
De Lisa Wurmser
Mis en scène par Lisa Wurmser
Avec Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes et Nicolas Struve
Musique : Eric Slabiak
Musiciens Bande-originale : Eric Slabiak, Yuri Shraibman et Ivica Bogdanic
Lumière : Philippe Sazerat
Costumes : Marie Pawlotsky
Scénographie : Floriane Benetti
Chant : Anne Fischer
Chorégraphie : Gilles Nicolas
Dramaturgie : Daniel Berlioux
Création vidéo : Mathias Cloos
Chanteuse film : Yzoula
Son : Stéphanie Gibert
Production : Théâtre de la Véranda
Cette pièce est inspirée d’une histoire vraie.
Elles n’ont pas renoncé à leurs titres de gloire qui datent de leur toute jeunesse. Trois nageuses juives autrichiennes du célèbre club Hakoah, destituées de leurs titres parce qu’elles ont refusé de participer aux jeux olympiques de 1936, contraintes à l’exil, se retrouvent 59 ans plus tard à Vienne au Cabaret l’Enfer pour une cérémonie de remise de médailles.
Elles portent en elles cette jeunesse qui leur a permis de s’épanouir. Elles ont la nage dans la peau. Elles étaient championnes et il faut croire qu’elles le sont restées dans leur coeur.
Elles ont refait leur vie et se racontent discrètement avec une certaine pudeur mais aussi avec humour car cette rencontre est inespérée et il faut que ce soit une fête.
L’émotion est palpable évidemment. Rachel, Esther et Hannah, trois ex championnes, communiquent cette rare partition, celle de la communion pour certes parler d’elles- mêmes mais au fond aussi et surtout parce qu’elles sont des survivantes de la Shoah. Comment pourraient-elles oublier ceux et celles qui n’ont pas survécu ? Elles sont superbement interprétées respectivement par Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes.
C’est le Directeur du Cabaret et Conseiller municipal qui les reçoit et entend les célébrer comme elles le méritent : « Grâce à vous Mesdames, la ville de Vienne s’est couverte de gloire ».
Curieux personnage que ce Monsieur Lust. Il se présente tout d’abord comme un simple Maitre d’hôtel et les trois femmes ne prêtent guère d’attention à ses affabilités, trop accaparées par leurs retrouvailles. Mais il est scrupuleusement présent veillant à leur plaisir. Car les trois ex championnes en répondant à l’invitation de la ville de Vienne s’attendaient sans doute à plus de notoriétés pour les accueillir.
Monsieur Lust est tout seul mais il remplit sa mission avec passion. Il chante, il danse, il discourt, il s’enflamme. Ce sera seulement à la fin de la pièce que nous comprendrons ce qui anime cet incroyable Monsieur Lust. Il faut reconnaitre qu’incarné par Nicolas Struve, non seulement, il intrigue mais il émeut et doté d’une très belle voix, il charme son auditoire.
Vraiment une pièce remarquable proposée par Lisa Wurmser qui assure également une mise en scène attrayante, étoffée par la composition musicale d’Eric Slabiak rappelant l’atmosphère viennoise d’antan.
Ce qui frappe dans cette pièce, c’est la pudeur de ces trois femmes qui ne se plaignent pas ou qui laissent de côté la réalité de leurs combats pendant l’exil. Elles se sont réunies en quelque sorte pour dire qu’elles sont toujours là qu’elles n’ont pas renoncé à vivre ! Et elles s’expriment sans haine, sans cris. Quelle force d’âme et quel partage !
Evelyne Trân
Le 27 Avril 2026