
Anissa cherche son père qu’elle n’a jamais connu. Alors qu’elle retrouve sa trace de manière totalement rocambolesque, Ahmed Madani l’enjoint à partir à sa recherche et l’accompagne dans cette improbable aventure au fin fond du New Hampshire.
Avec Anissa et Ahmed
Texte et mise en scène Ahmed Madani
Environnement sonore Christophe Séchet
Images vidéo Bastien Choquet
Construction, régie Damien Klein
Administratrice Pauline Dagron
Chargée de diffusion et de développement Rachel Barrier
Un théâtre laboratoire où fusionneraient la réalité et la fiction, quel dramaturge en herbe n’en a pas rêvé. Il se trouve qu’Ahmed MADANI est à la fois dramaturge, metteur en scène, comédien et le théâtre est si ancré en lui qu’il fait partie de sa vie de tous les jours.
Il y a cette idée que la réalité peut dépasser la fiction mais objectivement et subjectivement ce ne sera jamais le même ressenti qu’au théâtre.
Au théâtre, il y a toujours ce bonheur d’être transporté ailleurs, de s’oublier, s’abandonner à ses émotions, lâcher prise.
Ce qu’il y a de prodigieux avec Shakespeare c’est qu’il nous permet d’aller à la rencontre de personnages complexes, hors du commun ou monstrueux tels que Richard III, Hamlet, Caliban, Othello (je pense à l’Othello interprété en seul en scène par Philippe Nicaud).
Pourtant dans la vie réelle, il est possible aussi de vivre des situations « extraordinaires ». Et comment ? C’est un peu le thème du spectacle que nous propose Ahmad Madani.
Selon lui dès qu’une personne monte sur scène, elle devient un personnage et ce serait indépendant de sa volonté. Ne serait-ce pas le regard du public qui permet cette transformation, un regard qui joue le rôle de projecteur car dans la vie réelle, dieu merci, nous ne sommes pas sous le feu des projecteurs, certains préfèrent même se fondre dans la foule.
De toute évidence, Anissa seule en scène qui va raconter son histoire au public tout en lui préparant des gâteaux et des pralines car elle est pâtissière, ne se prend pas pour un personnage. En faisant des gâteaux face au public, elle affirme être une personne « réelle »
Il n’empêche son histoire, sa quête d’un père inconnu va bouleverser les frontières d’une vie » normale » d’une jeune femme pâtissière, mariée avec 5 enfants.
Ahmed Madani qui fait irruption sur scène au bon moment, le kairos, fait figure d’un Envoyé du destin. Mais croit-il au destin tout tracé ?
Il semblerait que non et l’héroïne de cette pièce créée à partir de l’histoire vraie d Anissa, en allant jusqu’au bout de sa quête fait penser à Antigone, qui commet un acte de désobéissance par piété vis-à-vis de ses frères.
Pour savoir si cette quête de père inconnu va aboutir ou pas, il importe tout simplement d’aller voir cette pièce bouleversante. Elle a un côté psychodrame très révélateur. Le travail sur les émotions, les artistes le vivent à plein temps pour nous public qui n’avons pas toujours l’opportunité d’exprimer des sentiments refoulés. Oui, reconnaissons que nos sentiments les plus impérieux restent parfois enfouis ou étouffés par les contraintes du quotidien, la bienséance, la crainte de choquer ou de blesser autrui.
Alors ça fait du bien d’avoir accès à des histoires » silencieuses » vécues par des gens proches ou inconnus pour mieux les comprendre, pour ouvrir notre regard.
Comme Ahmed Madani et Anissa ont le sens de la convivialité, sachez qu’à l’issue de la représentation vous pourrez savourer de délicieuses pralines et fondants au chocolat !
Quelle belle surprise que cette création Au non du père ! Du théâtre qui se veut à la portée de tous.tes, engageant le dialogue avec le public car le souhait d’Ahmed MADANI « est de réduire l’écart entre ceux qui jouent et ceux qui regardent, en laissant à ces derniers la possibilité de les rejoindre sur scène comme leurs ombres bienveillantes ».
Merci de tout cœur à ANISSA et Ahmed MADANI.
Evelyne Trân
Article mis à jour le 23 Décembre 2025
N.B : Ahmed MADANI et ANISSA sont les invités de l’émission Deux Sous de Scène ( de 15 H 30 à 17 H) sur Radio Libertaire le samedi 20 Décembre 2025 , puis en podcast sur le site de Radio Libertaire. Extrait ci-dessous :
N.B : Article également publié dans le Monde Libertaire.net