Teatro a Corte « Un festival caractérisé par l’originalité de sa programmation » Un effet d’annonce, allons donc ! Le Directeur du festival, Monsieur BEPPE NAVELLO qui fête son dixième anniversaire, n’a pas besoin d’effet de manches, le drapeau vert, blanc, rouge, flotte à toutes les fenêtres de Turin.
En effet, cette année commémore également les 150 ans de l’unité italienne. Quels meilleurs rois mages pour célébrer cette fête internationale que des artistes venus de toute l’Europe, dont la France.
Comment ne pas être flattés de faire frémir également le petit drapeau français grâce au spectacle ‘ Pan-Potou modérément chantant ‘ que nous venons de découvrir à la Cavallerizzo Reale. Nouveau cirque ?
« Arrête ton cirque ! » Pourquoi faut-il que certains mots trimballent toujours quelques à priori de mauvais poil. Le spectacle de jonglage auquel nous avons assisté n’est pas seulement « A couper le souffle » C’est un argument extrêmement émouvant pour un ballet dont la danseuse serait la balle, cet obscur objet de désir, balancé par trois jongleurs.
Les comédiens qui investissent la scène sont extraordinairement bavards. Le rapport affectif qu’ils entretiennent avec la balle pourrait faire penser à l’os que l’homme jette au chien tandis que ce dernier aboierait à la lune.
Il est tellement étrange ce rapport à la matière et à l’inertie de la chose, si préhistorique en somme. Comment mimer même la mort ? Plus de comment, mais des situations. C’est l’insignifiance de la balle devenue chose qui donne le coup d’envoi à la permutation, à l’éternel retour, à cette espérance violente dont parle Apollinaire qui nous amène à penser que même sourds, nous pouvons entendre sous un feu d’artifice de balles, Listz, Mozart, Bach, Wagner et bien d’autres encore.
La balle, chienne musicienne ? En tant que spectateurs trop alignés sans doute, nous pouvons imaginer que les balles sont en train de fuser avec nos regards, qu’elles nous traversent avec pour seul objectif, faire rebondir sur la scène, nos petits chaos supplétifs, nos insoumissions, nos bégaiements, nos chutes, et nos suspensions.
Si les créateurs de mots pouvaient sursauter comme des balles, nous leur demanderions d’aller prendre des leçons chez ces animaux de cirque, ces jongleurs. C’est un spectacle capable de réconcilier et les ennemis du cirque et leurs émules. Est-ce peu dire ? Un spectacle si fin, si intelligent que le décrire c’est un peu mordre une pomme sans la regarder, il faut s’y rendre comme pour un rendez-vous au clair de lune, en amoureux transis, les yeux levés vers le ciel des jongleurs.
Co-animatrice radio sur Radio Libertaire (depuis 2008) . - Chroniqueuse pour le blog
"Théâtre au vent" sur le site Le Monde.fr (de fin 2010 à juin 2019), puis sur le site theatreauvent.com et sur le Monde libertaire.fr (depuis 2019). Auteure avec Jean-Marie Blanche de Francis Blanche, mon père aux Editions Plon (2011) . Auteure d'un avant-propos dans le livre Noblesse d'Afrique d'Hélène de Gobineau paru en 2014. Auteure du livre Mon cher enfant aux Editions du Net (Septembre 2022) , de Nouvelles radiophoniques aux Editions du Net (Octobre 2022) , du Secret à tire-d'aile paru aux éditions du Net en Septembre 2023 et du recueil de poèmes Excuse d'un sourire aux Editions du Net (Septembre 2025).
Voir tous les articles par Evelyne Trân