PAN-POT ou modérément chantant par le COLLECTIF PETIT TRAVERS à TURIN au Festival TEATRO A CORTE

 

Photo Philippe Cibille
CAVALLERIZZO REALE

 

15,16,17 Juillet 2011
Auteurs, jongleurs et comédiens : Julien Clément, Denis Forgeron, Nicolas Mathis – Pianiste interprète Aline Piboule : Listz, Beethoven, Grisey, Mozart,
Ligeti, Kagel, Bach, Wagner, Dutilleux.
Teatro a Corte « Un festival caractérisé par l’originalité de sa programmation »  Un effet d’annonce, allons donc ! Le Directeur du festival, Monsieur BEPPE NAVELLO  qui fête son dixième anniversaire, n’a pas besoin d’effet de manches, le drapeau vert, blanc, rouge, flotte à toutes les fenêtres de Turin.
En effet, cette année commémore également les 150 ans de l’unité italienne. Quels meilleurs rois mages pour célébrer cette fête internationale que des artistes venus de toute l’Europe, dont la France.
Comment ne pas être flattés de faire frémir également le petit drapeau français  grâce au spectacle ‘ Pan-Potou modérément chantant ‘ que nous venons de découvrir à la Cavallerizzo Reale. Nouveau cirque ?
« Arrête ton cirque ! » Pourquoi faut-il que certains mots trimballent toujours quelques à priori de mauvais poil. Le spectacle de jonglage auquel nous avons assisté n’est pas seulement « A couper le souffle » C’est un argument extrêmement  émouvant pour un ballet dont la danseuse serait la balle, cet obscur objet de désir,  balancé par trois jongleurs.
Les comédiens qui investissent la scène sont  extraordinairement bavards. Le rapport affectif qu’ils entretiennent avec la balle pourrait faire penser à l’os que l’homme jette au chien tandis que ce dernier aboierait à la lune.
Il est tellement étrange ce rapport à la matière et à l’inertie de la chose, si préhistorique en somme.  Comment mimer même la mort ? Plus de comment, mais des situations. C’est l’insignifiance de la balle devenue chose qui donne le coup d’envoi à la permutation, à l’éternel retour, à cette espérance violente dont parle Apollinaire qui nous amène à penser que même sourds, nous pouvons entendre sous un feu d’artifice de balles, Listz, Mozart, Bach, Wagner et bien d’autres encore.
La balle, chienne musicienne ? En tant que spectateurs trop alignés sans doute, nous pouvons  imaginer que les balles sont en train de fuser avec nos regards, qu’elles nous traversent avec pour seul objectif, faire rebondir sur la scène, nos petits chaos supplétifs, nos insoumissions, nos bégaiements, nos chutes, et nos suspensions.
Si les créateurs de mots pouvaient  sursauter comme des balles, nous leur demanderions d’aller prendre des leçons chez ces animaux de cirque, ces jongleurs. C’est un spectacle capable de réconcilier et les ennemis du cirque et leurs émules. Est-ce peu dire ? Un spectacle si fin, si intelligent que le décrire c’est un peu mordre une pomme sans la regarder,  il faut s’y rendre comme pour un rendez-vous au clair de lune, en amoureux transis, les yeux levés vers le ciel des jongleurs.
Paris, le 16 Juillet 2011                        Evelyne Trân

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