Rimb, capable aussi bien de sortir de ses gonds que de se replier dans le chuchotement.

 Jean-Noël Dahan signe une mise en scène, toute en exaltation retenue qui fait penser à  BERGMAN ce cinéaste amoureux de visages de femmes. Vous irez, grâce à ce spectacle, là où la terre et la poésie jaillissent de la bouche d’une même femme, la Rimb, Vitalie RIMBAUD, née CUIF et paysanne. Quel voyage !   

 Paris, le 3 Mars 2012

Evelyne Trân

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