
L’Horloge de sable
Une pièce de théâtre dystopique
Résumé :
Dans une société dystopique obsédée par le rendement, les aînés sont perçus comme des fardeaux économiques. Tous les cinq ans, la loi impose, une série d’épreuves physiques et psychologiques obligatoires pour les plus de soixante ans. Le lauréat obtient un sursis de cinq ans ; ceux qui échouent « ne sont pas reconduits ». Alors que l’échéance approche pour le Père, la tension est maximale au sein du quatuor familial. Son Fils, rouage de ce système déshumanisant, tente désespérément de le préparer à l’examen. Mais le jour fatidique, le Père choisit l’insoumission et refuse de s’y rendre, faisant basculer la cellule familiale dans l’urgence de la clandestinité.
Note d’intention
« Les centres d’examens sont les seuls endroits qui sont passés du Moyen-Âge à la barbarie sans jamais avoir connu la civilisation. »
En ancrant L’Horloge de sable au cœur d’une maison de banlieue ordinaire, je voulais explorer comment une barbarie étatique et totalitaire parvient à s’immiscer dans l’intimité la plus sacrée : celle d’un foyer. Dans cet univers, les mots d’esprit de Jean Dutourd, que j’ai paraphrasés en parodie, prennent une résonance tragique. La barbarie ne s’y manifeste pas par des armes ou des tortures, mais par une évaluation tous les cinq ans, administrative et froide du rendement d’un être humain. Le centre d’évaluation lui-même reste invisible, situé hors-champ. Cette absence physique transforme l’angoisse de l’examen en une menace omniprésente, un monstre bureaucratique abstrait qui dicte sa loi jusque dans l’intimité de la maison.
La pièce interroge la perversion des liens familiaux par l’idéologie du profit, mais elle explore surtout les visages de la résistance. Face à un système utilitariste, le refus de l’examen devient l’acte politique ultime. En poussant à l’extrême le culte contemporain de la productivité, L’Horloge de sable dépeint le naufrage d’une société qui a confondu le progrès économique avec la sélection sauvage, et la révolte profonde d’un homme qui refuse d’être traité comme une marchandise périmée.
Daniel Bahloul Druelle
Extrait de l’émission Deux sous de scène :