FESTIVAL FUTUR COMPOSE , RENCONTRES EUROPEENNES « CULTURE ET PSYCHIATRIE »

A propos des Rencontres Européennes  « Culture et Psychiatrie  » 

qui se sont tenues du 21 au 24 Septembre 2011– Hôtel de Ville de Paris – Institut culturel Italien  Espace Paris Plaine –

 En tant que profane sans connaissances médicales, j’ai assisté à deux des manifestations de l’Association du Futur composé visant à promouvoir les talents artistiques des personnes souffrant de troubles mentaux. Les psychiatres et leurs patients deviennent siamois dans cette entreprise. Pas question pour le public de devenir otage d’une aventure où il resterait au bord. Tant pour les médecins que pour les « malades » il s’agit de mettre en scène leur interaction, une histoire de vie commune à travers laquelle, peu ou prou sensibles, nous pouvons être amenés sinon à nous retourner dans nos tombes, à nous pincer dans nos rêves les plus récriminatoires.

Certains auront en mémoire à travers des films célèbres : « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman ou « La tête contre les murs » de Georges Franju (avec Jean-Pierre Mocky), la vision concentrationnaire des hôpitaux psychiatriques. La camisole, l’électrochoc sont des instruments de torture. Il n’y pas si longtemps, les infirmiers y avaient recours sans sourciller. L’on imagine tout le courage qu’il a fallu à un jeune psychiatre italien Franco Basiglia, à Trieste, il y a une trentaine d’années, pour venir à bout de pratiques moyenâgeuses.

  Son histoire fait l’objet d’un film réalisé par Marco Turco pour la chaine de télévision italienne RAI : C’era una volta la citta dei matti, il était une fois la cité des fous.

 Le réalisateur met l’accent sur l’effet fusionnel qui s’instaure entre soignants et soignés à partir du moment où Brasiglia décide d’ouvrir les cages des aliénés. Basiglia est un humaniste qui se sert de son intuition bien plus que de sa science. Il ne cesse de vouloir aider et comprendre ces « fous » parce qu’en vérité, il entend lui-même des voix et que bien au-delà de l’étiquette des fous assignée aux malades mentaux, il est interpellé. L’amitié est au cœur de l’ouvrage, non pas une amitié condescendante, mais sous le signe de l’exigence parce que s’ils ne se sentaient pas concernés par l’avenir de leurs patients, c’est leur engagement en tant soignants qui n’aurait plus sa raison d’être. Un homme demande à Brasiglia « Cela veut dire quoi être fou, cela a-t-il un sens ?» Mais Basiglia répond seulement qu’il ne sait pas.

 C’est de l’avenir en tant qu’être qu’il s’agit de toute façon. Celui qui souffre et qu’on appelle malade est bien souvent un proche.

Est-il possible d’apprivoiser la douleur ? Dans le film Basiglia et son équipe s’y efforcent comme des pompiers se battent contre le feu. Certaines scènes très violentes sont insoutenables. L’une d’elles raconte comment un homme devenu fou suite à un traumatisme d’enfance pendant  la guerre, va sublimer sa douleur. En plein délire, il applique ses mains saignantes contre un mur et  le sang qui dégouline devient un instrument de peinture. De ce délire, de cette douleur vomie sur un mur, va surgir sa vocation de peintre.

 Et puis, il y a cette fameuse histoire de «Cheval bleu» une sculpture géante en papier mâché, une sorte de cheval de Troie, que tous les patients de l’hôpital ont nourri de leurs rêves, leurs désirs, les plus fous. Il s’appelle Marco, un jour, il décide de sortir, supporté aussi bien par l’équipe soignante que par ses créateurs. Comme il est trop grand, il ne peut pas passer par la porte. Alors, Basiglia décide de casser les murs de l’hôpital San Giovanni, Marco Cavello fonce,  parcourt toute  l’Italie et devient l’emblème d’une nouvelle psychiatrie. La mouche qui a piqué Basiglia était contagieuse, tous les espoirs étaient permis. Aujourd’hui l’Association du Futur Composé compte bien poursuivre cette belle aventure humaine qui vaut bien le premier pas de l’homme sur la lune !

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 En hommage à Franco Basaglia,  l’Academia della Follia a présenté

« La luce di dentro, viva Franco Brasiglia» une pièce de Gianni Fenzi, mise en scène par Giuliano Scabia avec la collaboration de Claudio Misculin.

Marco Cavallo, le grand cheval bleu, est devenu le symbole de la libération des hôpitaux psychiatriques en Italie, qui a abouti à leur fermeture avec la loi 180 de 1978. Nous serions naïfs d’imaginer que depuis, tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais la dynamique amorcée par Brasiglia avec son équipe, se poursuit notamment avec le travail de l’association Européenne du Futur Composé dont le but est de défendre une psychiatrie à visage humain.

 Celui qui souffre dit-on est malade. Evidemment si vous vous  accrochez à une vision très ordonnée de la vie où il serait bienvenu de fermer les yeux face à la misère parce que ce n’est pas beau, pas propre, pas publicitaire et pas convenable et qu’avec le curriculum vitae de nos problèmes, en paraphrasant Tartuffe, une petite voix surenchérit : «Cachez donc cette douleur … », passez votre chemin.

 Il y a pourtant des gens qui prétendent que pauvres, moches ou malades ou chômeurs, nous sommes encore des humains aux ressources insoupçonnées. Leur message c’est la tolérance qui nous parle de société où il faut lutter sans arrêt contre nos préjugés et nos réflexes primaires de protection et de sécurité.

 

Nous pourrions, s’agissant des comédiens de L’Academia della Follia, mettre entre  parenthèse «qui souffrent de troubles mentaux». Tous les artistes savent très bien que dès lors qu’ils rentrent en scène, ils oublient leurs problèmes physiques ou moraux, ils ne sont plus les mêmes, ils jouent, ils sont leurs personnages. Le spectacle auquel j’ai assisté était juste et criant de vérité, sans esbroufe, naturel. C’était un  bonheur d’écouter ces artistes nous raconter l’histoire de Brasiglia en français avec l’accent chantant de l’italien. Du théâtre à l’état pur, sans une pointe d’académisme, ce qui ma foi, fait du bien aux tripes.

 

Ce spectacle honore tous les serviteurs de l’Association du Futur composé qui poursuit son action en faveur des personnes autistes et handicapées mentales et par la même enrichit le regard des spectateurs qui ont tant besoin des artistes d’où qu’ils viennent, pour exister.

 Artistes, malades, psychiatres paraissent solidaires de l’entreprise et c’est important en dépit des controverses sur le terrain et les idéaux de chacun. La vérité sort de la bouche des enfants, elle s’est exprimée, le jour de cette représentation, par la voix de spectateurs reconnaissants. L’objectif du Futur Composé d’amorcer une dynamique européenne est bien engagé. En tant que public même profane, nous ne pouvons que soutenir son action.  

 

Paris,  le 1er Octobre  2011                            Evelyne Trân

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