LE LAVOIR, UN TABLEAU VIVANT A VOIR à l’Epée de Bois

proglelavoir-index.1299749047.gif LE LAVOIR Texte de Dominique Durvin et Hélène Prévost Création : Compagnie Théâtre et Toiles Du 7 au 19 Mars 2011 à 19 Heures Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie – Route du Champs de manœuvre -75012 – Paris

 Un portrait éblouissant de femmes à l’Epée de Bois. Eblouissant, comme l’eau qui bout au soleil, une sorte de tableau vivant traversé en trombe par une colonie de lavandières sous l’égide de  la Liberté d’Eugène Delacroix. Les spectateurs ont devant eux, de plain-pied, un lavoir et croient rêver. Ont-ils gardé trop longtemps l’œil fixé sur la peinture de Delacroix, de sorte que les voilà pris au piège d’une hallucination collective. Ce tableau n’a rien à envier à celui de Delacroix, il est sublime. Et en plus, il parle, il chante, il danse. La scène comme une véritable toile, oui, grâce à la mise en scène inspirée de Brigitte Damiens, le talent de la scénographe et costumière de Laurence Bruley, qui font de cette création, une sorte d’opéra  à mains nues. Car la beauté du spectacle est naturellement portée par l’émotion qui saisit les entrailles des comédiennes, à l’aube d’un évènement tragique, la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, le 3 Août 1914.Nous n’assistons pourtant qu’à une journée ordinaire de lavandières si rompues à la tâche qu’elles pourraient l’exercer les yeux fermés. Frotter, laver, battre le linge, c’est très physique mais ça n’occupe pas entièrement l’esprit. Joindre le geste à la parole ? Laver, laver la vie en somme. Eternel recommencement, l’œil rivé sur les salissures, avoir la tête qui s’étourdit sous le feu du soleil. Toujours le même manège, toujours les mêmes soucis qui rôdent : la misère, les mômes, le mari etc. Les lavandières s’émulent, elles ont toutes des chagrins, des rêves  cachés. Pour égayer leur travail monotone, elles papotent, se chamaillent,  et se racontent leur vie. Les peines et les joies qu’elles trimballent comme des paquets de linge autour de la taille ou sur le dos, finissent par épouser leurs gestes, leurs manières, leur combat et leur révolte Comment ne pas espérer que toute cette énergie qui se dégage de ces femmes, du déballage du linge sale à l’étendage du drap propre, puisse servir aussi à la prise de conscience de leur rôle dans la société.Cette réflexion, elle est au cœur du travail, d’une certaine vision du travail dans la société, elle peut devenir véhémente. Elle est incluse dans la mémoire des corps, elle résonne à travers eux et se poursuit de génération en génération.Le corps pourrait-il guider l’esprit ? Oui, lorsqu’il n’est plus assimilé à une bête de somme. Quelle mouche les pique donc, ces lavandières qui en viennent à se trémousser ou à chanter en plein labeur ? Le compositeur méditatif qui joue du hang, un instrument à percussions, semble improviser au fur et à mesure, par petites notes, par petites perles de sueur, réfléchissant, tel un zeste de soleil, chaque geste, chaque parole, bruits et silences de cette grande lessive.Il s’agit d’une création exigeante, travaillée vive que je salue sans réserve et avec admiration.Un tableau vous dis-je, plus qu’épique ou impressionniste, une vision, étourdissante !      Paris, le 9 Mars 2011               Evelyne Trân

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