Le Marchand de Venise de Carine Montag d’après William Shakespeare à l’Orangerie de Bagatelle. Parc de Bagatelle Bois de Boulogne Paris – du 18 au 30 août 2026, mardi et samedi 20h, mercredi au vendredi 20h45 et dimanche 17h30. Durée 105 mn.

Avec, par ordre d’entrée en scène :
Eva Gentili, Cyril Ripoll, Boris Ravaine, Jean-Matthieu Hulin, Chloé Renaud, Jean-François Vinciguerra, Vincent Varinier, Patrick Courtois, Xavier Fagnon et Fumie Hihara

Mise en scène :
Carine Montag
Musiques :
Arrangements et compositions Paul Montag
Koto, compositions Fumie Hihara
Décor :
Diana Levin

Présentation de la Compagnie Le Jour de La Lune

Une histoire humaine et forte dans la Venise de la Renaissance. Un mélange de comédie, de suspens et de drame. Des thématiques universelles qui nous touchent tous : l’amour, l’amitié, la différence, la femme dans la société, et bien évidemment le pouvoir absolu du commerce et jusqu’où tout cela peut nous pousser.

Une histoire, basée sur le chef d’œuvre de Shakespeare, aux personnages profondément humains, ancrés dans leurs convictions. Ces convictions qui posent la grande question du Marchand de Venise : peut-on évoluer grâce aux événements ? Peut-on changer avec les autres ?

Des sujets traités avec rire, suspens et vinaigre et qui font écho des siècles plus tard.

Carine MONTAG signe une mise en scène et une adaptation du Marchand de Venise très attrayantes qui font la part belle à la comédie sans gommer sur le fond les conflits entre les chrétiens et les juifs exposés par Shakespeare.

Nous avons donc affaire à une tragi-comédie. A part Shylock l’usurier et les prétendants de la jeune Portia plutôt ridicules, tous les personnages sont aimables. On sent une certaine douceur de vivre dans la Venise de la Renaissance. Une seule ombre au tableau le guetto, celui des juifs.

Shylock, le méchant, qui entend se venger contre le Vénitien Antonio qui l’a humilié, en lui réclamant le prix de la dette que ce dernier a contractée, soit une livre de chair, finit par toucher ceux et celles qui entendent sa fameuse tirade :

Je ne puis résister à la transcrire :

« [La livre de chair que je réclame à Antonio me servira] à amorcer les poissons.
Si elle ne nourrit rien d’autre, elle nourrira ma vengeance.
Il m’a humilié ; il m’a fait tort d’un demi-million ;
il a ri de mes pertes ; il s’est moqué de mes gains ;
il a humilié ma nation ; il m’a fait manquer des marchés ;
il a refroidi mes amis, échauffé mes ennemis ; et pourquoi ? Je suis Juif.
Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas, comme un chrétien, des mains,
des organes, des dimensions, des sens, des affections, des passions ?
N’est-il pas nourri de la même nourriture, blessé par les mêmes armes,
sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes remèdes,
réchauffé et glacé par le même été et le même hiver ?
Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ?
Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ?
Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ?
Et si vous nous faites du mal, ne nous vengerons-nous pas ?
Si nous sommes semblables à vous en tout le reste, nous vous ressemblerons aussi en cela.
Si un Juif cause du tort à un chrétien, quelle est sa modération ? La vengeance.
Si un chrétien cause du tort à un Juif, devra-t-il souffrir à l’exemple des chrétiens ? Il se vengera.
La vilénie que vous m’enseignez, je l’exécuterai ;
et quelque peine qu’il m’en coûte, je dépasserai mes maîtres. »

L’autre, cet étranger ! L’intolérance, la haine sont toujours à l’œuvre ! Comment ne pas frémir de l’actualité de ses propos que nous soyons chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, athées, étrangers ou bons français.

La mise en scène bien menée se distingue par de belles trouvailles notamment cette présence mystérieuse de silhouettes vêtues de noir, portant un masque blanc circulant parfois sur scène à l’insu des protagonistes..

Il y a toujours chez Shakespeare quelques tableaux qui frisent le comique. Le comédien Jean-François VINCIGUERRA qui interprète la nourrice et un avocat sénile excelle dans le genre. Patrick COURTOIS incarne quant à lui très justement l’usurier Shylock. Toute la distribution s’avère épatante.

On sent que Carine MONTAG connait bien Shakespeare. Cette version allégée du Marchand de Venise met en valeur aussi bien la drôlerie des situations, le piquant, la poésie du dramaturge que l’acuité de son regard sur les dérives humaines.

Evelyne Trân

Le 24 Août 2026

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