LA BANALITE DU MAL de Christine Brückner, avec Patricia Thibault, mise en scène de Jean-Paul Sermadiras

     la-banalite-du-mal.1301983141.jpg A la Manufacture des Abesses – 7, rue Véron 75018 PARIS   Du 29 Mars au 19 Mai 2011, du mardi au jeudi à 21 Heures 

                       P.S. : Patricia Thibault et Jean-Paul Sarmadiras étaient les invités de l’émission « Deux sous de scène » du Samedi 9 Avril 2011 que vous pouvez écouter et télécharger pendant une semaine  sur le site de Radio Libertaire (grille des émissions) .     

Nous pourrions froncer le sourcil, évacuer la question, dire que nous ne sentons pas concernés, parce que dès lors que nous nous situons dans le creuset de notre individualité, cellule sociale ou familiale, nous ne les voyons pas les autres; qu’ils fassent le bien ou le mal, ils ne peuvent nous atteindre. La force du déni, elle est là. Pour vivre, nous n‘avons pas les moyens de le regarder en face le mal, sinon il nous engloutirait comme le monstre de Loch Ness.  Par l’intellect, pensons-nous, nous pourrions combattre tous les germes de la folie meurtrière, la pulsion de mort, mais sommes nous capables de nous dévisager nous-mêmes ?Que la pulsion de mort ait trouvé un individu tel qu’Hitler pour représenter le Mal avec un grand M, ne peut pas nous faire oublier qu’il n’était pas tout seul. Comment la sensibilité humaine pourrait-elle lutter là où règne l’insensibilité. Elle doit bien se loger quelque part, cette insensibilité qui permet à certains individus de servir leurs intérêts sans états d’âme. 

Pendant l’holocauste, Eva BRAUN, retranchée dans son blockaus, vivait tout à fait normalement, elle tricotait comme Pénélope. Elle était une figure de magazine, digne des journaux à l’eau de rose, des romans de Barbara Cartland, elle vivait un conte de fée, puisqu’elle était l’élue du Prince. Incroyable ! Pourtant nous mêmes, nous arrêtons nous de manger pendant que défilent sous nos yeux à la télévision, les atrocités de la guerre, les annonces  d’explosion nucléaire. Faut-il que nous ayons besoin, de notre ration d’images d’horreur pour nous rassurer sur notre solvabilité humaine à grand renfort de publicité mensongère où nous rêvons une fois de plus aux contes de fées. 

 Eva Braun, la belle Eva a figure humaine, elle n’a pas de signe particulier; si elle n’avait pas rencontré Hitler, elle aurait été noyée dans la masse. En vérité, son signe particulier c’est d’être assez insignifiante. Mais à travers cette figure, c’est la nôtre que tente de soulever l’auteur de cette pièce « La banalité du mal ».  Eva n’a qu’une petite lueur dans sa tête, son amour pour le Führer. Probablement, elle a ce point commun avec Hitler, l’effervescence narcissique. Mais dans ce monologue, le personnage d’Eva Braun,  représente tout un chacun (ce qui dit de nous que nous sommes humains) face à l’imminence de la mort. L’auteur Christine Brückner, offre à cette femme la magnitude de l’individu, l’évanescence de sa conscience, un ultime frémissement. A quoi tient-elle cette sensation d’exister ? Cette lueur si vacillante ne serait-elle là que pour témoigner du sentiment de vacuité, d’insignifiance d’un individu impuissant qui entend les pas de la mort comme les siens propres ? Pendant une heure, dans l’antichambre de la mort, un salon de couleur rouge et noir, ce petit papillon qui s’est brûlé les ailes sous l’œil flamboyant d’Hitler, racontera sa vie d’éphémère, de petite femme fleur bleue qui lâche des confidences banales, avec quelques accents d’une Marie Antoinette, coupable seulement d’avoir été là sur le lieu du « crime». A-t-on  donc besoin de l’épée de Damoclès du destin, pour s’éprouver exister en tant qu’individu ?

« Parce que j’étais là.» Cette idée est terrible parce que la personne qui parle est prisonnière. Dès lors, comment ne pas souffrir que cette personne n’ait d’autre issue, d’autre tissus d’existence que ces rêves effrontés d’amour, ou d’histoires « carte-postale »? 

Cette pièce évidemment a des résonances métaphysiques. Le vœu politique de responsabiliser l’individu à travers le concept de la banalité du mal, pourrait-il nous permettre de soulever des montagnes ? Le doute plane, il s’appelle mauvaise conscience. Le cerveau fragile dont dispose l’homme peut-il le conduire aux pires monstruosités ? Hélas, celui qui tire du haut de son balcon sur la foule, ne voit pas des humains, il ne voit que des fourmis. A la télévision, nous ne percevons que des images. Ce n’est pas banal, disons plutôt que cela fait partie de notre quotidien. Elle se trouve là sans doute la façade entre la vie et la mort. Le mal nous le repoussons hors de nous,  il faut qu’il reste extérieur. De là à imaginer que nous soyons tous contaminés ou que nous naissions avec.

Reste l’émotion … Elle est palpable à travers l’interprétation si juste de Pascale Thibault et la mise en scène sobre et pénétrante de Jean-Paul Sermadiras. Le puzzle de la solitude du personnage se déploie devant nous comme des morceaux de miroir déteint ou des petits cristaux de vie qui ne peuvent  laisser insensibles alors même qu’ils résonnent sous les pans de velours rouge et noir du boudoir de la mort. Quand la solitude d’un individu se conjugue avec notre regard extérieur. 

Paris, le 1er Avril 2011     Evelyne Trân 

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