« DERNIERS REMORDS AVANT L’OUBLI » de Jean-Luc Lagarce au Théâtre du Ranelagh,

derniers-remords-avant-l-oubli-theatre-du-ranelagh-2382511.1302702462.png Mise en scène Serge Lipszyc. Avec Bruno Cadillon, Serge Lipszyc, Valérie Durin, Juliane Corre, Henri Payet, Ophélie Marsaud  Du 2 Avril au 21 Mai à 19 Heures 

« L’action se  passe en France, de nos jours, un dimanche à la campagne, dans la maison qu’habite aujourd’hui  Pierre et qu’habitèrent par le passé avec lui Hélène et Paul » C’est le résumé laconique de Jean Luc Lagarce à propos de sa pièce.  Cet événement banal, Jean Luc Lagarce, semble t-il, a décidé de le passer au tamis à travers les conversations, les silences des protagonistes.  Les spectateurs attablés autour d’un verre, sont conviés à assister aux retrouvailles des personnages,  un peu comme des témoins involontaires (ces spectateurs du coup jouent un rôle) de causeries intimes dans un bus, le métro. 

Avec aisance, les acteurs circulent entre les tables, les escaliers, le couloir du foyer du théâtre, sans heurter les spectateurs un peu hébétés.  Le réalisme de la mise en scène, très fidèle à l’esprit de Jean-Luc Lagarce, prend à la gorge.  En effet, un retardataire à ce spectacle, aurait du mal à distinguer les spectateurs des comédiens, confondus au niveau vestimentaire. L’on comprend assez vite que les personnages sont à cran, déchirés par un passé mal digéré, et la brutalité des instances matérielles, la vente de la maison, n’arrange rien. On pourrait aussi penser à une sorte de colin maillard, où plusieurs des comédiens auraient les yeux bandés. Mais il s’agit plutôt de dialogues de sourds entre des personnes appartenant au même vivier, à la même langue, mais accoutumées à soliloquer. L’on songe aussi à un aquarium ou la définition de «poisson dans l’eau» tomberait à l’eau, ou à une peau de chagrin de la vie, encore élastique, regardée avec cynisme par la jeunesse.  Jean-Luc Lagarce s’intéresse à toutes les pénibilités du discours, toutes ces croûtes de conventions, habillages de sentiments, faux-fuyants, mensonges et cette façon de se parler à soi même tout en ayant l’air de s’adresser à autrui. Tous ces rendus de mots, confidences feutrées, aiguisées, déguisées, sont parfaitement joués par les comédiens.  Le point de vue est fuselé, un peu pessimiste, comme si le fait de posséder la parole compliquait les choses chez les humains.Le metteur en scène, Serge Lipszyc prend des risques, et c’est heureux. Dans la grande cage du foyer du théâtre du Ranelagh,  il se démène comme un dompteur de fauves, étrangement humains qui continuent à nous fixer, à travers les grilles de leur langue, bien après la représentation.  Le 13 Avril 2011                                                                 Evelyne Trân 

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