Le voyage d’Alice en Suisse de L U K A S B Ä R F U S S – Prix Adami Avignon 2011 – au Théâtre de la Bruyère – 5, rue de la Bruyère 75009 PARIS, du 23 Août au 24 Septembre 2011

Le théâtre du Loup de Nantes

Metteur en scène Yvon Lapous, avec Florence bourgès, Bertrand Ducher, Nigel Hollidge, Yvon Lapous, Marilyn Leray, Yvette Poirier,

 Le voyage d’Alice en Suisse ? Qu’entendez vous vous par voyage ? S’agit-il d’un prospectus que vous avez ramassé négligemment dans une agence de voyages qui vante les charmes de la Suisse et se réfère à Alice au pays des merveilles ? Il faut croire qu’avec malice et une certaine rouerie, l’auteur a donné le prénom d’Alice à son héroïne pour faire régner le doute alors même qu’il n’est question que d’un voyage sans retour, celui qui mène à la mort. Les publicités sur les pompes funèbres ne s’y prennent pas autrement.

Pour parler de l’euthanasie sans pathos, il faut être possédé par une bonne dose d’humour noir parce c’est encore tabou, tout de même le thème de la mort, et pas commercial pour un sou, à moins d’être délicatement emballé et raconté comme une farce et attrape de la vie. Ames sensibles, abstenez vous de penser à la mort, car il n’y a pas encore de remède à la dépression, sinon celui du rire.

L’intérêt de la pièce réside dans la mise en scène de personnages de notre époque auxquels il est facile de s’identifier, parce qu’ils expriment, sans fards, les doutes et questionnements de tout un chacun. Une histoire de tourner en rond, conscience individuelle réduite à sa dernière extrémité, dogme de la liberté individuelle qui fait rejaillir le spectre de la solitude.

Cela peut devenir cocasse. Imaginez que vous preniez rendez-vous avec un médecin pour mourir, de la même façon que vous appelleriez votre dentiste. Une formalité en somme avec un « au secours » fortuit, très peu appuyé.

Le docteur Gustav Strom, apôtre de l’euthanasie, agit pour le bien de ses patients, il ne parait pas tourmenté par des questions de religion, il exécute la mise en scène de la mort toujours de la même façon. C’est uniquement parce qu’il fait encore figure de pionnier qu’il peut se prévaloir d’une certaine originalité et se définir comme un individualiste pur et dur,  doué d’un pragmatisme sans faille.

A vrai dire les rapports entre ce médecin et son entourage, patients, assistante, propriétaire, sont d’une banalité à couper le souffle, une banalité non péjorative, amusée, détachée, normale. C’est du quotidien avec juste l’amertume, pour faire passer la pilule de la mort, qui entre nous soit dit, est un événement aussi banal que la naissance. Les rapports conflictuels entre la mère et la fille, en revanche, sont plus éloquents. Comment ne pas rester songeurs de constater qu’elles se rejoignent dans la mort en utilisant la même formalité. Le suicide étant exprimé comme un geste, une action individuelle, à contrario de la mort qui ne donne pas rendez vous, sauf chez le médecin.

 Cette pièce est manifestement le reflet de notre épiderme consensuelle, un peu aseptisée, où le bien dire, le bien exprimé, le poli, nécessitent de jeter dans la fosse septique, le mal être, la folie, l’angoisse, pour être entendus, supportés. Sinon, l’on dira de vous que vous avez pété les plombs. Cela n’a rien  voir avec le théâtre de la cruauté d’Artaud, mais cela y fait songer par contraste. Alors, il ne faut pas bouder son plaisir d’assister à ce reportage teinté d’ironie sur l’euthanasie, fort bien interprété et sobrement mis en scène  par l’équipe du Théâtre du Loup de Nantes. Alice est au pays des miroirs.

 le 25 Août 2011

Evelyne Trân

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