La Liseuse du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent – Adapté par Betty Pelissou au Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris – Les samedis et dimanches à 14 H 30 du 12 septembre au 25 octobre 2026.

Entre poésie et humour absurde, le récit de ceux qui, sans faire de bruit, réenchantent le monde.

De Jean-Paul Didierlaurent
Adapté par Betty Pelissou
Mis en scène par Franck Régnier
Avec Betty Pelissou
Création lumières : Laure-Anne Néré
Scénographie : Andréa Warzee
Création sonore : Charlie Henry
Production : La compagnie Poqueline

Entre poésie du quotidien et humour délicatement absurde, « La liseuse du 6h27 » célèbre ceux qui, sans faire de bruit, réenchantent le monde.

Guylaine Vignolles n’aime pas son nom. Ni son travail. Ni les lundis. Ce qui fait déjà beaucoup.

Employée dans une usine qui détruit les livres invendus, elle passe ses journées à nourrir une machine-ogresse. Une avaleuse de pages. Une mangeuse de mots. Un cimetière à virgules.

Pourtant chaque matin, à 6h27 précises, Guylaine entre en résistance. Dans le RER bondé qui la conduit au travail, elle lit à voix haute les pages sauvées la veille du broyeur. Et dans le wagon, les voyageurs suspendent leur course et reprennent leur souffle.

Mais Guylaine reste seule (n’en déplaise à son poisson rouge).

Jusqu’au jour où une petite clé USB trouvée par hasard va tout bousculer. Une petite clé remplie d’espoir et de vie. Une petite clé qui pourrait bien changer le cours des choses.

L’affiche du spectacle La liseuse du 6 H 27 a un côté puzzle énigmatique. Une vie à l’envers aurait-on envie d’imaginer ou un visage à la Picasso qui n’aurait rien à voir avec la sage liseuse de Renoir.

Pourtant cette liseuse dénommée Guylaine Vignolles incarnée par Betty PELISSOU se présente comme une personne invisible et nous avons envie de la saluer car nous faisons partie de cette catégorie, ce qui nous arrange et nous frustre à la fois. Il y a cet adage  » Pour vivre heureux, vivons cachés ».

Guylaine travaille dans une usine qui pilonne les livres invendus. Elle déteste ce travail alimentaire et prise d’une pulsion de résistance, elle se met à lire à voix haute dans le R.E.R. les quelques pages qu’elle a sauvées du néant. Quel courage pour une personne invisible. Elle finit pas se faire remarquer par deux petites vieilles adorables qui l’invitent à faire la lecture dans leur maison de retraite.

Nous ne vous raconterons pas tout car l’intérêt du spectacle c’est d’être tenu en haleine par le récit de Guylaine qui dévoile une vie intérieure plutôt foisonnante.

Comme dans toute histoire dont certains éléments de l’intrigue font penser à Amélie Poulain, il y a d’un côté les bons et de l’autre les méchants. C’est un peu binaire comme vision mais cela a le mérite de laisser reposer les méninges. Et puis Ghylaine n’est pas aussi jolie qu’Amélie, il faut chercher ailleurs que dans sa joliesse tout le charme qu’elle dégage.

Il faut se laisser prendre dans le filet d’une histoire de vie qui se tricote et qui parfois trouve de la lumière dans les trous d’une maille.

Ce qui est bien dans la lecture à haute voix face à un public, ce sont ses réactions. Des bouts de phrases qui sortent par magie d’un petit cube de livre peuvent déclencher le rire, les larmes, les remarques, l’étonnement et réveiller nos fantômes.

Quand l’imaginaire se fraie un passage dans le réel, quand il le rejoint, c’est super !

Parfois le public est un peu compassé . Il faut donc du courage à la liseuse qu’incarne Betty PELISSOU pour ramener à la vie, au rêve, aux illusions tous ces récits concoctés par des auteurs.res bien vivants et souvent ignorés et qui seraient tellement heureux d’entendre résonner leurs petites phrases dans un théâtre.

Un bel hommage à tous ces voyages que nous procure la lecture. Nous avons été pris dans le filet de l’auteur et de son interprète . Place à l’imaginaire avec une mise en scène résolument sobre. Je crois bien que je l’ai vu vivant sur la scène le poisson rouge de Guylaine !

Evelyne Trân

Le 5 Octobre 2026

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