LE DOUBLE d’après Dostoïevski – Mise en scène et adaptation : Ronan Rivière – EN TOURNEE 2020-2021-

Mise en scène et adaptation : Ronan Rivière

En collaboration avec Amélie Vignaux

Composition musicale : Léon Bailly

Scénographie / Construction : Antoine Milian

Lumière : Marc Augustin-Viguier

Costumes : Corinne Rossi

Avec Ronan Rivière, Jérôme Rodriguez

Michaël Giorno-Cohen, Jean-Benoît Terral

Laura Chetrit, Xavier Lafitte ou Antoine Prudhomme, et au piano : Olivier Mazal

Production :  Voix des Plumes, Scène et Public

Durée 1h25.

 TOURNEE 2021 – 2021 –

– Le 11 juin 2021 à la Garenne-Colombes 

– Le 9 novembre 2021 à Poitiers (TAP)

– 26 avril 2022 à Avignon (Benoît XII)

Dostoïevski n’avait que 25 ans lorsqu’il écrit son 2ème roman « Le double » qui reçut un accueil glacial. Inspiré par Gogol auquel il a été comparé lors de la parution de son premier roman à succès « Les pauvres gens »Dostoïevski s’immisce à fond dans le registre fantastique. C’est qu’il vient de se découvrir « double », le succès lui a monté à la tête mais peut-il oublier l’homme qu’il était avant sa réussite ? Il fallait donc que Goliadkine surgisse pour remettre les pendules à l’heure.

Monsieur Goliadkine, banal fonctionnaire à l’instar du héros des carnets du sous-sol, publiés 20 ans plus tard, fait partie de ces personnages qui ne cessent de clamer leur existence le plus souvent désespérément, déchirés par cette curieuse ambivalence de vouloir attirer l’attention ou au contraire passer inaperçus.

Si le personnage de Goliadkine est si attachant c’est qu’il incarne la toute-puissance du délire, celui-là même qui nous permet de rattacher le rêve à la réalité. Bien avant Freud, Dostoïevski s’attaque à travers Goliadkine à l’inconscient qui se découvre dans les rêves mais n’a pas droit de cité à l’état de veille. Goliadkine a cette particularité de ne pouvoir repousser ce désir quasi sado masochiste d’être déboulonné par le double de lui-même. Il héberge en lui un monstre qu’il expulsera quitte à devoir subir sa présence.

Goliadkine est un être complexé qui a le délire de la persécution, en résumé tout le monde veut sa peau, il est sans cesse moqué par ses collègues qui le jugent ridicule. Mais au fond Goliadkine est juste un original qui refuse de composer « Je ne porte de masque qu’en carnaval, je n’en porte pas quotidiennement devant les gens » Son double fera exactement le contraire.

La mise en scène de Ronan Rivière est à l’image du personnage qu’il incarne par ailleurs parfaitement. C’est l’espace mental de Goliadkine qui s’y exprime comme dans le brouillard d‘un rêve où le rêveur ne sélectionne, il va sans dire inconsciemment, que les figures qui l’obsèdent.

On y entend la douloureuse incantation d’un homme qui ne réussit à s’imposer que par l’intermédiaire d’un double et qui poursuit cependant sa méditation personnelle, en s’assumant hors sujet dans un monde où la vanité bat son plein.

Dominée par son ambiance onirique, cadencée musicalement avec ses décors amovibles, cette mise en scène du « double » se révèle très pénétrante, elle ne force pas le trait offrant juste au spectateur ces coulures de rêve qui s’estompent ou débordent à l’entrée d’un miroir. La buée qui s’y installe, c’est celle de la respiration d’un homme imaginaire.

Article mis à jour le 8 Juin 2021

Evelyne Trân

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